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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 14:00

 

 

Alors que la crise liée à la pandémie de covid-19 devrait coûter très cher à l'État français, la Commission sur l’avenir des finances publiques, présidée par Jean Arthuis, a préconisé que "les dépenses publiques augmentent tendanciellement moins vite que les recettes, c’est-à-dire moins vite que la croissance potentielle" tout en veillant à "s’assurer de ne pas sacrifier les dépenses ou investissements d’avenir". Bref, la question de la dépense publique refait fort opportunément surface avant l'élection présidentielle, même si pour le moment ce sont plutôt celles du pouvoir d'achat et du prix de l'énergie qui agitent les médias...

 

Les dépenses publiques : quelques faits

 

Par définition, les dépenses publiques correspondent à la somme des dépenses de l’ensemble des administrations publiques : État, bien entendu, mais aussi organismes divers d’administration centrale (ODAC), administrations publiques locales (APUL) et administrations de Sécurité sociale (ASSO). Au total, les dépenses publiques en 2016 s'élevaient à 1 257 milliards d'euros (l'année n'a que peu d'importance pour mon propos, puisqu'il s'agit d'en expliquer les ressorts) :

 

 

[ Source des données : INSEE - Comptes nationaux ]

 

Ce sont les dépenses de protection sociale qui représentent la plus grande part des dépenses publiques en France, tout comme dans les autres États membres de l'UE :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Plus précisément, ce sont les dépenses liées à la vieillesse (dont les retraites !) qui représentent la part la plus importante des dépenses de protection sociale :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Au total la France, avec une dépense publique équivalente à environ 55,6 % du PIB (source Eurostat), se situait en tête du peloton européen avant la pandémie :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

En tout état de cause, il faut faire pièce à l'idée fausse selon laquelle si les dépenses publiques représentent 56 % du PIB, alors il ne reste plus que 44 % pour le privé. Au contraire, dépenses publiques et dépenses privées ne sont pas une part du gâteau PIB ; il ne s'agit là que d'une manière pratique de comparer en pourcentage du PIB des données dont les montants en milliards d'euros dépassent de loin notre niveau de perception. La dépense publique n'est pas prélevée sur la production.

 

Faut-il diminuer les dépenses publiques ?

 

Ce sont les prélèvements obligatoires qui servent à financer les dépenses publiques :

 

 

[ Source : Insee ]

 

Moyennant quoi, le fort taux de dépenses publiques en France  s'explique avant tout par le choix de répondre collectivement en France (jacobinisme quand tu nous tiens...), et par le secteur public, à certains besoins. D'où une différence d'environ 8 points avec la moyenne de la zone euro, dont la moitié s'explique par la protection sociale et principalement les retraites. Et privatiser le système de retraites pour le livrer aux fonds de pension ne résoudrait la question qu'en apparence, puisque la baisse de dépenses publiques enregistrée serait compensée par des placements désormais privés dans les fonds dont il n'est pas évident que les coûts de gestion soient plus faibles que la branche vieillesse de la Sécu !

 

Plutôt que de focaliser l'attention sur le seul montant des dépenses publiques, il importe surtout de s'interroger sur leur nature, leur efficacité, leur nécessité, etc. Mais c'est là un travail bien plus fastidieux et assurément moins vendeur en matière politique, d'autant qu'il faudra admettre que les administrations publiques ne s’enrichissent pas elles-mêmes en dépensant, au contraire elles contribuent à augmenter la capacité de production de richesses futures de l’ensemble de l’économie par des investissements porteurs, des subventions bienvenues ou des dotations suffisantes.

 

Autrement dit, les dépenses publiques de l'État n'ont rien à voir avec les dépenses d'un ménage comme certains s'échinent à le répéter ; elles sont avant tout le fruit d'un compromis social entre des citoyens qui veulent œuvrer à l'intérêt commun. L'on ne peut donc échapper à une réflexion sur l'articulation entre le secteur privé et le secteur public, afin de fixer les missions que les citoyens français veulent confier à la puissance publique.

 

Répétons-le : s'il est indispensable de s’interroger sur la nature et l'efficacité des dépenses publiques, il faut néanmoins se garder de vouloir les couper à tout prix, sous peine de plonger l'économie dans un tourbillon récessif. À moins que l'objectif ultime ne soit de privatiser subrepticement les services publics après les avoir asséchés et désorganisés... Il s'agit alors d'une politique des caisses vides, traduction euphémisée de la politique néolibérale « starve the beast » (« affamer la bête ») , comme le rappelle avec brio Bruno Amable. En pratique, c'est le traditionnel argument du trou de la Sécu, qui permet de faire passer dans l'opinion publique la nécessité d'une réponse forte et courageuse consistant à réduire les dépenses tout en baissant parallèlement les recettes (les cotisations et impôts), car les prélèvements obligatoires sont réputés inutiles. Bref, on affame la bête jusqu'au point où elle n'est plus capable d'avancer. Il devient alors facile de justifier la mise en coupe réglée ou la privatisation de la Sécu, en affirmant qu'il s'agit là du seul viatique...

 

Le débat actuel laisse notamment entendre qu'il n'est pas possible de taxer mieux (en particulier les plus riches qui sortent magnifiquement leur épingle du jeu fiscal comme je l'ai montré dans ce billet). C'est tout simplement (mais qui s'en souvient ?) l'argumentaire développé depuis deux décennies par le MEDEF. En effet, pour le dire simplement, selon eux si les dépenses publiques baissent, alors il est possible de diminuer concomitamment les impôts prélevés pour les financer en particulier ceux des entreprises. Ce faisant, le patronat imagine le cercle vertueux suivant : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois.

 

Les plus attentifs de mes lecteurs auront certainement reconnu là un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974 et qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt (sic !). Sauf que ce théorème n'a que très rarement fonctionné dans nos économies (c'est le charme des sciences sociales qui se prennent pour des sciences dures), au point qu'on avait fini sinon par l'oublier au fil des ans au moins par le mettre au placard des curiosités économiques, pour mieux le retrouver ces derniers mois comme tous les concepts "zombie".

 

Le monde d'après, expression répétée ad nauseam par des politiques incapables de proposer une véritable vision alternative de la société, semble prendre une tournure austéritaire tant sur le plan économique que politique. Est-ce vraiment là le nouveau contrat social dont rêvent les citoyens français ?

 

P.S. L'image de ce billet provient de cet article du Nouvel Économiste.

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commentaires

R
Le PIB France de 2146,7 milliards d'euros en 2020 est fait d'une masse salariale de 178 milliards qui cycle 12 mois.
Or les dividendes de 51 milliards soit 28% de cette masse salariale sont moins taxés (ou s'évadent).
(A comparer avec d'autres pays:
https://www.liberation.fr/checknews/2019/08/27/la-france-est-elle-vraiment-championne-d-europe-pour-les-dividendes-verses-aux-actionnaires_1746781/)
Le système économique est conçu pour accroître les profits et enrichir, il n'est pas fait pour permettre à tous de vivre dans le respect des uns et des autres.
C'est donc une course poursuite entre un capital qui croît sans cesse au détriment d'une masse salariale qui diminue pour améliorer le profit, etc...
Tant que l'héritage ne sera pas recycler dans l'économie au profit de tous, il s'accumulera sur une minorité d'héritiers qui maintiendront cet enrichissement source de pouvoir.
L'argent ne ruisselle pas mais s'évapore (paradis fiscaux) grâce aux bons soins de la majorité des gouvernements du Monde.
https://lejustenecessaire.wordpress.com/2021/03/18/le-rmu-premier-pas-ecologique/
Ce revenu serait un droit humain minimum, largement possible financièrement que les gouvernements se refusent à mettre en place et que les peuples devront arracher.
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