Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Archives

Publié par Raphaël DIDIER

C'est peu dire que les gouvernements qui se sont succédé en France depuis la dissolution ratée de 2024 ne dirigent plus rien, même s'ils font tout pour tenter de faire accroire le contraire. Le paysage politique est, en effet, éclaté en trois ensembles difficilement réconciliables avant les élections présidentielles de 2027. Certes, un budget bancal de la Sécurité sociale (PLFSS) a finalement été voté avec l'aide du Parti socialiste et des écologistes, mais rien de tel n'a été possible pour le Projet de loi de finances (PLF), ce qui a ouvert la voie à une loi spéciale pour éviter la mise à l'arrêt de l'État.

Et maintenant, il est question de recourir à l'article 49-3 pour doter l'État français d'un budget au plus vite, ce qui signifie d'emblée un mauvais budget susceptible de ne satisfaire personne, mais juste d'éviter le ralliement à la motion de censure. Et à cette crise budgétaire (en vérité politique...) est venue s'ajouter celle du monde agricole, qui agglomère les ressentiments de la France rurale. L'un dans l'autre, Emmanuel Macron, très affaibli politiquement, a été contraint de jouer de la palinodie en déclarant que la France voterait contre le traité UE/Mercosur, alors même qu'elle avait exprimé la position contraire deux mois auparavant. Dans cet  article, nous allons donc brièvement revenir sur cet accord commercial.

Qu'est-ce qu'une zone de libre-échange ?

On appelle zone de libre-échange un espace économique au sein duquel des pays décident de laisser circuler librement les biens et services, en supprimant les barrières douanières. L'idée est qu’un tel accord de libre-échange apportera des gains de croissance liés à une amplification des échanges entre pays signataires. Mais cela dépend évidemment de la nature des biens et services concernés, des flux d'échanges préexistants, des effets redistributifs, etc. Parmi les accords de libre-échange célèbres, on peut citer le Mercosur, l'Alena, feu le TTIP, le CETA... Certains ont beaucoup fait parler d'eux, dans la mesure où il s'agissait moins de réduire les barrières tarifaires - souvent déjà très faibles - que d'harmoniser des réglementations (barrières non tarifaires) et pas toujours sur le standard le plus élevé.

La zone de libre-échange est le premier stade de l'intégration économique, selon la typologie de l'économiste Béla Balassa. Les stades suivants sont l'union douanière où les États membres fixent également un tarif extérieur commun, le marché commun qui repose sur la libre circulation des hommes et des capitaux, le marché unique où tous les marchés (y compris publics) sont unifiés, et enfin l'union économique et monétaire qui ajoute au marché commun une harmonisation des politiques économiques et la mise en place d'une monnaie commune.

Le Mercosur

Créée en 1991, mais pleinement entrée en vigueur en 1995, la zone de libre-échange appelée Mercosur est constituée du Brésil, de l'Argentine, du Paraguay et de l'Uruguay. En 2012, le Venezuela intègre la zone avant d'en être suspendu quatre ans plus tard. Et depuis le hold-up réalisé la semaine dernière par Trump dans le pays, qui n'a du reste pas déclenché de grandes envolées lyriques sur le respect du droit international comme les Européens savent pourtant le faire de manière presque conditionnée, la notion même de commerce international a perdu tout sens au Venezuela... 

[ Source : Wikipedia ]

L'accord commercial UE/Mercosur

Cet accord de libre-échange concernera près de 700 millions de personnes, pour des échanges évalués entre 40 et 45 milliards d’euros.

[ Source : https://www.lafinancepourtous.com/2024/11/20/traite-de-libre-echange-avec-le-mercosur-ou-en-est-on/ ]

Dans le détail, cet accord permettra à certains secteurs de sortir très largement leur épingle du jeu, tandis que d'autres seront nettement pénalisés par cette nouvelle concurrence. Même au sein de l'agriculture, il y aura des gagnants à l'instar des exportateurs de vins et spiritueux, tandis que les éleveurs européens redoutent - malgré des clauses ajoutées en dernière minute - d'être les grands perdants face à ce qu'ils jugent être une concurrence déloyale venue du Mercosur où les coûts de production sont moindres et les normes sanitaires ou environnementales bien moins strictes.

[ Source : Les Échos ]

Bien entendu, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie sont très intéressées par ces nouveaux débouchés pour leurs exportateurs industriels notamment, dans la mesure où leur économie fait déjà les frais de la folie douanière de Donald Trump et de la concurrence (souvent) déloyale de la Chine.  L'un dans l'autre, l'UE n'a une nouvelle fois pas su s'exprimer d'une seule voix sur la scène internationale, démontrant au passage qu'elle n'est hélas qu'un "tigre de papier" pour reprendre une expression du grand timonier chinois...

Cet épisode du traité avec le Mercosur tombe au plus mauvais moment pour Emmanuel Macron, déjà affaibli sur le plan politique en France. En effet, le feu vert donné par l'UE à ce traité malgré l’opposition d'un pays fondateur comme la France, sape encore un peu plus la voix du pays en Europe et, a fortiori, celle de son représentant suprême. Pis, la présidente de la Commission européenne, l’ineffable Ursula von der Leyen, souhaite désormais que ce traité entre en application avant même l'approbation du Parlement européen... 

Et pendant que les crises s'enchaînent, la vie économique des ménages et des entreprises se dégrade, sans réelles réponses politiques crédibles. Bref, l'économie européenne, et française en particulier, prend l'eau et risque fort de terminer à vau-l'eau...

P.S. L'image de ce billet provient de Wikipédia (Rr Gimenez, Public domain, via Wikimedia Commons)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article