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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 11:07

 

 

À présent que l'élection présidentielle est passée, il est temps de revenir à des sujets plus économiques même si l'économie n'était à l'évidence pas absente de mes précédents billets : la politique économique selon Macron, les vrais résultats (dérangeants) de l'élection présidentielle, l'élection présidentielle : l'absence de choix et la crise qui couve, 1er mai : fêtons le travail tant qu'il en reste !. Le billet d'aujourd'hui sera ainsi consacré à la flexisécurité, dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles au motif qu'elle serait la panacée !

 

La flexisécurité

 

Ce néologisme d'origine anglo-saxonne, construit avec les mots flexibilité et sécurité, désigne une forme d'organisation du marché du travail qui cherche à concilier la flexibilité souhaitée par les employeurs avec la sécurité désirée par les travailleurs. En général, appelons un chat un chat, la flexisécurité associe faible protection des emplois (=flexibilité) et soutien au retour à l’emploi des chômeurs (sécurité). Présentée ainsi, rien d'étonnant à ce que ce concept soit devenu au fil des ans l'idéal (l'horizon indépassable ?) des grandes organisations libérales dans le monde à l'instar de l'OCDE, du FMI et bien entendu de la Commission européenne.

 

La flexisécurité tire son origine du modèle économique danois, qui a associé au début des années 1990 deux éléments :

 

 * la flexibilité : embauches et licenciements très faciles, pas de différence entre CDD et CDI ;

 

 * la sécurité : indemnités de chômage généreuses, mais plafonnées à un niveau bien plus bas qu'en France et limitées à 24 mois, en contrepartie d'un suivi pointilleux des chômeurs, qui sont souvent contraints d'accepter au bout de quelques mois un emploi même s'il ne correspond pas à leur recherche/qualification.

 

Le passage à la flexisécurité au Danemark aurait ainsi permis de terrasser le chômage, enfin jusques à la crise de 2008, comme le montre le graphique ci-dessous :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

Flexisécurité et dynamique schumpétérienne

 

La dynamique schumpétérienne prend appui sur le concept de destruction créatrice, qui postule que l'innovation détruit certes des secteurs entiers de l'économie ancienne, mais au profit de la création de nouveaux secteurs dynamiques et plus productifs au sein desquels l'emploi se développera. La préconisation est alors d'ôter tout obstacle à la transformation des entreprises et de l'emploi, bref de laisser faire ce processus vu comme inéluctable et bienfaisant pour l'économie à long terme.

 

Les partisans de la flexisécurité, dont Emmanuel Macron, souhaitent donc par ce moyen accompagner une logique qu'ils considèrent comme inéluctable, en abandonnant les secteurs en déclin tout en aidant à la création d'emplois dans les nouveaux secteurs de l'économie. Ce faisant, ils négligent juste que les emplois détruits ne sont pas nécessairement recréés en nombre égal dans les nouveaux secteurs d'activité. De plus, les qualifications n'étant pas les mêmes, rien n'assure le "déversement" d'un secteur à l'autre pour reprendre une expression popularisée par Alfred Sauvy. Quant aux salaires, le primat de la négociation au niveau des entreprises conduira inévitablement à un ajustement à la baisse des salaires.

 

Flexisécurité : flexi sans sécurité ?

 

Hélas, comme toujours, le diable se cache dans les détails. En effet, au vu de la situation sur le front du chômage qui affaiblit fortement la capacité de négociation des travailleurs, il est désormais assez simple d'obtenir la flexibilité : réduction de la protection de l'emploi, réduction des coûts de licenciements par le plafonnement des indemnités prud'homales, négociations salariales au niveau de chaque entreprise, etc. En témoignent les nombreuses attaques réussies contre le Code du travail et la possible estocade que lui portera la très prochaine loi sur le travail, qui s'offrira même le luxe de court-circuiter partiellement le Parlement... Un enterrement de première classe dans France SA.

 

De plus, la destruction des emplois intermédiaires, lourde de conséquences pour notre modèle social comme je l'expliquais dans ce billet, conduira les salariés à se battre pour les rares offres restantes, quels que soient la qualité de l'emploi et le salaire proposé. Et à défaut de salariat, les travailleurs iront chercher de quoi se nourrir dans une chimérique ubérisation de l'économie, c'est-à-dire un cauchemar tout éveillé où nous serions tous autoentrepreneurs, en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Il vous suffit de jeter un oeil sur cet excellent article du Monde concernant Amazon et son Turc mécanique pour comprendre qu'il ne s'agit pas là d'une vue de l'esprit !

 

En tout état de cause, les partisans de la flexisécurité, toujours prompts à nous citer le Danemark comme modèle depuis que l'Allemagne industrieuse fait un peu moins rêver, négligent certains points. Tout d'abord, pour qu'un tel système fonctionne, encore faudrait-il qu'il y ait d'abord du travail digne de ce nom pour tous et pas uniquement du tripalium ! De plus, il nécessite l'adhésion de tous les citoyens et bien entendu des syndicats beaucoup plus représentatifs qu'ils ne le sont aujourd'hui (au Danemark, le taux de syndicalisation atteint près de 80 % des salariés du secteur privé et 100 % des salariés du secteur public), afin de pouvoir négocier les conditions de travail qui dépendent principalement des accords de branches et d'entreprises au Danemark.

 

En outre, il ne faut pas oublier qu'un emploi perdu n'est jamais simplement l'équivalent d'un emploi retrouvé, même s'il offre les mêmes conditions matérielles de subsistance. Au contraire, certains métiers font la fierté de ceux qui les exercent et ils ne peuvent être remplacés par d'autres emplois alimentaires sans conduire à la perte d'un savoir-faire et d'une logique de l'honneur au travail dont parlait Philippe d'Iribarne.

 

Enfin, la condition sine qua non de mise en place de la flexisécurité au Danemark fut le haut degré de consentement à l'impôt, puisque l'État danois a pris à sa charge les politiques de l'emploi constituées de l'emploi et de l'accompagnement des chômeurs, le tout pour 1,9 % du PIB contre environ 0,5 % en moyenne dans l'OCDE... Au total, le taux de prélèvements obligatoires tutoie les 45 % du PIB au Danemark !

 

 

[ Source : Challenge ]

 

Au surplus, la construction de l'État moderne en France, jacobine quoi qu'on puisse en dire, est aux antipodes de l'individualisme mâtiné de solidarités familiales fortes qui fonde les sociétés scandinaves. Pour le dire autrement, j'ai les plus grandes réticences face à des projets qui consistent à transposer un modèle socio-économique bâti sur une histoire bien différente de la nôtre. Une telle idée ne peut à l'évidence que séduire les néolibéraux mondialistes, qui font des États-nations de vagues régions de l'espace monde, où tous les individus sont censés être de dignes représentants froids et calculateurs de l'homo oeconomicus rationalis !

 

Bien entendu, une fois obtenu très rapidement l'avers flexibilité de la pièce flexisécurité, le verso sécurité sera beaucoup plus long à mettre en oeuvre (s'il l'est jamais...), ce qui ne manquera pas de créer beaucoup de chômage dans l'intermède, d'autant que la question de la faiblesse du niveau de gamme en France par rapport aux coûts de production reste pendante...

 

La flexisécurité est donc un excellent moyen de réduire le taux de chômage, mais au prix d'une omerta sur toutes les questions de qualité de l'emploi, de déclassement professionnel et de mal-être au travail ! Je ne peux donc que renouveler les conclusions de mes précédents billets : les libéraux arriveront peut-être au plein-emploi, mais avec des conditions salariales (et non-salariales) épouvantables. Le risque d'une crise sociale et politique n'en sera que plus fort !

 

P.S. : l'image de ce billet provient de cet article du site La Croix

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commentaires

Robin MATHIAS 08/06/2017 07:59

Un article paru dans Capital fini les fourmis japonaises !
Une journée durant, nous avons tenté de régler en cash de gros achats dans les plus grandes maisons de luxe. Peine perdue ! Désormais, avenue Montaigne, on respecte la loi.
Chez Arnys, fournisseur de François Fillon – 6.000 euros le costume –, vous pouvez tout vous permettre. Plus de 3.000 tissus au choix et des combinaisons infinies de cols, de poches, de boutons, de rabats, de revers… Et payer en liquide ? Ah ça non, impossible ! Depuis septembre 2015, en effet, les espèces sont interdites en France pour les achats ou les prestations d’un montant supérieur à 1.000 euros. Et contrairement à ce que des rumeurs veulent faire croire, les maisons de luxe ne badinent plus avec la loi.
Nous avons pu le vérifier, début avril, en jouant les riches acheteurs à Paris, avenue Montaigne et rue du Faubourg-Saint-Honoré. Premier arrêt dans l’immense boutique Gucci, près du rond-point des Champs-Elysées. Très tentant, ce sac à main en velours rose de la nouvelle collection à 1.290 euros. Nous le prenons et commençons à sortir nos grosses coupures. Refus gêné de la vendeuse. Nous insistons : "Nous avons oublié notre carte de crédit. Vous ne pouvez pas faire une exception pour 290 euros au-dessus du plafond ?" L’employée, horriblement déçue de rater une vente, s’éclipse un instant pour demander l’avis de sa responsable… qui décline à son tour.
La même scène se rejouera toute la journée, dans la douzaine de magasins prestigieux que nous avons testés : Dior, Prada, Fendi, Saint Laurent, Louboutin… A chaque fois, nous devrons remiser notre liasse de billets. De l’aveu même d’une responsable de magasin, cette vertu affichée constitue un changement radical. Avant 2015, on estimait que les paiements en espèces représentaient 20% du chiffre d’affaires de la joaillerie avenue Montaigne. A l’époque, les organisations professionnelles étaient même montées au créneau : selon elles, la fin programmée du cash pouvait faire perdre 500 millions d’euros par an au secteur du luxe.
Pourtant, les grandes marques ont appris à faire avec. Voire à s’en réjouir. Après tout, en supprimant le liquide, on diminue également le risque de récupérer des faux billets. Et comme on le sait, les grosses coupures sont les plus contrefaites. Les boutiques de luxe se consolent aussi avec les clients étrangers ou les binationaux dont la résidence fiscale se situe hors de France, pour qui la législation est plus clémente. Ces petits vernis peuvent acheter en espèces jusqu’à 15.000 euros. Mais, du coup, ils sont la cible facile des voyous. On ne peut pas tout avoir…

Raphaël DIDIER 08/06/2017 13:36

Merci pour cette référence, qui fait le lien avec mon cours d’hier soir sur le blanchiment de l'argent sale !

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