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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 12:32

 

 

Après une série de billets consacrés à la crise sociale en France - dont vous trouverez un récapitulatif ici -, au chômage des plus de 50 ans et à la pauvreté, il m'a semblé intéressant de jeter un œil de l'autre côté du Rhin pour voir comment se porte l'économie allemande. Et contre toute attente, l'horizon est bien sombre... Ceux qui sont allergiques aux graphiques pourront très bien se contenter de lire seulement mon analyse, les sources servant essentiellement à montrer sur quoi je me suis appuyé dans mon argumentation. 

 

Un ralentissement cyclique important

 

La croissance de l'Allemagne n'aura guère dépassé 1,5 % en 2018, contre 2,2 % en 2017 et en 2016 :

 

[ Source : Destatis ]

 

Si l'on fait à présent un zoom sur l'évolution de l'activité par trimestre, on voit encore plus nettement le ralentissement allemand (courbe en rouge), l'activité s'étant même contractée au troisième trimestre 2018 :

 

 

[ Source : Destatis ]

 

Le ralentissement risque fort d'être très important, si l'on en croit le net repli des enquêtes économiques :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Comparaison avec la France

 

Comme il est d'usage lorsqu'on parle de l'Allemagne, nous allons comparer ces chiffres avec ceux de la France :

 

 * croissance annuelle

Statistique: Évolution par rapport à l'année précédente du Produit Intérieur Brut (PIB) en volume en France de 2000 à 2017 | Statista
Trouver plus de statistiques sur Statista

 * activité trimestrielle

 

 

[ Source : INSEE ]

 

Le ralentissement cyclique allemand se retrouve également en France, et plus généralement au sein de la zone euro :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

J'ai souvent répété sur ce blog que la zone euro a profité d’un alignement des planètes favorable à la demande : un euro relativement faible, un niveau très bas des taux d’intérêt et des prix du pétrole raisonnables. Mais cela ne pouvait durer, car nombreuses sont les forces qui poussent à la remontée de l'euro notamment face au dollar (balance courante excédentaire de la zone euro, etc.) et à la hausse des prix du pétrole (demande soutenue, offre de moins en moins excédentaire, etc.). Quant aux problèmes structurels de la zone euro, ils deviennent de plus en plus visibles et ceux de l'Allemagne en particulier...

 

Des faiblesses structurelles

 

Dans l’industrie, bastion traditionnel de la puissance économique allemande, le ralentissement est important, ce qui n'augure rien de bon dans un pays où le poids de l’industrie manufacturière avoisine les 22 % du PIB contre 10 % en France et 12 % en Espagne :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela résulte du reflux important de la demande mondiale de produits industriels, lui-même lié au passage à une économie de services. Quant à l'industrie automobile, elle subit déjà les assauts des normes environnementales européennes - comme l'ont montré les scandales en cascade dans l'émission de gaz -, et un éventuel passage à la voiture électrique entraînerait des pertes massives en Allemagne ne serait-ce qu'en raison du quasi-monopole de fabrication des batteries électriques détenu par les pays asiatiques (Japon, Chine, Corée) :

 

 

[ Source : http://evobsession.com ]

 

À partir de 2003, le chancelier Gerhard Schröder a choisi d’adosser la croissance allemande au commerce extérieur, transformant de la sorte l’Allemagne en « bazar industriel du monde » pour reprendre les mots de l’économiste Hans-Werner Sinn. Pour ce faire, dans une optique de segmentation des emplois entre industrie et services, les réformes Hartz devaient flexibiliser à outrance les emplois dans les services et en faire baisser les coûts salariaux, dans le but de gagner en compétitivité-prix à l'export pour les produits industriels, ce qui n'était rien d'autre qu'une désinflation compétitive a priori interdite par les traités européens...

 

Mais ce type de stratégie non-coopérative finit tôt ou tard pas se heurter aux revendications des salariés, qui en ont assez de subir pareille austérité pour servir les intérêts de la seule industrie où les rémunérations sont demeurées élevées :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

De sorte que la compétitivité-coût de l'Allemagne est désormais sérieusement entamée, ce qui se traduit par un recul des profits des entreprises allemandes depuis 3 ans et plus récemment un affaiblissement des exportations :

 

 

[ Source : Destatis ]

 

Venons-en au fort taux d'épargne de la nation allemande, qui résulte d'un niveau très élevé d’épargne des ménages allemands et d'un excédent budgétaire de l'État :

 

 

[ Source : http://www.cor-retraites.fr ]

 

Certains se sont persuadés qu'un tel taux d'épargne de la nation était nécessairement une bonne nouvelle pour l'Allemagne, oubliant ce faisant que cette épargne ne finance même pas des investissements dans le pays - et même très peu au sein de la zone euro ! -, mais sert essentiellement à acheter des obligations à l’étranger (avec un rendement faible au demeurant...). D'où un énorme excédent de la balance extérieure de l'Allemagne parallèlement à des infrastructures dans un état pitoyable, symptomatique d'une économie malade mais qui se croit en bonne santé :

 

 

[ Source : OCDE ]

 

En ce qui concerne la productivité par tête, elle ralentit même dans l’industrie, ce qui conjugué au manque de main-d’œuvre qualifiée laisse entrevoir un sérieux affaiblissement de la croissance de long terme :

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En résumé, les facteurs favorables à l'économie allemande au mitan des années 2000 sont devenus des faiblesses structurelles une décennie plus tard, ce que les politiques admettent à mots couverts. Rien d'étonnant donc à ce qu'Angela Merkel ne manifeste pas une grande ardeur à suivre Emmanuel Macron dans son désir de redynamiser une zone euro qui s'enfonce dans la crise ; elle considère que sa priorité est avant tout l'économie de son pays (n'est-ce pas au fond pour cela qu'elle est chancelière ?), ce que confirme sur le plan juridique la cour de Karlsruhe à chaque fois qu'il s'agit d'engager l'Allemagne dans un traité européen.

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