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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 13:28

 

 

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers, qui s'apparentent davantage à un conflit ouvert, sont depuis des mois dans l'impasse. A tel point que l'échec de la réunion d'hier était prévisible et qu'il est désormais envisageable, et envisagé, que la Grèce quitte la zone euro. Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Qui sont les créanciers de la Grèce ? Quelles seraient les conséquences d'un Grexit ? Autant de questions auxquelles je vais chercher à apporter une réponse dans ce billet, certes un peu long, mais indispensable au vu de la situation actuelle.

 

Le mauvais diagnostic des créanciers de la Troïka

 

Pour le dire simplement, l'ex-Troïka (BCE + FMI + UE) soignait depuis 2010 un problème de liquidité en lieu et place d'un problème de solvabilité. A la différence de la crise de liquidité où l'emprunteur peut payer ses dettes mais ne trouve pas temporairement de prêteur, la crise de solvabilité concerne l'emprunteur qui ne peut pas rembourser ses dettes.

 

En 2010, la Grèce doublait ainsi son insolvabilité externe (plus de 10 % de déficit courant et 140 % du PIB de dettes nettes extérieures en 2011) d'une insolvabilité budgétaire (plus de 9 % du PIB de déficit public et 160 % du PIB de dettes publiques en 2011). Pour le dire autrement, la Grèce ne pouvait faire face ni à son endettement vis-à-vis des pays étrangers ni à son endettement public...

 

A mauvais diagnostic des créanciers, mauvais remède appliqué au malade grec ! Dès lors, pour répondre aux injonctions de la Troïka (BCE + FMI + UE) et obtenir le déblocage des prêts, le précédent gouvernement grec s'est vu contraint de multiplier les politiques d'austérité : réduction drastique des salaires et des retraites, coupes claires dans les dépenses des ministères et dans les aides sociales, privatisations des entreprises publiques.

 

La grande saignée économique pour le peuple

 

Le résultat de toutes ces coupes fut une formidable explosion du chômage, de la précarité, de la pauvreté et tout simplement de la misère socio-économique. Mais c'était bien entendu pour "le bien de la Grèce" que la Troïka lui prescrivait ce remède. Ainsi, les conséquences désastreuses de cette politique d'austérité étaient vues comme de simples effets indésirables à court terme, qui cèderaient rapidement le pas à la croissance et à la compétitivité à l'export.

 

Chaque année on déclarait donc que la reprise était en vue, mais rien ne venait... Donc on prescrivait encore plus de rigueur l'année suivante, selon le principe bien connu des shadoks, qu'il faut toujours poursuivre une politique qui ne marche pas, car plus ça rate plus on a de chances que ça marche ! Le pays a ainsi pratiqué saignée sur saignée, pensant certainement que les médecins-économistes savaient ce qu'il fallait faire pour relancer l'économie. C'est ce que je qualifiais de grande saignée économique !

 

Paul Krugman, prix Nobel d'économie, cite même désormais l'Europe en exemple pour expliquer à ses concitoyens américains que les plans de rigueur constituent une politique économique inefficace et mortifère ! Dans son billet de blog "le suicide économique de l'Europe", il concluait : "Plutôt que d'admettre qu'ils se sont trompés, les dirigeants européens semblent déterminés à faire tomber leur économie - et leur société - d'une falaise. Et c'est le monde entier qui en paiera le prix"...

 

Et pourtant, dans une note interne rendue fort opportunément publique en 2013, le FMI avait reconnu que le plan de sauvetage de la Grèce en 2010 s'était soldé par un échec ! L'institution, dirigée par Christine Lagarde depuis 2011, expliquait même qu'il aurait fallu restructurer la dette grecque dès 2010, mais que les Européens s'y sont opposés.

 

Pire, l'ancien conseiller économique de José Manuel Barroso a déclaré, dans le cadre de son audition par la Commission pour la vérité sur la dette grecque : "en 2010, les grands dirigeants européens (dont la Commission européenne) et le directeur du FMI de l’époque, Dominique Strauss-Kahn, ont délibérément refusé de considérer la Grèce comme insolvable dans le but de protéger les intérêts des grandes banques européennes. En effet, selon les statuts du FMI, cette Institution ne pouvait pas prêter à un État dont la dette est déjà insoutenable".

 

Puis arriva Syriza...

 

Syriza est une coalition de la gauche radicale en Grèce, dont le leader est Alexis Tsipras. Syriza, qui est par ailleurs membre du Parti de la gauche européenne, avait proposé un programme électoral basé sur 4 piliers (lutte contre la crise humanitaire, relance de l'économie, reconquête du travail, réforme de l'État) et une cinquantaine de mesures phares, dont la restructuration de la dette publique à hauteur d'au moins 50 % et la fin de l'austérité qui a mis le pays au tapis.

 

Cela n'avait pas manqué d'inquiéter au plus haut point les tenants de l'orthodoxie néolibérale, comme en témoignent la saillie de Jean-Claude Juncker et celle attribuée à Angela Merkel concernant une possible sortie de la Grèce de la zone euro (Grexit). Bref, personne ne voulait d'un parti qui affiche clairement la volonté de redonner le pouvoir au peuple et donc de privilégier les intérêts de celui-ci aux intérêts des créanciers.

 

Et ce bien que Syriza ne souhaitait plus la sortie de l'Euro, mais la fin de l'austérité, afin de faire repartir la demande intérieure, et la restructuration de son insoutenable dette publique (320 milliards d'euros, soit plus de 177 % du PIB !) qui mine tout espoir d'en finir avec la crise, dans un pays dont les fondements politiques, économiques et sociaux ont été sérieusement et durablement atteints.

 

Les conséquences d'un défaut grec

 

Les heurts diplomatiques fréquents entre le gouvernement grec et ses "partenaires" européens, tout comme l'impossibilité manifeste de trouver un accord entre la Grèce et ses créanciers, augmentent encore la volatilité sur les marchés.

 

Et ce d'autant plus que l'Eurogroupe a laissé filtré, par dépêche Reuters, que l'hypothèse d'un défaut était dorénavant examinée très sérieusement. Il est vrai que si un accord était trouvé, il lui faudrait encore être endossé par l’Eurogroupe et ensuite validé par certains parlements nationaux, notamment en Allemagne. Or, comme le deuxième plan d'aide à la Grèce prend fin le 30 juin, après avoir déjà été prolongé dans la souffrance de 4 mois au début de l'année, on voit mal comment cela serait possible si aucun accord n'est signé cette semaine...

 

Faut-il d'ailleurs rappeler que la dette publique grecque appartient à plus des deux-tiers aux autres État membres de la zone euro, au travers essentiellement du FESF, des prêts bilatéraux et de la BCE ?

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Dès lors, un défaut même partiel laisse craindre des pertes qui seront épongées pour un montant important par les contribuables allemands et français. Il est donc devenu à la mode d'estimer ce que chaque pays laisserait comme plumes dans l'affaire : 68 milliards d'euros pour la France et 85 milliards pour l'Allemagne, selon Philippe Waechter de Natixis.

 

Certains poussent même le vice masochiste jusqu'à calculer ce que cela représenterait pour chaque foyer fiscal ! Mais si le défaut de la Grèce débouche sur la dissolution de la zone euro, alors le coût sera bien plus élevé que les montants indiqués ci-dessus, ne serait-ce que parce que des éléments non monétisables auront été perdus (unité européenne, confiance, etc.) !

 

Et quid des 30 milliards d'euros apportés par le FMI ?

 

L'institution, qui n'a jamais connu de défaut ni effacé aucune dette depuis sa création, est devenue manifestement très virulente avec la Grèce. Aurait-elle déjà saisi que la Grèce ne lui remboursera pas la somme due à la fin du mois ? Est-ce pour cela que le FMI semble privilégier un supplément d'austérité et des objectifs inatteignables pour la Grèce ?

 

Notons qu'en cas de défaut sur le remboursement des 1 600 millions d'euros dus au FMI avant le 30 juin, certes les agences de notation laissent entendre qu'elles ne le considéreront pas comme un défaut de paiement, mais aux yeux de tous l'événement sera vu à sa juste valeur. Et ce même si le FMI prendra plusieurs semaines avant de déclarer sa créance en défaut.

 

Bien entendu, on assisterait à une accélération massive des sorties de capitaux et retraits de dépôt bancaires, mouvement déjà entamé depuis des mois :

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela nécessiterait de mettre en place d'urgence un mécanisme de contrôle des capitaux, à l'instar de ce qui avait été fait à Chypre en mars 2013. Quoi qu'il en soit, cela déboucherait très vite sur une panique bancaire, bank run dans le jargon bancaire, aux conséquences terribles.

 

En effet, si tous les clients se mettent à retirer au plus vite leurs dépôts de peur que leur banque ne fasse faillite, alors la banque court le risque d'être à court de liquidités (car elle ne possède pas assez de billets pour rembourser tout le monde) et devenir effectivement insolvable, même si elle ne l'était pas au début. C'est précisément ce que l'on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 

Les banques en manque de liquidités devront être secourues soient par d'autres banques, soient par des institutions internationales (FMI, Banques centrales, etc.)... soit par l'État comme ce fut le cas lors de la crise des subprimes, où les États sont allés jusqu'à nationaliser des banques et offrir de confortables garanties des dépôts (100 000 euros au sein de l'Union européenne pour les espèces, jusqu'à 250 000 dollars au plus fort de la crise des subprimes aux États-Unis).

 

Mais comment voulez-vous que la Grèce puisse appeler à l'aide ceux-là même qui refuse de l'aider actuellement ? On assisterait alors certainement, en plus de la mise en place d'un contrôle des capitaux  à un chantage à la liquidité versée par la BCE, comme ce fut le cas en Irlande où Jean-Claude Trichet avait menacé de couper les liquidités au pays si celui-ci n'acceptait pas les réformes proposées : dès lors soit le gouvernement grec se couche au détriment de son peuple, soit il fait front mais se retrouve contraint de créer une nouvelle monnaie puisque la BCE ne lui fournira plus d'euros pour alimenter son économie.

 

Et qu'en est-il des remboursements à la BCE ?

 

La Grèce devra très vite faire face à d'importants remboursements de dette, et il lui faudra certainement trouver en tout 12 milliards d'euros pour affronter toutes ses obligations en 2015...

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En particulier, il lui faudra trouver 3,5 milliards d'euros pour rembourser ses dettes envers la BCE, avant le 20 juillet.

 

Si la Grèce fait défaut sur ce remboursement, la BCE pourrait alors décider que les banques grecques sont désormais insolvables (c'est d'ailleurs une réalité avec la quantité phénoménale d'obligations de l'État grec qu'elles détiennent) et ainsi leur couper l'accès à la liquidité d'urgence (ELA), qui est actuellement le seul lien qui unisse encore le secteur bancaire grec à la zone euro.

 

Il faudrait alors mettre en place un contrôle drastique des capitaux ; mais sans liquidités en euros, le Grexit (sortie de la Grèce de l'Euro) deviendrait par conséquent réalité, même si les Grecs ne souhaitaient pas quitter la zone euro ! Ce qui n'était pas prévu de jure (les traités ne prévoient pas la sortie d'un État de la zone euro), le deviendrait donc de facto !

 

Les conséquences d'un Grexit

 

Disons-le d'emblée : je ne crois absolument pas que les conséquences d'un tel événement puissent être contenues à la Grèce seule. Au contraire, les investisseurs du monde entier vont saisir que la construction européenne n'est pas autant irréversible que l'avait laissé entendre Mario Draghi, il y a quelques mois.

 

Et même si certains pensent que Super Mario peut tout à la BCE depuis qu'il a annoncé en 2012 sa volonté de tout faire pour sauver l'Euro, il y a fort à parier que la panique ne cesserait pas et emporterait avec elle l'ensemble des économies membres de la zone euro.

 

Certes, l'OMT a été validé par la Cour européenne de justice de l'UE, ce qui signifie que la BCE pourrait intervenir massivement sur le marché secondaire de la dette souveraine pour éviter la spéculation sur les autres États membres. Et le MES pourrait lui apporter son aide. Mais l'OMT n'ayant encore jamais été utilisé, le flou entourant son utilisation me fait dire qu'il ne pourra certainement pas servir à éteindre un feu dans toute la zone euro... D'autant que la solidité du système bancaire européen reste encore à prouver.

 

Mais c'est oublier que, au-delà de l'aspect financier, l'abandon de l'Euro par la Grèce constituerait certainement un détonateur bien plus puissant que ce qu'estime l'Allemagne, qui laisse même entendre qu'il s'agirait d'un non-événement. En effet, comment croire qu'une sortie précipitée de la Grèce ne créerait pas une panique politique, économique et sociale en Espagne et surtout en Italie ?

 

Car les ménages et entreprises, loin d'accorder un grand crédit aux institutions européennes, pourraient prendre peur et reporter leurs projets d'investissement, annulant ainsi la timide embellie due à la baisse des prix du pétrole ! La récession pourrait alors être violente...

 

Dans ce cas, le mécanisme de sortie ordonnée de la zone euro, que j'avais présenté dans plusieurs conférences et évoqué brièvement dans cette vidéo, ne sera plus qu'une chimère. Pourtant, depuis de nombreuses années, et en particulier dans ce billet de 2012, j'expliquais comme quasiment tous les économistes qui ont encore un peu de bon sens, que la Grèce ferait tôt ou tard défaut sur sa dette.

 

Et ma conclusion reste la même : qui peut croire qu'un peuple, qui a connu la dictature politique, puisse accepter encore longtemps la tyrannie économique, qui débouche sur le chaos social ?

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article Courrier International

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commentaires

Jean-Michel 20/06/2015 09:04

J'ai tapé sur Google "crise grecque 2011". Tout ce qui arrive était écrit, dit et commenté dans tous les media. Sauf que des politiques se sont obstinés à nier l'évidence pour nous amener là.

Qui a dit "L'Europe c'est une famille, la Grèce c'est la famille, il faut soutenir la Grèce à tout prix, coûte que coûte", a obtenu que le risque financier soit transféré des banques privées aux Etats, et donc aux contribuables que nous sommes et fait perdre à tout le monde au moins 4 ans et des milliards d'euros déversés dans le tonneau des Danaïdes qu'est ce pays?

C'est curieux mais on entend Nicolas Sarkozy sur plein de sujets, il a des avis tranchés sur tout mais pas un mot sur la situation financière européano-grecque d'aujourd'hui dans laquelle ils nous a fourrés contre l'avis à l'époque de beaucoup de ses collègues chefs d'Etat. européens.

Raphaël DIDIER 20/06/2015 11:04

C'est bien le pire en effet : l'idéologie et les intérêts particuliers (et politiciens) l'ont emporté sur toute autre considération !

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