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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 11:00

 

 

Alea jacta est ! La voix du peuple a parlé au Royaume-Uni et elle s'est prononcée pour la sortie de l'Union européenne. Quelle analyse peut-on en faire à ce stade ? Éléments de réponses dans ce billet plus long que d'habitude...

 

Le résultat du référendum

 

Les chiffres sont les suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Géographiquement, en dehors de l'Écosse, l'Irlande du Nord et quelques métropoles comme Londres ou Liverpool, les autres zones ont voté pour la sortie de l'UE, parfois massivement :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Jeunes contre vieux ?

 

Telle est la question soulevée par de nombreux médias britanniques au vu des chiffres suivants :

 

 

[ Source : BBC ]

 

Pour ma part, je trouve la ficelle un peu grosse, car ces chiffres doivent être mis en regard avec le taux de participation de chaque tranche d'âge, qu'à ma connaissance on ne connaît pas précisément, même si les extrapolations qui circulent laissent à penser que l'abstention fut massive chez les plus jeunes.

 

Disons-le clairement : on ne sait pas grand-chose des abstentionnistes et en particulier on n'a aucune idée du camp qu'ils auraient soutenu. Dès lors, publier un tableau comme celui-ci relève de la pure manipulation médiatique de chiffres :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

En effet, il laisse entendre que ce sondage réalisé par Yougov a été capable d'estimer pour chaque tranche d'âge une opinion, certainement avec la même précision que ces estimations d'ensemble publiées la veille au soir et donnant 52 % pour le remain :

 

 

[ Source : Yougov.co.uk ]

 

Mais surtout, vous remarquerez que la dernière colonne donne le nombre d'années moyen durant lequel l'électeur devra vivre avec la décision qu'il aura prise lors du référendum. C'est évidemment une ineptie pour plusieurs raisons, et en premier lieu parce que cela sous-entend que les jeunes prennent plus de risque que les vieux en votant mal, car la punition durera très longtemps.

 

J'ai à dessein employé l'adverbe mal, car c'est bien ça qui se cache dans les interprétations données par les grands médias depuis la victoire du camp du Brexit : pour résumer mes nombreuses lectures, celui qui a voté pour le Brexit était au mieux incompétent au pire inconscient voire suicidaire. Voilà sans doute pourquoi Peter Sutherland, dont le profil est symptomatique de la consanguinité entre politique et affaires, déclarait qu'il fallait purement et simplement annuler le résultat de ce référendum. 

 

Et maintenant ?

 

Dans la foulée de l'annonce des résultats, David Cameron a bien entendu annoncé sa démission pour l'automne prochain. Il appartiendra donc à son successeur d'entamer la procédure de sortie de l'UE, conformément à l'article 50 TUE dont je rappelle la teneur :

 

1) Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

 

2) L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

3) Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

4) Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l’État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent. La majorité qualifiée se définit conformément à l’article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

 

5) Si l’État qui s’est retiré de l’Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l’article 49.

 

En pratique, l'intention de quitter l'UE doit donc être notifiée au Conseil européen, qui ensuite négociera avec le Royaume-Uni les modalités de retrait dans le cadre d'un accord validé au niveau européen à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

 

Bref, la route de la sortie est encore longue et elle l'est d'autant plus que le gouvernement ne semble pas presser d'officialiser son départ du navire EU, bien que le triumvirat Merkel, Hollande et Renzi pressent le Royaume-Uni de s'en aller au plus vite à l'instar de Jean-Claude Juncker. C'est seulement une fois formalisé officiellement, que le départ du Royaume-Uni pourra donner lieu à des négociations sur les futures relations entre le pays et le marché unique à 27. 

 

Le plus difficile, et le plus chronophage, sera à n'en pas douter de détricoter les lois du droit communautaire déjà intégrées au corpus législatif du Royaume-Uni pour reprendre la main sur tous les aspects de la vie politique et économique. Pendant ce temps, ce sera la grande inconnue sur le rôle que jouera le Royaume-Uni au sein des institutions européennes et sur l'obligation ou non de continuer à respecter la totalité des textes européens...

 

Et quant aux conséquences pour les ressortissants étrangers et les expatriés britanniques, la réponse vous est donnée en vidéo  :

 

 

Les conséquences du Brexit

 

Les grandes institutions économiques (Trésor britannique, OCDE, FMI, BoE,...) avaient fait assaut de publications économiques pour prouver le danger d'un Brexit. Leur argumentaire se fondait sur l'hypothèse qu'une sortie de l'UE conduirait à un recul marqué du commerce du Royaume-Uni et des investissements directs étrangers entrants, donc à une amputation significative de la croissance :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Ce ralentissement pèserait également sur ses partenaires commerciaux, comme le montre cette étude d'Euler Hermes :

 

 

[ Source : Euler Hermes ]

 

Tout dépendra en dernier ressort de la manière dont le Royaume-Uni compte s'associer à l'avenir avec les autres pays membres de l'UE. Si pour éviter de se retrouver en autarcie, le pays décidait de s'engager dans un accord de libre-échange avec l’UE - ce qui équivaut à dire que le Royaume-Uni intégrerait l'AELE - alors il lui faudrait adopter l'essentiel des réglementations européennes, ce qui semble a priori contradictoire avec un Brexit. Il lui resterait sinon l'option de devenir une nouvelle Suisse, et donc de signer des accords bilatéraux qui prennent cependant beaucoup de temps. À moins que le Royaume-Uni ne se transforme à terme en Singapour européen...

 

La panique sur les marchés financiers

 

La City de Londres a bien entendu été frappée de plein fouet par le Brexit, puisque les filiales d’entreprises du secteur financier installées à Londres n’auront certainement plus accès au financement en euros offerts par la BCE et ne pourront plus compter sur le passeport européen pour vendre leurs produits financiers dans toute l’Europe. Et c'est peu dire que le 24 juin fut un vendredi noir sur les marchés financiers, d'autant qu'ils n'avaient pas anticipé ce résultat au référendum...

 

On a donc assisté à un dévissage en règle des principales places financières dans le monde : -8 % à Paris, -6,8 % à Francfort, -12,3 % à Madrid, -3,4 % à New York. L’indice phare de la Bourse de Londres, le FTSE 100, n’aura finalement quant à lui dévissé que de 2,7 %, en raison du faible impact que le Brexit peut avoir sur les nombreuses multinationales qui composent l’indice.

 

En revanche, les valeurs bancaires furent sévèrement touchées par l’onde de choc du Brexit et pas seulement au Royaume-Uni, ce qui a poussé les investisseurs à se réfugier sur les titres de dette allemands dont le taux à 10 ans est repassé en territoire négatif, le franc suisse et bien entendu l’or. Avec pour effet secondaire de provoquer la hausse des taux à 10 ans sur la dette grecque ou portugaise. Bien entendu, la volatilité a beaucoup augmenté sur les marchés et la livre sterling s'est effondrée, ce qui ne manquera pas d'avoir des conséquences sur les bilans des banques exposées aux produits dérivés sur la livre...

 

Là encore, tout dépendra des mesures mises en oeuvre par les institutions économiques et politiques pour calmer les incertitudes. Certains se prennent même à penser que la liberté retrouvée, notamment en matière réglementaire, offrira au Royaume-Uni la possibilité de renégocier des accords bilatéraux plus favorables à sa croissance, dans le cadre d’un libre-échange encore plus abouti qu’aujourd’hui. De plus, selon eux, les conséquences pour le monde de la finance devraient être modérées, car si une partie des acteurs financiers se décident peut-être à quitter le Royaume-Uni, la plupart comprendront l’intérêt de rester dans une juridiction qui proposera à terme une réglementation financière bien moins contraignante que ses concurrents. En particulier, les fonds spéculatifs seront certainement très intéressés par ce nouvel environnement financier.

 

La conséquence de cette incertitude croissante a en outre été la dégradation de la note souveraine du Royaume-Uni par les agences de notation.

 

Une refondation de l'Union européenne ?

 

Il suffit d'écouter François Hollande et Angela Merkel lors du mini-sommet de lundi pour comprendre que derrière les grands mots il n'y a aucune volonté de refonder l'Union européenne sur d'autres bases.

 

 

À ce stade, on peut même s'interroger à bon droit sur l'existence d'une telle possibilité. En effet, les traités successifs ayant tous entériné à leur façon un approfondissement de la logique néolibérale en économie et internationaliste (à défaut de fédéraliste) en politique, on ne voit pas très bien comment il serait possible de revenir à une Europe des nations. Le seul moyen d'y parvenir serait de quitter cette UE pour recréer une union plus petite sur des bases saines, c'est-à-dire en plaçant la solidarité plutôt que la concurrence au coeur des relations économiques, i.e en plaçant l'Homme au centre des préoccupations !

 

Mais il suffit d'entendre John Kerry espérer à haute voix que malgré le Brexit le traité transatlantique soit signé avant 2016, pour comprendre que les intérêts économiques prendront toujours le devant de la scène dans cette Union européenne là !

 

Et que dire de l'ineffable Jacques Attali, qui déteste à l'évidence les référendums qui ne donnent pas le bon résultat comme en témoignent ces quelques mots trouvés sur son site : " Un tel référendum implique qu'un peuple peut remettre en cause toute évolution considérée jusque-là comme irréversible, telle qu'une réforme institutionnelle, une conquête sociale, une réforme des mœurs. (…) Selon notre conception occidentale du Droit, il existe des progrès irréversibles, (par exemple, la démocratie, la liberté du culte, l'interdiction du travail des enfants, l'abolition de la peine de mort) qu'un vote simple ne peut défaire (...) Toute décision ayant un impact lourd sur le sort des générations suivantes, écrit-il encore, ne devrait pas pouvoir être prise par une majorité de moins de 60% des votants, réaffirmée à trois reprises à au moins un an d'écart".

 

Tout est dit sur le mode de fonctionnement économico-politique de l'actuelle Union européenne (et de la zone euro), qui permet de comprendre pourquoi de plus en plus de personnes n'en veulent plus. Fermez le ban !

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article des Échos.

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