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Publié par Raphaël DIDIER

Après l'accouchement du budget de l'État 2026 (PLF) aux forceps, que n'a-t-on entendu sur les dépenses publiques ! Tout le monde criait au scandale, les uns en raison de l'augmentation de certains postes de dépense, les autres parce que contrairement aux promesses gouvernementales, les prélèvements ont augmenté. Une chose est certaine, ce PLF n'est pas à la hauteur des enjeux, mais il a au moins le mérite d'avoir été voté. C'est pourquoi après mon article sur le Mercosur, je vous propose donc de revenir brièvement sur les dépenses publiques, trop souvent confondues avec les dépenses de l'État seul, afin de soulever quelques questions cruciales en matière budgétaire.

Les dépenses publiques : quelques faits

Par définition, les dépenses publiques correspondent à la somme des dépenses de l’ensemble des administrations publiques : État, bien entendu, mais aussi organismes divers d’administration centrale (ODAC), administrations publiques locales (APUL) et administrations de Sécurité sociale (ASSO). Au total, les dépenses publiques en 2024 s'élevaient à 1 670 milliards d'euros (l'année n'a que peu d'importance pour mon propos, puisqu'il s'agit d'en expliquer les ressorts) :

[ Source des données : INSEE - Comptes nationaux ]

Au total la France, avec une dépense publique équivalente à environ 57 % du PIB (source Eurostat), se situait en tête du peloton européen. Profitons-en pour faire pièce à l'idée fausse selon laquelle si les dépenses publiques représentent 57 % du PIB, alors il ne reste plus que 43 % pour le privé. Au contraire, dépenses publiques et dépenses privées ne sont pas une part du gâteau PIB ; il ne s'agit là que d'une manière pratique de comparer en pourcentage du PIB des données dont les montants en milliards d'euros dépassent de loin notre niveau de perception. 

Quels sont les principaux postes de la dépense publique ?

Comme le montre le tableau ci-dessus, ce sont les dépenses de protection sociale (en particulier, celles liées à la vieillesse et à la retraite) qui représentent la plus grande part des dépenses publiques en France, tout comme dans les autres États membres de l'UE.

Plutôt qu'un long discours, le schéma suivant résume comment se répartissaient 1000 euros de dépense publique en France en 2023 (là, encore, l'année n'a que peu d'importance dans ce contexte) :

[ Source : https://www.economie.gouv.fr/a-la-loupe-le-budget-de-la-france ]

Faut-il diminuer les dépenses publiques ?

Voilà la question qui revient sur toutes les lèvres, même si tout le monde semble oublier que les dépenses publiques sont financées par les prélèvements obligatoires. Évoquer les premières sans les secondes n'a donc aucun sens ! Notons également que la dégradation du déficit public ces derniers mois ne résulte pas tant d'une dérive des dépenses publiques, que d'une moindre rentrée de recettes fiscales. L’explication est à chercher en grande partie dans la politique de l’offre menée par Emmanuel Macron, qui fut partiellement un échec, comme l'ont montré des comités créés officiellement pour faire cette analyse. 

[ Source des données : INSEE - Comptes nationaux ]

Le point nodal est que les dépenses publiques, financées par des recettes publiques, sont avant tout le fruit d'un compromis social entre des citoyens, au nom de l'intérêt commun. L'on ne peut donc échapper à une réflexion sur l'articulation entre le secteur privé et le secteur public, afin de fixer les missions que les citoyens français veulent confier à la puissance publique. Chemin faisant, s'il est indispensable de s’interroger sur la nature, le montant et l'efficacité des dépenses publiques, il faut néanmoins se garder de vouloir les couper à tout prix, de manière indifférenciée, sous peine de plonger l'économie dans un tourbillon récessif. Gardons toujours à l'esprit que la moitié de la dépense publique est constituée de prélèvements qui sont restitués aux ménages et soutiennent de la sorte la croissance !

Méfions-nous aussi des raisonnements simplistes, que de grands économistes comme Paul Krugman qualifient à juste titre de concepts "zombies", i.e. d'idées qui ont l'air pertinentes, mais qui n'ont jamais vraiment fonctionné dans l'histoire économique. Le théorème de Schmidt, du nom du chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt en 1974, en est un exemple archétypal. En effet, il consisterait en l'enchaînement vertueux suivant : baisse des impôts et cotisations sur les entreprises => hausse des marges => hausse de l'investissement => hausse des emplois. D'aucuns en déduisent ainsi un peu vite que si les dépenses publiques baissent, alors il est possible de diminuer concomitamment les prélèvements, en particulier ceux des entreprises, pour déboucher facilement sur le cercle vertueux précédemment cité. Or, outre qu'il n'y a aucune preuve dans l'histoire que cela fonctionne, c'est surtout prendre le risque de couper dans des dépenses publiques indispensables au bon fonctionnement de la société française. 

Répétons-le : au vu de la situation budgétaire actuelle, il serait avisé - indispensable ! - de convoquer un véritable débat républicain avec les forces vives de la nation pour s'entendre sur le périmètre de l'action publique (dépenses publiques) et les moyens à lui allouer (prélèvements obligatoires, dont impôts). Bref, traiter les deux colonnes des comptes publics en même temps, sachant que bon gré mal gré nous conservons l'héritage d'une vision jacobine de l'État. 

Et pourtant, rien ne se fait depuis la dissolution ratée de 2024 et personne n'est dupe que rien ne se fera avant les élections présidentielles de 2027, chaque parti politique préférant se préparer pour ravir le poste suprême de la République... ou du moins ce qu'il en restera !

 

P.S. L'image de ce billet provient d'un article du site https://www.alternance-professionnelle.fr/

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