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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 11:08

 

 

Après mes billets politiques (la politique économique selon Macron, l'absence de choix et la crise qui couve et les vrais résultats de l'élection présidentielle) et de nombreuses analyses plus économiques (la flexisécurité, le danger de la hausse des taux d'intérêt, les problèmes économiques de la Chine), on m'a demandé de m'exprimer sur le résultat des élections législatives. Je vais m'y prêter de bonnes grâces d'autant que guette le danger d'une démocratie sans opposition...

 

Les résultats des élections législatives

 

Tout est dit sur l'infographie suivante pour le 1er puis le second tour :

 

 

[ Source : le JDD ]

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Vous noterez au passage la relative contre-performance par rapport aux prévisions des sondage après le 1er tour, dont j'avais expliqué dans ce billet pourquoi il fallait les interpréter avec prudence...

 

Le peuple emporté par une passion collective ?

 

Rares auront été les observateurs avisés capables d'expliquer pourquoi le projet de loi du travail défendu par le gouvernement conduira inévitablement à la casse sociale, comme je l'analysais dans ce billet sur la flexisécurité. Pourtant, on notera l'excellente tribune dans le Monde de Marie Wierink, chercheur à l'IRES, qui montrait que les réformes du marché du travail aux Pays-Bas, très proches de celles dont rêve Macron, ont eu un bilan désastreux...

 

Mais emportés par une vague de passion collective dont Simone Weil nous montrait tout le danger, les rares électeurs semblaient prêts à voter pour n'importe quel candidat affublé de la couleur orange LREM, quitte à oublier la loi El Khomri, simple préfiguration de l'horreur de la prochaine loi travail. Ils ne semblent même plus se souvenir que le député, bien qu'élu dans une circonscription, est un représentant de la nation et donc qu'il n'a pas vocation à oeuvrer au niveau local (sauf pour sa réélection...) mais bien à voter les lois ! Et lorsqu'on connaît les dégâts qui ont résulté par le passé de l'obligation de respecter la ligne du parti, quel qu'il soit du reste, on ne peut que s'inquiéter lorsque l'opposition est réduite à peau de chagrin...

 

Dans trente ans, les historiens qualifieront probablement cette Assemblée nationale de 8e "Chambre introuvable", dans le sens où elle n'offre aucune possibilité de débat véritable comme les 7 précédentes :  Restauration (août 1815 - septembre 1816), retour des monarchistes (février 1871 - février 1875), victoire du camp républicain avec Gambetta notamment (septembre 1881 - octobre 1885), la Chambre bleu horizon du bloc national conduit par Clemenceau qui compte beaucoup d'anciens combattants et de néophytes (novembre 1919 - mai 1924), la Chambre anti-chienlit de juin 1968, la vague rose de 1981 et enfin le retour de la droite en 1993. Gageons qu'elle ne devienne pas non plus "plus royaliste que le Roi" pour reprendre les mots de Louis XVIII effrayé par la surenchère des députés ultra-royalistes de 1815...

 

Comment espérer dans ces conditions que l'expression du peuple puisse être conforme à la justice et à la vérité, bref à l'intérêt général pour faire simple ? Je passe du reste sur l'emploi de l'expression "société civile", détournée de son sens gramscien pour ne plus désigner que des candidats sans mandat, mais qui peuvent avoir des fonctions d'auxiliaires dans la vie politique ou être militants. Bref, encore un détournement de sens à des fins de marketing politique. Les Romains faisaient en pareil cas utilement la distinction entre populus et turba...

 

Toujours est-il qu'à l'arrivée, comme le faisait remarquer Jacques Sapir après le 1er tour des élections législatives, la majorité présidentielle est en fin de compte historiquement très faible au regard du grand nombre de sièges obtenus :

 

 

[ Source des données : Jacques Sapir ]

 

Les ressorts de l'abstention

 

Certes, ces résultats doivent être tempérés en raison de l'abstention massive au 1er tour et encore plus au second (record depuis 1969 !), qui démontre certainement au passage l'existence d'un (re)sentiment diffus à l'égard d'un mode de fonctionnement électoral qui fait la part belle au vainqueur et ne laisse que des miettes aux autres candidats. Vae victis disaient nos ancêtres latins, winner takes all disent de nos jours les jeunes branchés de la Silicon Valley...

 

[ Source : Les Échos ]

 

 

[ Source : Le Parisien ]

 

Mais il y a fort à parier que si les élections législatives, plutôt que d'être au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, étaient à la proportionnelle intégrale, de nombreux électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen au 1er tour de l'élection présidentielle iraient aux urnes conscients que leur vote pèse dans la balance électorale. Il est donc honteux d'accuser tous les électeurs abstentionnistes de fainéants (même s'il y en a), comme j'ai pu le lire çà et là sous la plume de commentateurs de la vie politique réputés avertis...

 

Pour ma part, lorsque je vois l'évolution de la participation, qui n'est bien sûr que le symétrique de l'abstention, je ne peux m'empêcher d'y voir un grave dysfonctionnement de la démocratie annonciateur d'une crise politique majeure typique de la fin d'un régime : 

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Il suffit par ailleurs de jeter un oeil sur cette enquête IPSOS, que nos politiques préfèrent ignorer d'un revers de la main, pour comprendre que de plus en plus de citoyens perdent confiance dans la démocratie :

 

 

[ Source : IPSOS ]

 

Pire, ils tiennent de moins en moins à ce régime, quand bien même serait-il "le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres" (Churchill), et sont tentés par d'autres horizons dont on peut raisonnablement supposer qu'ils seront beaucoup plus liberticides. Mais seule la génération des plus de 80 ans peut encore nous l'affirmer avec certitude pour l'avoir vécu, les autres se contentant de penser que la paix est nécessairement un projet perpétuel, comme le pensaient à tort d'illustres savants comme l'abbé de Saint-Pierre, Rousseau ou Kant.  

 

 

[ Source : IPSOS ]

 

De plus, à force de faire d'un adversaire politique un ennemi honni contre lequel il faut absolument faire barrage, on transforme l'élection sinon en combat à mort au moins en simulacre d'élection où le vainqueur tout relatif du premier tour est systématiquement vainqueur par KO au second ! Élections, piège à cons disait-on en 1973 dans les Temps Modernes... 

 

Lors d'une discussion animée, une personne m'expliquait qu'elle prenait le risque d'une majorité macroniste écrasante à l'Assemblée nationale, afin que ce gouvernement puisse (enfin) faire avancer les choses sans tergiversations inutiles. C'est oublier simplement que la démocratie est par définition le régime de la confrontation d'idées et de points de vue, seul moyen viable trouvé par les Hommes pour éviter de les exprimer au travers de conflits violents. Au fond, en poussant plus avant cette logique d'efficacité, il eût été bien préférable de (re)mettre au pouvoir un monarque sans Assemblée nationale et tout bonnement sans corps intermédiaires. Curieusement, lorsque j'ai dit cela, la discussion s'est arrêtée...

 

Et si l'Assemblée nationale était élue au scrutin proportionnel ?

 

Tout dépend évidemment de la "dose de proportionnelle" pour reprendre les termes employés par le Premier ministre, Édouard Philippe. Le Figaro a calculé, sur la base des résultats du 1er tour, quelle serait la composition de l'Assemblée nationale avec 10 % de proportionnelle et une proportionnelle intégrale : 

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Avec une proportionnelle de 10 %, le visage de l'Assemblée nationale n'en ressort pas profondément modifié, alors qu'avec une proportionnelle intégrale du type IVe République, c'est un rapport de force différent qui se dessine nécessitant de négocier des alliances politiques. Gouverner devient alors un exercice bien plus périlleux, comme l'a démontré l'exemple français entre 1946 et 1958 !

 

Pour ceux qui ne sont pas trop à l'aise avec cette notion de scrutin proportionnel, voici une petite vidéo très didactique :

Gardons toujours à l'esprit que le 1er tour de l'élection présidentielle n'a pas permis de départager les candidats, malgré une participation massive et des médias qui répétaient à l'envi qu'Emmanuel Macron serait très largement en tête, comme je le rappelais dans ce billet. L'infographie ci-dessous montre si besoin est qu'au premier tour de l'élection présidentielle ce sont quatre candidats qui sont arrivés en tête :

 

 

[ Source : Europe 1 ]

 

Dans ces conditions, il devenait évident que le nouveau président de la République serait minoritaire dans les coeurs des citoyens quand bien même le "dégagisme" (que nous avons déjà connu en France avec Pierre Poujade et son célèbre mot d'ordre "sortez les sortants") permettrait-il d'obtenir une majorité absolue à l'Assemblée nationale, ce qui est advenu du reste...

 

Seul un scrutin assez largement proportionnel, avec tout ce qu'il suppose hélas de problème à gouverner et dont je ne suis pas nécessairement partisan, aurait alors pu éventuellement empêcher le régime actuel de sombrer corps et biens. Mais l'Assemblée nationale dans ce cas aurait été bien plus proche des préférences politiques réelles, en ce qu'elle aurait renoué le lien distendu entre la représentation légale et la nation réelle.

 

Et si le vote pour le parti de Macron n'était au fond qu'un vote réactionnaire peinturluré des couleurs du progressisme tant à la mode ? Autrement dit, les électeurs du parti macroniste ne défendent-ils pas en premier, peut-être à leur corps défendant, le système actuel qui protège leurs acquis (financiers, politiques,...) et répond à leur vision d'une mondialisation heureuse au travers d'une Europe unie ? Comme l'affirmait Tancredi dans le Guépard de Lampedusa : "il faut que tout change pour que rien ne change"...

 

Face à ce raz-de-marée orange, il n'existe donc officiellement plus d'opposition au sein de l'Assemblée nationale en France et cela ne semble pas déranger outre mesure médias et citoyens. Nous courons donc le risque d'une hyper-présidentialisation, qui ferait passer le mandat Sarkozy pour une aimable coquetterie politique.

 

Or, quand plus aucune voix discordante ne peut se faire entendre au sein des institutions politiques, il ne reste alors plus que la rue pour s'exprimer au risque d'y voir les tensions et le ressentiment atteindre un paroxysme. Et encore, les manifestations seront-elles encore envisageables lorsque nous vivrons sous l'état d'urgence permanent dont s'inquiètent même les éditorialistes du New York Times

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