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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 11:27

 

 

Après avoir beaucoup parlé gros sous ces derniers temps, que ce soit dans le cas du krach boursier en Chine, de l'or comme valeur refuge, du plan d'aide à la Grèce ou des moyens pour réduire la dette publique, j'ai décidé de revenir aux fondamentaux de l'économie réelle. C'est pourquoi, le billet d'aujourd'hui sera consacré à une évolution souvent passée sous silence dans les médias, mais qui va avoir de très lourdes conséquences à moyen terme : la bipolarisation du marché du travail.

 

La structure de l'emploi en France

 

Commençons par ce graphique, qui nous montre les profonds changements intervenus dans la structure de l'emploi en France :

 

Emploi total par secteur

 

[ Source : INSEE ]

 

Complétons ensuite par l'évolution de l'emploi entre 1982 et 2002 en France :

 

 

[ Source : Dares ]

 

Ces deux graphiques nous permettent de conclure que les trente dernières années ont été marquées par une tertiarisation de l'économie, c'est-à-dire un recul du poids de l'industrie au profit des services.

 

Évolution de la productivité

 

Si l'on se concentre sur une période plus récente, 1990-2015, on obtient l'évolution suivante de la productivité par tête des branches :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

La productivité par tête est donc élevée dans l’industrie manufacturière, les services aux entreprises et les services financiers, mais plutôt faible dans la construction et les services domestiques (services à la personne, transports, commerce, hôtellerie et restauration).

 

Or, comme la croissance dépend à long terme de la productivité par tête et de la croissance future de la population active, on en déduit vers quels secteurs il faudrait orienter les investissements si l'on souhaite renouer avec la croissance... Cela explique aussi pourquoi on assiste à un ralentissement des gains de productivité en France, puisqu'il y a déformation de la structure des emplois vers des secteurs où le niveau de productivité est faible.

 

La bipolarisation du marché du travail

 

Le tableau ci-dessous présente comment a évolué l'emploi par niveau de qualification :

 

 

[ Source : France Stratégie ]

 

Ligne à ligne, on peut y voir une baisse du poids des indépendants, une stabilité du poids des employés et ouvriers peu qualifiés, une baisse du poids des ouvriers et employés qualifiés et une hausse du poids des professions intermédiaires et des cadres. Ces chiffres nous montrent donc que l'on s'achemine, en France, vers une bipolarisation du marché du travail, c'est-à-dire une disparition des emplois intermédiaires et une concentration aux extrémités (emplois peu qualifiés et emplois très qualifiés).

 

Les conséquences d'une bipolarisation du marché du travail

 

Ce phénomène, qui se retrouve également dans de nombreux pays de la zone euro (Espagne, Italie, Portugal, etc.), soulève évidemment le problème de l'augmentation des inégalités de revenu, que seules des politiques de redistribution pourront corriger, du moins tant qu'il restera un semblant d'impôt sur le revenu.

 

De plus, s'il ne reste plus que deux classes d'emplois, alors on risque fort d'en revenir à la lutte des classes, puisque la classe moyenne, celle qui occupait les emplois intermédiaires, aura disparu. On imagine alors très bien la frustration que vont ressentir toutes ces personnes qui espéraient voir leur carrière progressait, mais qui devront se contenter d'être dans l'une ou l'autre classe.

 

On pense aussi particulièrement aux jeunes à qui a on aura promis un avenir radieux une fois diplômés, mais qui se retrouvent déjà bien trop nombreux pour les rares postes correspondant à leurs qualifications. Certes, il est bien établi que le diplôme est une protection efficace contre le chômage, mais pas contre le sous-paiement et la surqualification. Au contraire, cela conduira à une pression à la baisse sur les salaires, tant des emplois qualifiés que des emplois non qualifiés, sur lesquels se rabattront à la fois ceux qui n'ont pas de qualification et les rejetés de l'autre classe...

 

En définitive, les admirateurs du dieu Schumpeter (innovation, quand tu nous tiens...) devront constater que l'évolution actuelle - déformation de la structure des emplois vers des emplois moins productifs et donc baisse de la productivité globale - ne laisse pas présager des jours meilleurs pour les salariés. Mais comment pourrait-il en être autrement lorsqu'une entreprise comme Twitter, pourtant chantre de l'économie de l'innovation tant espérée par certains, ne compte que 4 000 salariés...

 

Au reste, on est en droit de se demander si cette nouvelle économie n'est pas encore une fois tout simplement une bulle, à l'instar de celle de l'internet qui a explosé au début des années 2000. En effet, l'infographie ci-dessous fait véritablement froid dans le dos, puisqu'elle montre que les fameuses licornes (start-ups valorisées plus d'un milliard de dollars) n'ont en fin de compte que très peu de recettes et que le marché valorise donc une espérance de gain démentielle et bien incertaine !

 

 

[ Source : Zero hedge ]

 

J'espère que tout cela ne corresponde pas à une ubérisation du monde, sorte de rêve néolibérale extatique, plus exactement un cauchemar tout éveillé où nous serions tous des autoentrepreneurs, en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Le progrès technique oui, mais seulement s'il apporte un progrès social. Or, le chemin que nous prenons s'appelle plutôt une régression sociale !

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commentaires

Jean-Michel 22/09/2015 11:07

Nous sommes passés de l'emploi salarié CDI temps plein industriel à l'emploi salarié précaire CDD temps (très) partiel des services et maintenant nous glissons vers l'auto-entrepreneur, emploi ponctuel pas salarié sous la pression des plateformes collaboratives et l'"uberisation" de l'activité économique.

Sauf que tout le monde veut continuer à payer sa crèche 10% du prix réel, la cantine des enfants pareil, et bénéficier encore plus de la Sécu, de la retraite, ou de l'entretien des routes et d'infrastructures culturelles, sportives, de loisirs.

Tout ça dans une économie où on ne paie plus de charges, plus de TVA, plus d'impôts puisque la plupart du temps avec la méthode Uber ça passe à l'as...

Il faudra bien se rendre compte que c'est incompatible et un jour faire des choix....... qui risquent d'être au final douloureux!

Raphaël DIDIER 22/09/2015 11:28

C'est très bien résumé : notre modèle social fonctionne sur les cotisations et, sans elles, il s'effondre ! D'où l'urgence pour le gouvernement de réagir face à ces changements...

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