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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 11:04

Austerite.jpg

 

Comme je le disais dans ce précédent billet, le nouveau gouvernement de Manuel Valls a décidé de garder le cap vers les récifs, comme en témoigne le montant colossal de son "plan d'économies" : l'État participerait à hauteur de 19 milliards d'euros, la Sécurité sociale 21 milliards et les collectivités locales 10 milliards d'euros.

 

Comment s'articule ce plan ?

 

Réponse dans cette infographie :

 

economies-Valls.jpg

[ Source : DNA ]

 

Rappelons que, suite à la déclaration de politique générale de Manuel Valls, la feuille de route est dorénavant la suivante :

 

 

Bref, au-delà des mesures nécessaires mais qui prendront beaucoup de temps à être mises en oeuvre (fusion des régions notamment pour limiter le mille-feuille administratif), on revient à la vieille politique du rabot qui n'a pas fait ses preuves mais dont on ne saurait se passer selon un théorème Shadok. C'est ainsi qu'il faut comprendre le gel des prestations sociales et du point d’indice des fonctionnaires.

 

Est-ce un plan d'austérité ou d'économies ?

 

Au-delà des éléments de langage qui polluent le discours politique, il est bien entendu évident que ces 50 milliards d'euros ne peuvent être des "économies" ; il s'agit bel et bien de coupes claires dans les budgets publics. Pour le comprendre, il suffit de ramener ces 50 milliards d'euros à l'échelle du budget 2014 :

 

PLF2014-2.jpg

[ Source : La Dépêche ]


PLF2014-2-copie-1.jpg

[ Source : PLF 2014 ]


50 milliards sur 200 milliards de dépenses inscrites au budget général, ça fait donc 25 % ! On ne peut donc raisonnablement plus appeler cela des économies sur le budget, ce qui laisserait à penser qu'il suffit de couper dans quelques dépenses de fonctionnement inutiles ou somptuaires pour y arriver... Dans le cas présent, il faudra nécessairement couper aussi dans les dépenses d'investissements ce qui aura un impact sur la croissance potentielle.

 

Et encore, avec ces 50 milliards d'euros le gouvernement veut avant tout financer sa politique de soutien aux entreprises, baptisée Pacte de responsabilité puis renommé il y a quelques jours  Pacte de responsabilité et de solidarité afin de laisser penser qu'il y aura un peu quelque chose pour les ménages modestes...

 

En effet, pour financer les baisses de cotisations sociales prévues dans ce pacte (avec des contreparties tellement vagues qu'on se demande si elles existent...), le gouvernement ne se sentant plus capable de mettre à plat la fiscalité afin de prélever chez ceux qui s'affranchissent de verser leur obole (le grand soir fiscal aurait-il déjà fait long feu ?), il a décidé de couper dans les dépenses publiques : 18 milliards d'euros en 2015 et 2016 et 17 milliards en 2017, après 15 milliards en 2014 !

 

Au bout du compte, si la France veut financer les 30 milliards d'euros de cadeaux faits aux entreprises et respecter son engagement de ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB en 2015, alors il est fort probable que le montant des dépenses à couper s'élèvera entre 80 et 100 milliards d'euros, donc bien loin des 50 milliards annoncés !

 

Les conséquences d'un tel plan d'austérité

 

L'idée du gouvernement est donc de couper dans les dépenses publiques afin d'équilibrer le budget :

 

Previsions-deficits.jpg

[ Source : PLF 2014 ]

 

Or, contrairement à ce que répètent à l'envi les dirigeants politiques de tous bords, le budget d'un État n'a rien en commun avec celui d'un ménage. En effet, si le ménage veut réduire son endettement et rééquilibrer son budget, il peut (et il devra même !) réduire ses dépenses au niveau de ses recettes dans un premier temps.

 

Dans le cas de l'État, une baisse de ses dépenses aura des conséquences sur les recettes futures, puisqu'une partie des dépenses publiques influence directement le fonctionnement d'autres agents économiques au travers des subventions, allocations, crédit d'impôt, etc. Ces derniers consommeront et investiront par conséquent moins, ce qui débouchera sur de moindres rentrées fiscales pour l'État.

 

Cet enchaînement est bien connu des économistes et s'appelle le multiplicateur budgétaire. Pourtant, nombre d'entre-eux ont négligé son influence négative dans le cas des politiques d'austérité, d'où le mea culpa du FMI qui, en 2013, reconnaissait avoir sous-estimé le multiplicateur budgétaire en Grèce, ce qui signifie que lorsque le pays réduisait ses dépenses publiques de 1 milliard d'euros, son PIB diminuait non pas de 0,5 milliards d’euros comme attendu mais probablement de 0,9 à 1,7 milliards d'euros !

 

Même au sein du PS certains commencent à s'inquiéter de cette spirale récessive, à tel point que le programme de Manuel Valls est menacé de ne pas avoir le soutien du parti. C'est pourquoi, des députés du PS membres de la commission des finances, cherchent désormais un scénario alternatif pour éviter les conséquences catastrophiques que j'ai détaillées plus haut.

 

L'austérité généralisée au sein de la zone euro ajoute au problème

 

Au sein de la zone euro, si l'austérité n'apporte pas les résultats attendus, c'est aussi parce qu'elle est d'une part généralisée dans de nombreux pays d'Europe (il ne faut pas oublier que l'Union européenne est aussi une vaste zone de commerce interne et que les problèmes économiques des uns finissent dès lors par devenir ceux des autres) et d'autre part elle étouffe toute forme de reprise économique.

 

L'OFCE a ainsi conclu que, en dehors des mesures prises par le gouvernement Valls, la croissance sera déjà amputée de 0,9 point en 2014 et de 0,7 point en 2015 en raison des politiques d'austérité (internes à la France ou pratiquées en Europe). En y intégrant les récentes mesures, la croissance ralentirait à 1 %, c'est-à-dire toujours trop peu pour créer des emplois ! 

 

Il faudrait donc que les gouvernements en Europe cessent d'appliquer des politiques néolibérales qui conduisent tout à la fois à une stagnation de la productivité globale des facteurs, des gains de productivité quasi nuls, une faiblesse des dépenses de R&D (recherche-développement), une désindustrialisation, une stagnation voire un recul de l'investissement des entreprises, une perte de capital humain suite au chômage élevé et de longue durée.

 

De plus, les dirigeants ne semblent pas comprendre que nous nous engageons, en Europe et désormais en France, dans la course à la déflation salariale et au moins-disant social, oubliant dès lors les leçons de l'histoire (déflation Laval en France, déflation Brüning en Allemagne). Pourtant, faut-il encore rappeler que tant qu'il n'y aura pas anticipation d'une hausse de la demande, les entreprises n'investiront pas et se refuseront à embaucher quand bien même leurs marges seraient plus élevées.

 

On se dirige donc en Europe, et en particulier en France, vers la déflation, sans s'apercevoir que l'on crée chaque jour les conditions pour ne plus en sortir... Voilà pourquoi Paul Krugman, Prix Nobel d'économie, s'est profondément énervé en entendant parler de la politique économique de François Hollande, au point de commettre un billet de blog incendiaire...

 

Mais Paul Krugman se serait certainement arraché les cheveux s'il avait lu que l'UDI propose 80 milliards de coupes et que, d'après un sondage BVA pour i>télé/CQFD, 50 % des sondés ont été convaincus par les mesures d'économies présentées par le gouvernement, 59 % approuvant même la baisse des dépenses de l'assurance maladie qui va pourtant les toucher !

 

A croire qu'à force de leur répéter inlassablement les mêmes messages biaisés et fallacieux, les Français finissent par prendre des vessies pour des lanternes, ou plus exactement des coupes massives et aveugles dans les dépenses publiques pour des mesures salutaires... N'est-ce pas le retour à la grande saignée économique ?

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de la CGT

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