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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 20:42

 

 

En cette période de confusion des idées, où certains vont jusqu'à enlaidir leur demeure aux couleurs morbides d'Halloween avant d'aller paradoxalement se recueillir le lendemain sur les tombes de leurs disparus, j'ai jugé utile de vous parler des idées zombies en économie après avoir écrit entre autres sur la perte de sens du travail, le déficit extérieur de la France et les baisses de salaires liées à la concurrence au sein de l'UE. Il s'agit donc aujourd'hui d'évoquer des théories qui, bien qu'ayant été infirmées empiriquement, continuent à être avancées comme des certitudes au point même de servir de substrat à des programmes politiques.

 

La théorie du ruissellement

 

Toute la politique économique d'Emmanuel Macron repose sur l'illusoire théorie libérale du ruissellement, selon laquelle il faudrait favoriser les plus riches afin qu'à terme tout le monde en profite. En effet, selon cette approche, si les riches ne sont pas entravés par trop de réglementations ou d'impôts, ils investiront et consommeront des biens et services, ce qui aura en fin de compte des répercussions positives pour toute l'économie, en particulier pour ceux (écrasés) qui sont tout en bas de la pyramide capitaliste.

 

Mieux, comme les riches ont une propension à épargner supérieure à celle des pauvres, tout surcroît de richesse leur servira à épargner plus ; et qui dit augmentation de l'épargne dit aussi augmentation de l'investissement selon la théorie néoclassique dominante, donc de la croissance et de l'emploi. 

 

 

[ Source : Mediapart ]

 

Curieusement, Bruno le Maire qualifiait lui-même cette théorie du ruissellement "d'ânerie" (ce qui est une vérité empirique et historique), ce qui ne l'empêche nullement de mener une politique économique (baisse de l'ISF, impôt forfaitaire sur les revenus du capital...) basée précisément sur cet a priori erroné...

 

Le théorème de Schmidt

 

Il s'agit d'un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974, qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt (sic !) : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois.

 

Sauf que ce théorème n'a que très rarement fonctionné dans nos économies, en particulier parce qu'il escamote tout l'apport keynésien sur la demande anticipée : une entreprise qui n'a pas de visibilité à moyen terme n'investit pas ! La France en a fait l'amère expérience depuis le tournant de la rigueur en 1983, où pour reconstituer les marges des entreprises les gouvernements ont préféré sacrifier les salariés, ce qui n'a évidemment pas débouché sur la hausse espérée de l'investissement productif.

 

Au contraire, on assiste à une hausse de la détention de cash (actifs monétaires et financiers) par les entreprises, qui termine le plus souvent dans le rachat d'actions pour gonfler artificiellement les cours de Bourse, comme c'est manifestement le cas aux États-Unis :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Enfin, faut-il rappeler que l'investissement n'est pas nécessairement générateur d'emplois, notamment lorsqu'il consiste à remplacer des outils obsolètes ou à rationaliser les coûts. Il n'en demeure pas moins que ce théorème de Schmidt reste à la base de la politique de l'offre, qui consiste à réduire les prélèvements supportés par les entreprises, afin d'améliorer leur compétitivité-coût et ainsi relancer l'investissement privé et donc l'emploi. Cette politique s'appuie par conséquent sur la réduction des dépenses publiques et la flexibilisation du marché du travail, dont on sait pourtant qu'elle est déjà importante en France et qu'elle est loin d'être source de croissance. Toute ressemblance avec la politique économique menée par Emmanuel Macron n'est à l'évidence pas fortuite...

 

La courbe de Laffer

 

Il s'agit d'une vague intuition, que certains historiens de la pensée économique font remonter au XIVe siècle, sur le lien entre taux d'imposition des ménages et montant des recettes fiscales perçues par l'État. Elle n'est au fond que la traduction du célèbre adage "trop d'impôt tue l'impôt", que l'on retrouve chez de nombreux auteurs économiques comme Adam Smith ou Jean-Baptiste Say. Mais c'est la schématisation en courbe en U inversée, donnée par Arthur Laffer à la fin des années 1970, qui rendit cette intuition médiatique :

 

 

Très simple à comprendre et suffisamment consensuelle pour attirer les électeurs de toutes obédiences, la courbe de Laffer figura dans de nombreux programmes politiques - mais de plus en plus souvent elle ne concernait que les impôts des entreprises - depuis le tournant néolibéral du début des années 1980. En particulier, Ronald Reagan en prit prétexte pour baisser la pression fiscale aux États-Unis dès le début de son mandat, avec pour résultat catastrophique une forte hausse du déficit public :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

On croyait alors la courbe de Laffer enterrée pour de bon, car aucune étude économique sérieuse menée sur la question ne démontre l'existence d'une telle courbe, ni d'un côté de l'Atlantique ni de l'autre. Mais comme toute idée zombie, elle n'a cessé de polluer les campagnes politiques suivantes tant aux États-Unis qu'en Europe, que ce soit chez Donald Trump, François Fillon ou Emmanuel Macron. Il est d'ailleurs très inquiétant de s'apercevoir que, quel que soit le nom de Président, l'idéologie économique qu'il apporte dans ses cartons est toujours la même, confirmant au passage les pires craintes que nous économistes atterrés exprimons sur la pensée unique en économie déclinée dans le slogan TINA (There is no alternative, ce qui signifie en bon français qu'il n'y a pas d'autre choix). 

 

Dans les deux cas, la croyance est que l'on se trouve du côté droit de la courbe ci-dessus, c'est-à-dire que la pression fiscale est devenue dissuasive et pèse donc sur les rentrées fiscales de l'État. Dès lors, il suffirait de baisser la pression fiscale sur les entreprises pour que la relance de l'activité correspondante permette une augmentation des ressources fiscales de l'État. Autrement dit, le déficit public qui résulterait d'abord de la baisse du taux d'imposition serait entièrement compensé par les nouvelles recettes fiscales liées à la hausse de l'activité, ce qui revient à supposer que le multiplicateur budgétaire est très élevé, probablement le double de ce qu'il est actuellement...

 

Curieusement, tous ceux qui sont heureux des baisses d'impôts annoncées par Emmanuel Macron oublient un peu vite cette réalité du déficit public, alors que ce sont les mêmes qui vouent la dette publique aux gémonies... Décidément, par les temps qui courent, l'attaque des zombis économiques est un film à la mode !

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