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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 12:21

 

 

Dans la série rémunération astronomique des grands patrons, les épisodes su succèdent avec pour seule évolution le montant en millions d'euros. On est alors en droit de s'interroger sur le bien-fondé de tels montants au regard de la réalité économique vécue par l'immense majorité des salariés.

 

Les rémunérations des grands patrons en France

 

Commençons par fixer les idées en examinant le niveau (stratosphérique) des rémunérations des grands patrons en 2014 :

 

 

[ Source : Sud Ouest ]

 

Si on met ces montants en regard avec le SMIC, on obtient cette image à peine supportable :

 

 

[ Source : Capital ]

 

Comme le montre les chiffres, crise ou pas crise, la rémunération globale des patrons semble ne jamais s'ajuster à la situation économique réelle contrairement à celle des salariés qui se doit, d'après la vulgate néolibérale, d'être flexible pour permettre des gains de compétitivité. C'est qu'entre salaires fixes, avantages en tous genres, primes, actions gratuites (dont le régime fiscal a considérablement été assoupli par Macron...), stock-options et autres réjouissances, il devient plus facile de conserver le cap du million... Qui peut alors soutenir que les grands patrons sont rémunérés uniquement sur la base du risque et du talent plutôt que de la rente ?

 

 

[ Source : Capital ]

 

Les inégalités salariales

 

Commençons par rappeler la distribution des salaires en France afin de saisir le grave problème que ces inégalités formidables soulèvent :

 

 

Au niveau mondial, les écarts entre la rémunération moyenne des grands patrons et celle des salariés sont à un niveau difficilement explicable autrement que par la captation d'une rente :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Dans le concert d'incompréhension et de dénégation du problème (Carlos Ghosn pense ainsi être payé conformément à son talent et efforts, Tavares croit qu'il l'est en fonction des risques qu'il a pris et Franck Riboud affirme qu'il n'a rien demandé...), qui se souvient encore qu'à la fin du XIXe siècle, le célèbre banquier John Pierpont Morgan estimait qu'un écart de salaire maximum de 1 à 20 était raisonnable au sein d'une entreprise ? Henry Ford fixera quant à lui le ratio à 1 pour 40...

 

Les ratios actuels signifieraient-ils que les grands patrons ont tant besoin d'être rémunérés 1000 fois le salaire minimum ? Ou bien est-ce simplement la preuve qu'ils ont perdu toute forme de bon sens ? Lier la rémunération du patron à la création de valeur pour l'actionnaire (suivant la théorie de l'agence pour jargonner un peu) conduit depuis le tournant néolibéral des années 1980 à occulter les autres parties prenantes à la réussite de l'entreprise comme les salariés. Pire, cela ravale l'entreprise cotée en Bourse à une simple machine à cash pour actionnaires, souvent au détriment d'une vision de long terme !

 

De plus, l'idée de fixer la part variable de la rémunération du patron sur des indicateurs de productivité, pour intelligente qu'elle apparaisse, se révèle une ineptie si l'on garde à l'esprit que la productivité est liée à un ensemble de facteurs difficilement individualisables. Il s'agit donc d'une rente de productivité. Quant à l'argument d'un marché mondial du PDG qui fixerait selon une offre et une demande le niveau de rémunération d'équilibre, il est des plus fallacieux, puisque nombre de dirigeants doivent leur poste à l'État (qui fait encore l'ENA pour servir l'État ?) ou sont nommés à l'étranger en raison de leur carrière... à l'étranger !

 

Le pouvoir des actionnaires

 

Suite à la polémique liée au départ de Michel Combes, le patron d’Alcatel-Lucent qui devait initialement toucher près de 14 millions d'euros pour 10 000 emplois supprimés, le gouvernement évoquait la possibilité de plafonner légalement la rémunération des dirigeants d'entreprises privées comme c'est déjà le cas pour celles du public (450 000 euros brut par an).

 

Il est vrai que si l'on compte sur le code de bonne conduite de l'AFEP on risque fort d'attendre longtemps un changement de mentalité dans les comités de rémunération. Faut-il rappeler que dans le cas de Renault, le vote en AG de 54,12 % d'actionnaires contre la rémunération du PDG (qui touche par ailleurs aussi une rémunération faramineuse du groupe Nissan) a été littéralement piétiné par le comité qui, moins d'un quart d'heure après ce coup de semonce, a décidé de passer outre l'opinion exprimée par les actionnaires... en prenant appui sur le code de l'AFEP !

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

En effet, le vote des actionnaires n'est que consultatif en France, contrairement au Royaume-Uni où la lutte contre les fat cats (patrons gloutons) a débouché sur le say on pay qui donne le droit aux actionnaires de se prononcer de manière contraignante depuis 2013 (seulement !) sur la politique de rémunération tous les 3 ans et sur les indemnités de départ. Aux États-Unis le vote des actionnaires est comme en France consultatif pour les questions de rémunération du dirigeant, mais les comités ont plutôt une boule au ventre lorsqu'il s'agit de croiser le faire avec eux ! Ce qui n'a pas empêché le patron de BP de toucher ses 19,6 millions de dollars alors que l'entreprise est dans une marée noire après une perte de 6,5 milliards de dollars...

 

Il y a quelques jours, le gouvernement par le truchement d'Emmanuel Macron a ressorti des cartons la possibilité de légiférer pour plafonner la rémunération des dirigeants d'entreprises, après avoir mis en place des droits de vote doubles pour les actionnaires qui conservent leurs titres pendant au moins deux ans. Outre que cela risque fort d'être encore une fois une simple opération de communication politique, je m'attends à une temporisation du gouvernement français dans l'espoir que la directive européenne prévue en 2018 règle les problèmes (ou serve de bouc-émissaire).

 

Mais comment dire, le renforcement du pouvoir des actionnaires a déjà été brandi tant de fois à Bruxelles depuis 2014 notamment, que l'on se demande s'il n'y aurait pas un intérêt bien compris à se regarder en chiens de faïence puisque "pour que tout reste comme avant, il faut que tout change"... Pendant ce temps, les PME restent livrées à leur sort.

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