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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 14:43

 

 

Après une analyse assez détaillée du revenu universel, j'ai jugé important de rappeler quelques éléments factuels sur les dépenses publiques tant il me semble qu'un consensus se dessine sur le fait qu'elles sont nécessairement trop élevées. Mais que le lecteur se rassure, il n'est pas question de transformer ce billet en cours de comptabilité nationale, de tels éléments complémentaires pouvant être trouvés dans de nombreux livres dont les miens.

 

Les dépenses publiques

 

Par définition, les dépenses publiques correspondent à la somme des dépenses de l’ensemble des administrations publiques : État, bien entendu, mais aussi organismes divers d’administration centrale (ODAC), administrations publiques locales (APUL) et administrations de Sécurité sociale (ASSO). Quitte à enfoncer des portes ouvertes, j'en profite pour rappeler que les dépenses publiques sont financées par des recettes publiques, i.e. essentiellement des impôts pour faire simple !

 

Au total, les dépenses publiques en 2015 s'élevaient à 1 243,3 milliards d'euros :

 

 

Au niveau européen, la ventilation des dépenses publiques est la suivante (pour agrandir, clique-droit sur l'image et choisissez "afficher l'image") :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Ainsi, un peu partout au sein de l'Union européenne c'est la fonction "protection sociale" qui pèse lourd. Plus précisément, ce sont les dépenses liées à la vieillesse (dont les retraites !) qui représentent la part la plus importante des dépenses de protection sociale, soit environ 10 % du PIB dans l'UE, et pas la maladie comme on l'entend trop souvent !

 

Au total, si la France avec environ 57 % du PIB de dépenses publiques se situe en tête du peloton européen, c'est avant tout parce que le pays a fait le choix de répondre collectivement, et par le secteur public, à certains besoins. D'où une différence d'environ 8 points avec la moyenne de la zone euro, dont la moitié s'explique par la protection sociale et principalement les retraites. Et privatiser le système de retraites pour le livrer aux fonds de pensions ne résoudrait la question qu'en apparence, puisque la baisse de dépenses publiques enregistrée serait compensée par des placements désormais privés dans les fonds dont il n'est pas évident que les coûts de gestion soient plus faibles que la branche vieillesse de la Sécu !

 

Faut-il diminuer les dépenses publiques ?

 

Profitons-en tout de suite pour jeter une pierre dans le jardin de ceux qui réclament un peu trop rapidement la baisse des dépenses publiques de protection sociale : au vu des chiffres présentés ci-dessus, faut-il dès lors couper les retraites pour faire des économies ? Difficile lorsqu'on connaît la propension des personnes âgées à se rendre fidèlement aux urnes années après années pour apporter fidèlement leur voix au même parti politique...

 

 

[ Source : La Voix du Nord ]

 

Dans ces conditions, certains pensent qu'il est plus facile de raboter les dépenses publiques de santé, quitte à désorganiser encore un peu plus le système actuel au bord de l'agonie voire à le privatiser subrepticement (avec des coûts de gestion qui seront à l'évidence supérieurs à ceux du public, mais visiblement personne n'en parle). Or, plutôt que de focaliser l'attention sur le seul montant des dépenses publiques, il importe aussi de s'interroger sur leur nature, leur efficacité, leur nécessité, etc. Mais c'est là un travail bien plus fastidieux et assurément moins vendeur en matière politique...

 

Disons-le clairement, l'argument de la baisse des dépenses publiques est intimement lié à la stratégie de baisse des impôts réclamée à cor et à cri par le MEDEF. En effet, pour le dire simplement, selon eux si les dépenses publiques baissent, alors il est possible de diminuer concomitamment les impôts prélevés pour les financer en particulier ceux des entreprises. Ce faisant, le patronat imagine le cercle vertueux suivant : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois.

 

Les plus attentifs de mes lecteurs auront certainement reconnu là un enchaînement popularisé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974 et qui lui vaut désormais le nom de théorème de Schmidt (sic !). Sauf que ce théorème n'a que très rarement fonctionné dans nos économies (c'est le charme des sciences sociales qui se prennent pour des sciences dures), au point qu'on avait fini sinon par l'oublier au fil des ans au moins par le mettre au placard des curiosités économiques, pour mieux le retrouver ces derniers mois comme tous les concepts "zombie".

 

Pire, comme vient de le montrer une récente évaluation officielle du CICE, la hausse du taux de marge permise par les réductions de cotisations sociales n'a pas débouché sur le cercle vertueux attendu, puisqu'il n'aura même pas eu d’effet de court terme sur les exportations. Cela tient au fait que l'investissement ne dépend pas uniquement de la profitabilité de l'entreprise et de ses conditions de financement, mais aussi de l'environnement politico-économique (actuel et attendu) dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est très dégradé actuellement ! De plus, si les baisses de cotisations servent uniquement à regonfler les marges, à substituer opportunément du travail au capital pour bénéficier du CICE ou à augmenter les salaires des cadres dont le pouvoir de marché est avéré à la différence des ouvriers, alors c'est vers un cercle vicieux que l'on se destine.

 

Enfin, suite à une discussion que j'ai eue récemment lors d'un cours d'économie pour adultes, il me semble indispensable de préciser que si la dépense publique représente en France 57 % du PIB, cela ne signifie nullement qu'il ne reste plus que 43 % pour le privé. Au contraire, dépenses publiques et dépenses privées ne sont pas une part du gâteau PIB ; il ne s'agit là que d'une manière pratique de comparer des données dont les montants en milliards d'euros dépassent de loin notre niveau de perception.

 

Pour combattre une autre idée reçue, notons comme on peut le voir sur la figure ci-dessous, que les agents de la fonction publique sont créateurs de richesse et même de beaucoup de richesse, puisqu'elle représente environ un tiers de celle des sociétés non financières ! Cela n'empêche pas d'entendre trop souvent encore et de manière péremptoire que les entreprises privées sont les seules à participer réellement au PIB de la France, d'où les aides qu'il faut impérativement leur apporter.

 

Loin de moi néanmoins l'idée d'affirmer qu'il serait nécessaire de nationaliser des pans entiers de l'économie ou d'embaucher toujours plus de fonctionnaires ! Au contraire, je crois qu'une réflexion sur l'articulation entre le secteur privé et le secteur public s'impose, afin de fixer les missions que les citoyens français veulent confier à la puissance publique. Mais comme en politique l'objectif actuel semble être de se distinguer à tout prix de ses petits concurrents, chacun s'enferme dans son programme et ses certitudes, de sorte qu'aucune discussion n'est réellement envisageable. Parfois, il me semble d'ailleurs que les électeurs se fichent royalement de la qualité du débat et des questions abordées, puisque leur opinion est toute faite.

 

 

Pour finir, entre les services publics non marchands à destination des ménages - individualisables comme l'éducation ou collectifs comme la justice - et les prestations sociales en nature (médicaments, consultation de médecine, etc.) et en espèces (retraites, allocations, etc.), une bonne moitié de la dépense publique est constituée de prélèvements qui sont restitués aux ménages et donc soutiennent la dépense privée et la croissance !

 

En définitive, la bonne politique, et nous serons je pense nombreux à en convenir, consisterait davantage à répertorier et évaluer chaque politique publique qu'à raboter les dépenses publiques dans l'espoir qu'un cercle vertueux se mette spontanément en place. Car couplée à une politique de baisse mal ciblée des impôts, cela pourrait déboucher sur un surplus de déficit public alors même que sa mise en oeuvre devait le réduire... La France ferait alors la course à la déflation salariale et au moins-disant social, oubliant les leçons de l'histoire : déflation Laval en France, déflation Brüning en Allemagne !

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