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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 18:25

 

 

Aujourd'hui, je ne développerai pas le krach boursier en Chine, car j'ai déjà apporté une analyse détaillée dans ce billet. Je dirai juste que ce séisme financier, qui menace désormais d'emporter dans son sillage les autres places financières du monde, apporte la preuve éclatante que la globalisation financière conduit à des crises systémiques très difficiles à arrêter.

 

Dans mon dernier livre, dans mes cours à la cafet'éco de Sarreguemines et à l'UPT de Forbach, tout comme dans cette petite vidéo que j'ai réalisée, je n'ai eu de cesse de répéter et d'expliquer que la Chine était à la veille d'une crise majeure. Mais les Européens ne souhaitent pas exercer leur discernement pour le comprendre, trop obnubilés qu'ils sont à parler de dette publique notamment en Grèce. Et bien aujourd'hui, pour prendre le contrepied de l'actualité, ce presque-premier billet de rentrée sera consacré à... la dette publique !

 

Le niveau élevé des taux d'endettement public

 

Le taux d'endettement public, mesuré en % du PIB, est très élevé dans de nombreux pays du monde et en particulier au sein de la zone euro :

 

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Dans le trio de tête, on trouve ainsi la Grèce (168,8 %), l'Italie (135,1 %) et le Portugal (129,6 %), ce qui m'amène à remarquer que les pays aidés par la troïka ont une fâcheuse tendance à voir leur taux d'endettement public prendre une dynamique non soutenable... La France, avec un taux de 97,5 %, se situe au-dessus de la moyenne de la zone euro (92,9 %). A l'autre bout du spectre, on trouve l'Estonie (10,5 %), le Luxembourg (21,6 %) et la Bulgarie (29,6 %).

 

Ce billet n'a pas vocation à être un cours complet sur la dette publique, mais rappelons juste que ce qui compte n'est pas tant le niveau de ce ratio d'endettement public que sa dynamique. Tout le monde comprend, en effet, que si ce ratio ne cesse d'augmenter sous le coup d'une baisse du PIB et/ou d'une augmentation de la dette publique plus rapide que la croissance, alors le pays perd la maîtrise de sa dette publique, à l'image de la Grèce qui, faut-il encore une fois le répéter, est insolvable.

 

Comment fait-on pour réduire la dette publique ?

 

J'attire l'attention du lecteur sur le fait que ce n'est pas le stock de dette publique que les États cherchent à baisser pour éviter ce que l'on appelle un debt overhang (faible croissance résultant d'un endettement public trop élevé), mais le taux d'endettement public, c'est-à-dire le stock de dette publique rapporté au PIB. Certes, mais comment fait-on pour réduire le taux d'endettement public ?

 

4 solutions possibles :

 

 * faire en sorte que les taux d’intérêt à long terme soient inférieurs à la croissance nominale. En effet, dans ce cas, l’écart entre croissance et taux d’intérêt réduit le taux d’endettement chaque année, et le pays peut donc se désendetter à moindre frais.

 

Le problème est que cela dépend de la politique monétaire menée par la Banque centrale qui, le plus souvent, est indépendante et rechignera à garder trop longtemps les taux à court et long terme bas (risque d'inflation, risque de formation de bulles, etc.). De plus, cette méthode de désendettement est très lente et peut conduire certains États à ne pas respecter le sacro-saint objectif d'équilibre budgétaire exigé par la Commission allemande européenne.

 

* allonger la maturité de la dette publique. C'est ce que l'on appelle également une restructuration de la dette publique, et qui est (était ?) au coeur des négociations en Grèce. L'État va donc échanger ses titres de dette publique actuels contre des titres à 50 ou 100 ans, voir même perpétuels ! Pour mémoire, la maturité moyenne de la dette publique en France est de 7 ans environ, contre 15 ans au Royaume-Uni.

 

L'avantage résulterait évidemment du fait que les nouveaux titres de dette publique seraient émis à des taux d'intérêt très bas, ce qui éliminerait le risque de taux d'intérêt pour l'État. Mais en contrepartie, le service de la dette serait étalé sur plusieurs générations, ce qui ne manquerait pas de provoquer l'ire des Géo-je-trouve-rien-dautre, éructant que ce sont les pauvres générations futures que l'on condamnait de la sorte à payer nos errements actuels.   

 

 * monétiser la dette publique. Cela consiste pour la Banque centrale à créer de la monnaie pour ensuite acheter les titres de dette publique. Une fois les titres transférés sur son bilan, la Banque centrale peut décider soit de les annuler explicitement soit de reverser les intérêts touchés sur cette dette à l'État émetteur, ce qui revient à une annulation mais implicite.

 

C'est du reste à ce sport que s'adonne la quasi-totalité des Banques centrales dans le monde pour réduire le taux d'endettement public des États, au risque de créer des océans de liquidités, qui déboucheront sur la formation de bulles et d'instabilité en tous genres...

 

 * annuler la dette publique. Dans le jargon, on préfère parler de défaut sur la dette publique, certainement parce que cela rassure un peu. Toujours est-il que c'est la méthode non coopérative par excellence, mais qui est aussi la plus usitée dans l'histoire.

 

La Grèce est typiquement dans le cas de figure où après avoir essayé les trois premières méthodes, il ne lui reste désormais plus que le défaut. Hélas, la troïka+MES (faut-il dorénavant parler de quartet ?) semble encore croire que la Grèce est solvable, puisqu'on s'achemine vers un troisième plan d'aide de 86 milliards d'euros.

 

La grande illusion sur la soutenabilité de la dette publique se poursuit par conséquent, et c'est la grande saignée que les institutions européennes continuent à prescrire au malade ! Avec systématiquement les mêmes conséquences : effondrement de l'activité, donc nouvelle hausse du taux d'endettement public, nouvelles mesures d'austérité correctives pour tenir les objectifs de la troïka, nouvel effondrement de l'activité, etc.

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 11:17

 

 

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers, dont j'ai rendu compte ici, ont occupé une part importante de l'actualité économique du mois de juillet, au point de faire oublier que la Chine s'enfonce de plus en plus rapidement dans une crise d'une ampleur incalculable. Je l'avais évoqué partiellement dans ce billet consacré au krach boursier, mais depuis, les autorités chinoises ont annoncé la dépréciation du yuan en réponse au ralentissement de la croissance.

 

Dès lors, plutôt que de rédiger encore une fois un long billet, j'ai préféré réaliser une petite vidéo pour y consigner quelques éléments importants à comprendre sur la crise en Chine. Vous noterez que, pour ne pas rendre la vidéo trop longue, je me suis abstenu d'évoquer à nouveau le surendettement, pour me concentrer sur les autres aspects de cette crise multidimensionnelle, notamment les conséquences de la dépréciation du yuan. 

 


La crise en Chine par Economiste57

 

Les autorités chinoises ont donc choisi le chemin dangereux de la dépréciation, alors même qu'elles ne cessaient de répéter ces derniers mois que l'objectif était une libre convertibilité du renminbi (le yuan est l'unité de compte, le renminbi le nom officiel de la monnaie).

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Mais pourquoi ai-je donc parlé de dépréciation et non de dévaluation ? Parce qu'en fait, la Chine a procédé de manière subtile, en abaissant plusieurs fois le taux-pivot autour duquel le yuan est autorisé à fluctuer quotidiennement face au dollar, dans un tunnel de plus ou moins 2 %. De plus, la Chine a modifié sa façon de calculer ce taux-pivot, qui sera désormais fixé en fonction du taux de clôture sur le marché des changes la veille, et donc partiellement en fonction de l'offre et de la demande...

 

Mais ne nous y trompons pas, même si les tenants du marché libre croit encore à la main invisible, ce sera toujours la main à peine visible de la Banque populaire de Chine (PBoC) qui fixera le taux-pivot qui lui convient. Il est vrai qu'elle dispose pour cela de plus de 3 600 milliards de dollars de réserves de change !

 

L'enjeu pour la Chine est d'intégrer le cercle des grandes monnaies qui font référence au FMI, ce qui ne pourra se faire qu'en internationalisant le renminbi et en le laissant librement flotter. Or, le FMI va justement soulever la question des droits de tirage spéciaux (DTS) d'ici la fin de l'année...

 

Rappelons à cet effet que les DTS constituent l'unité de compte du FMI et servent à compléter les réserves de change de l'institution. Pour l'instant, les DTS reposent sur un panier de quatre devises (dollar, euro, yen et livre), et la Chine souhaiterait donc que sa monnaie puisse être intégrée au plus vite dans le calcul de l'unité de compte du FMI, afin qui sait d'en faire peut-être un jour la nouvelle monnaie internationale... Mais attention à la guerre des monnaies !

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 12:26

 

 

Après mes analyses longues et étayées de la situation en Grèce (ici et notamment), je me devais d'écrire encore un bref billet sur le "plan d'aide" à la Grèce. En effet, en écoutant un peu les discussions autour de moi, il m'a semblé que certaines personnes s'imaginaient vraiment que la Grèce avait été sauvée par l'Eurogroupe !

 

Outre que cela est profondément faux, comme le savent mes lecteurs, cette affirmation porte en elle quelque chose de pernicieux, puisqu'elle laisse penser que l'argent injecté en contrepartie d'un surplus d'austérité est LA seule solution pour relancer une économie.

 

Me vient alors immédiatement à l'esprit le célèbre slogan TINA ("There is no alternative", en français "Il n'y a pas d'autre choix") de Margaret Thatcher, dont Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, disait qu'au-delà du slogan il s'agit bien d'un totalitarisme.

 

Une petite vidéo de 4min45 a été réalisée par Le Monde pour rendre compte de la situation des ménages grecs, car figurez-vous qu'en dehors des questions macroéconomiques, il existe des humains au niveau microéconomique, n'en déplaise aux technocrates de la troïka. La voici :

 


L'impact de la crise en Grèce expliqué en patates par lemondefr

 

Au reste, même le très libéral FMI commence à s'inquiéter de la situation socio-économique (politique ?) du pays, puisqu'il ne souhaite plus s'engager à court terme, du moins tant que l'Eurogroupe n'aura pas accepté l'idée d'une restructuration substantielle de la dette publique grecque, dont voici la dynamique insoutenable :

 

[ Source : Natixis ]

 

Répétons-le, car cela ne semble toujours pas compris par les politiques : la Grèce est insolvable et un nouveau plan d'aide, comprenez prêts, ne fera qu'aggraver la situation ! Voici du reste le résumé de ce 3e plan :

 

 

[ Source : Le Dauphine ]

 

Pour le dire plus précisément, la Grèce n'a plus accès aux marchés financiers et se retrouve donc dans l'incapacité d'emprunter pour rouler sa dette. Dès, lors, la troïka se condamne à refinancer perpétuellement la Grèce par de nouveaux prêts, ce qui est inepte sur le plan économique... mais très rusé sur le plan financier puisqu'ainsi les créanciers touchent les intérêts de leurs prêts ! Pour le dire simplement, on aide les Grecs à nous rembourser avec notre argent...

 

En fin de compte, la grande illusion sur la soutenabilité de la dette publique se poursuit, et c'est la grande saignée que les institutions européennes continuent à prescrire au malade ! Le résultat est déjà prévisible : effondrement de l'activité qui n'existe déjà quasiment plus, hausse du taux d'endettement public, nouvelles mesures d'austérité correctives pour tenir les objectifs de la Troïka, etc.

 

Quant à ceux qui n'ont que le mot réforme à la bouche, faut-il leur rappeler que la Grèce a déjà fait d'énormes efforts ? En particulier, si l'on regarde l'indicateur de l'excédent budgétaire primaire, c'est-à-dire le solde entre dépenses et recettes de l'État, avant paiement des intérêts à verser sur la dette publique, on peut alors montrer que la Grèce a suivi les recommandations de la troïka au point même d'arriver à dégager un excédent budgétaire primaire structurel.

 

Cela signifie que le pays dégage suffisamment de ressources pour se désendetter. Mais eu égard au niveau stratosphérique atteint par la dette publique, il faudra plusieurs générations à ce rythme pour réussir à la ramener à moins de 100 % du PIB  ! Et encore, on suppose ici que tout le surplus serait affecté uniquement au remboursement de la dette, c'est-à-dire que le gouvernement grec ne garderait rien pour le peuple...

 

Et faut-il rappeler que ces réformes ont été menées en moins de 5 ans, alors qu'en général les réformes prennent beaucoup de temps ? Ceux qui attendent encore plus de réformes de la Grèce - certains évoquent même des changements de mentalités, sans comprendre qu'ils prennent plusieurs générations - avant de restructurer sa dette publique, ne comprennent pas que le peuple se sera révolté bien avant que des solutions crédibles lui soient proposées !

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 16:25

 

 

Après avoir parlé gros sous avec le plan de destruction d'aide à la Grèce, de pertes phénoménales dans un billet sur le krach boursier en Chine, de capitalisme pour enfants, j'en viens tout naturellement aujourd'hui à évoquer la valeur refuge : l'or ! En effet, assez curieusement, le cours de l'or a atteint son plus bas niveau depuis mars 2010, ce qui ne manque pas de soulever de nombreuses questions...

 

Évolution du prix de l'or

 

Tout d'abord, rappelons que l'or est coté à Londres sur le London bullion market. Mais il est également coté à New York sur le Nymex, mais dans ce cas ce sont des échanges sous forme de contrats à terme, que l'on appelle or-papier dans le jargon.

 

Sur les deux marchés la cotation se fait en dollars par once d'or, une once correspondant à environ 31 grammes d'or. Bien entendu, le particulier acheteur d'or se rabat le plus souvent sur les pièces ou les lingots d'or, dont le prix n'est pas coté en continu sur un marché, mais dépend du poids et de son titre en or.

 

Voici l'évolution sur 15 ans du cours de l'or sur le marché de Londres, en dollars américains :

 

 

[ Source : LMBA ]

 

Voici l'évolution sur 5 ans du cours de l'or sur le Nymex, en dollars américains :

 

 

[ Source : Boursorama.com ]

 

Ainsi, après avoir connu une hausse phénoménale de son cours entre 2000 et 2012, l'once d'or a subi un contrechoc en 2013, qui lui a fait perdre 25 % en quelques mois. Depuis, c'est 40 % de baisse qu'accuse le cours de l'or depuis ses sommets de 2011/2012 ! Et contrairement aux anticipations, le cours semble reprendre sa baisse depuis quelques mois et s'approche désormais des 1 000 dollars/once.

 

Les déterminants fondamentaux du prix de l'or

 

Certes, l'or est une matière première, mais comme le disait Keynes c'est aussi "une relique barbare" lorsqu'il est utilisé dans le cadre de l’étalon or, c'est-à-dire lorsque la richesse d'un pays se mesure à ses réserves en métal précieux... Dès lors, si l'once d'or est cotée, c'est qu'il y a une demande et une offre dont nous allons brièvement examiner la nature et les déterminants.

 

La demande d'or provient de :

 

 * la joaillerie, qui représenterait 50 % de la demande mondiale en or (cette demande diminue lorsque les prix montent) ;

 

 * l'investissement en lingots et pièces d'or, qui représenteraient 40 % de la demande mondiale (c'est en partie la demande en valeur refuge, qui a priori augmente lorsque l'économie est secouée par des crises ou de l'inflation galopante) ;

 

 * l'industrie électronique, qui représenterait les 10 % restants (cette demande est plus inélastique au prix et suit plutôt la croissance de la production).

 

Notons que l'Inde et la Chine ont une véritable boulimie d'or, les bijoux en or étant vus par certains comme le nirvana du raffinement en joaillerie, tandis que pour d'autres l'or reste un produit d'épargne sans égal. A tel point que l'Inde a dû mettre en place, entre 2013 et 2014, des restrictions sur l'importation d'or, pour limiter son déficit commercial qui ne cessait de se creuser en particulier durant la période des mariages en été !

 

 

[ Source : http://www.financialexpress.com ]

 

L'offre d'or provient pour 1/3 de la réutilisation de l'or existant et pour 2/3 de l'extraction minière, dont les principaux producteurs sont, à peu près dans l'ordre d'une anéne sur l'autre, la Chine, l'Australie, les États-Unis, la Russie, le Canada, le Pérou et l'Afrique du Sud (qui historiquement disposait d'un quasi-monopole après la seconde guerre mondiale). Bref, il n'y a jamais eu autant d'or en circulation et l'on estime l'offre totale dans le monde à environ 170 000 tonnes.

 

 

[ Source : http://www.perthmintbullion.com ]

 

L'or, valeur refuge ?

 

Au vu de ce que nous avons développé ci-dessus, on peut en déduire que c'est principalement la demande en or pour des motifs d'investissement - des particuliers mais aussi des Banques centrales qui détiennent environ 20 % des stocks à elles-seules en réserves de change ou garanties - qui explique l'évolution du cours de l'or.

 

Pendant longtemps, l'anticipation populaire était que le prix de l'or augmente lorsque le dollar s'affaiblit et/ou l'inflation augmente. Dans le premier cas, l'or sert de couverture contre le recul du billet vert, dans le deuxième de couverture contre la perte de pouvoir d'achat de la monnaie. D'ailleurs, certains financiers présentent l'or comme une obligation à très long terme protégée de l’inflation... Ainsi, à mesure que l'économie américaine est perçue comme allant mieux, les cours de l'or devraient baisser, ce qui n'est pas sans poser problèmes aux producteurs comme le canadien Barrick Gold.

 

Mais si l'or était vraiment une valeur refuge, on ne comprend pas très bien le retournement de 2013, puisque la zone euro et le Japon s'engouffraient de plus en plus dans la crise (au fait, qui peut croire que les États-Unis vont mieux lorsqu'on regarde vraiment les chiffres de l'emploi ?). De plus, le lien sur long terme avec l'inflation n'est pas très net, non plus que celui avec les taux d'intérêt. En revanche, il semblerait que les taux de change aient une vague corrélation avec le cours de l'or, même si franchement tout cela ne me paraît pas à vrai dire très solide.

 

Et si tout simplement l'or comme valeur refuge n'existait plus, parce que les investisseurs ont compris les difficultés que présentait ce marché, qui est loin d'être exempt de bulles et de crises ? Quant aux particuliers, s'ils peuvent avoir plaisir à détenir de l'or pour se rassurer, il faudra bien qu'ils comprennent que l'ère de la monnaie métallique est définitivement révolue et que nous sommes désormais sous le règne absolu de la monnaie scripturale !

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 12:43

 

 

Il ne vous aura pas échappé que les crises économiques et financières arrivent fréquemment durant l'été, et débutent en général après un week-end. L'été 2015 n'aura ainsi pas fait exception, puisque nous avons connu la crise grecque mais aussi le krach boursier en Chine, et encore nous ne sommes que mi-juillet !

 

Quoi qu'il en soit, après mes analyses longues et étayées de la situation en Grèce (ici et notamment) et en Chine, je me devais de vous proposer un billet plus léger en cette période de grande chaleur. En route donc vers Londres où se trouve le royaume de Kidzania...

 

Kidzania, le royaume du capitalisme pour enfants

 

Une petite vidéo pour découvrir toute la magie de Kidzania, un monde où les enfants apprennent les joies de l'asservissement au système capitaliste et où il leur faut gagner de l'argent pour vivre comme des petits-grands :

 

 

Kidzania c'est donc 7 000 m² à la gloire du capitalisme et de son messie le kidzo, monnaie officielle du royaume. Ouvert à tous les enfants de 4 à 14 ans (passé cet âge, on craint peut-être qu'ils soient capables d'esprit critique...), Kidzania propose aux enfants de trimer comme des grands pendant 25 minutes par session, cependant que leurs parents feront leurs courses juste en-dessous chez Marks & Spencer.

 

Le capitalisme triomphant

 

Bien entendu, dans ce concept tout droit importé du Mexique où pourtant les crises firent de nombreux dégâts, les promoteurs assurent qu'ils ont uniquement à coeur d'apprendre aux bambins les "valeurs de la vraie vie" et les "opportunités de carrières". Point de traces, selon eux, d'un quelconque militantisme qui consisterait à présenter aux enfants, fort réceptifs à cet âge, le capitalisme (et ses antivaleurs) comme le seul mode de production et de rapports sociaux possibles.

 

Qu'un parc d'attractions pour enfants offre du rêve, c'est sa mission première. Mais si le rêve est une pure chimère monétaire alors là je dis halte à tout, sous peine de transformer la vie des gamins en cauchemar lorsqu'ils finiront par comprendre que gagner de l'argent n'est pas synonyme de bonheur. Ne mélangez pas la sphère sociale et l'argent disaient pourtant avec sagesse les Anciens...

 

D'ailleurs, la direction du parc leur expliquera-t-elle que, même avec toute la bonne volonté du monde, certaines personnes n'arrivent pas à trouver un emploi suffisamment rémunérateur ? Va-t-elle leur expliquer que, en dehors des métiers de la finance et d'une infime part du show-biz (sport inclus), le Royaume-Uni n'offre pas la possibilité de gagner des millions d'euros par son travail, sauf à pratiquer des activités moralement répréhensibles ? De tout cela il ne sera évidemment pas question, puisque le directeur de la franchise affirme de manière péremptoire qu'il faut gagner de l'argent pour "profiter de la vie" (sic !).

 

Quant aux questions de soutenabilité des modèles économiques basés sur la consommation de masse, il n'en entendront pas parler bien sûr ; pas un mot non plus sur le don, acte hautement altruiste et même religieux puisque parole d'Évangile ; quant à l'économie du partage, dont le développement est actuellement phénoménal, on taira probablement même le nom pour éviter de donner aux enfants l'idée qu'un autre monde que celui de la consommation est possible.

 

Mettre l'individualisme à l'honneur, sous sa forme la plus vile, la consommation, est pour les promoteurs du parc une façon efficace de faire du marketing et du placement de marques auprès des enfants. Car n'oublions pas que les grandes enseignes qui sont représentées (H&M, British Airways, etc.) cherchent évidemment à obtenir un retour sur l'investissement auquel elles ont consenti pour être présente dans le royaume de l'abrutissement.

 

Vous noterez par ailleurs que, à l'instar de tout bon système capitaliste, on y trouve une banque où les bambins peuvent déposer leur argent et même acheter une carte de crédit. Ce que le reportage ne dit pas, c'est si certains enfants ont le droit de jouer au trader fou ou à l'escroc financier type Madoff, afin, bien entendu, de gagner de l'argent comme dans la vraie vie... Au reste, le royaume de Kidzania peut-il connaître une crise financière et bancaire ? Bien sûr que non, puisque la finance libéralisée et dérégulée s'autorégule comme nous le savons tous depuis 2007 !

 

J'imagine qu'un tel concept doit particulièrement plaire au ministre de l'économie en France, Emmanuel Macron, lui qui avait souhaité que les jeunes ambitionnent de devenir milliardaires ! Vous savez, le même qui avait expliqué à Elise Lucet que l'État n'a pas à se mêler de la politique financière et salariale des entreprises. Au fait, pourquoi je vous parle de Macron ? Tout simplement parce qu'il n'est pas impossible que ce magnifique parc ouvre un jour en France... On n'arrête pas le progrès !

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site http://lesbeauxdimanches.hautetfort.com

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 12:14

 

 

Dans un précédent billet, j'avais expliqué pourquoi les négociations entre la Grèce et ses créanciers étaient depuis des mois dans l'impasse, ce qui rendait envisageable, et envisagé, que la Grèce quitte la zone euro. Puis le gouvernement grec en vint à refuser l'ultimatum posé par l'Eurogroupe, fin juin, et à organiser un référendum sur le plan des créanciers, le 5 juillet. J'avais alors rédigé une petite analyse sur ce référendum, que je concluais en affirmant que c'est bien la zone euro qui est arrivée au bord du précipice et pas seulement la Grèce !

 

Et bien aujourd'hui, je ne retire pas un mot de ma conclusion, car celle-ci s'avère encore plus vraie que jamais : la Grèce a capitulé devant l'Eurogroupe, mais désormais plus rien ne sera pareil au sein de la zone euro, car cet épisode a démontré que l'Euro n'était pas irréversible...

 

L'Eurogroupe et la BCE contre la démocratie !

 

15,3 milliards de liquidités en échange d’un engagement immédiat sur un certain nombre de mesures d'austérité, dont le seul effet eût été de plomber encore plus l'activité dans le pays si activité il reste ? Telle était la proposition-diktat avancée par l'Eurogroupe fin juin, qui achevait de démontrer que chez les technocrates, l'Euro ne peut se penser qu'en des termes financiers. Exit donc toutes velléités de changements politiques, sociaux et économiques.

 

C'est d'ailleurs la notion même de démocratie que l'Europe technocratique ne peut supporter, comme en témoigne cette saillie de Jean-Claude Juncker dans un entretien au Figaro le 29 janvier dernier : "dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. [...]   Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Bienvenue dans l'Union européenne pénitentiaire dont on ne s'échappe pas !

 

Les propositions inacceptables faites à la Grèce, qui dépassent largement la ligne rouge fixée par le gouvernement, expliquent pourquoi le Premier ministre grec n'avait dès lors plus d'autre choix que de redonner la parole au peuple. Et celui-ci s'est prononcé majoritairement contre les conditions exigées par les créanciers. Et c'est là que tout a hélas dérapé...

 

La capitulation

 

Ce non au référendum, alors même que le oui avait joui de tellement de relais dans les médias que l'on finissait par le donner vainqueur, a fait renaître quelques espoirs dans les coeurs de ceux qui imaginent encore possible une autre Union européenne.

 

 

[ Source : France TV info ]

 

On savait alors qu'il y aurait un avis de gros temps sur la zone euro, mais personne ne s'attendait visiblement à ce que, moins de 3 jours après le référendum qui lui a donné un mandat clair pour mettre un terme à l'austérité, Alexis Tsipras en vienne à négocier sa reddition avec l'Eurogroupe.

 

Reddition ? Non, capitulation ! En effet, le programme accepté le 13 juillet par le Premier ministre grec ressemble beaucoup à celui du mois de juin, mais en pire ! Quel était donc l'intérêt d'avoir entretenu pendant trois semaines un tel psychodrame en Europe pour en revenir finalement au même point ?

 

C'est que les représentants de la Troïka avaient très vite compris que Tsipras ne voulait pas réellement prendre le risque de sortir de l'euro, même si cela signifiait trahir son programme politique. C'est d'ailleurs ce qu'il a confirmé depuis en déclarant à la presse "j'assume la responsabilité pour un texte auquel je ne crois pas mais je le signe pour éviter tout désastre au pays" ! Dès lors, l'histoire était déjà écrite et il ne lui restait donc plus qu'à négocier sa capitulation, i.e. accepter toutes les conditions posées par l'Eurogroupe.

 

Dans le détail, en échange d'une nouvelle "aide" de 80 à 86 milliards d'euros, qui s'appuiera notamment sur le Mécanisme européen de stabilité (MES), la Grèce doit s'engager sur les points suivants :

 

 * d'ici le 15 juillet, le gouvernement grec doit réformer et simplifier la TVA, réformer le système de retraite (= baisser les pensions de retraite ?), garantir l’indépendance de l’Elstat, l’organisme des statistiques grec ;

 

 * d'ici le 22 juillet, le gouvernement grec devra réformer son code de procédure civile afin d'accélérer les procédures et d’en réduire les coûts, et transposer dans sa législation les nouvelles règles de renflouement des banques ;

 

 * présenter un calendrier crédible pour les autres réformes exigées (système de retraite, réduction du coût de la fonction publique, privatisations, droit du travail, libéralisation financière, etc.)

 

 * création d'un fonds chargé de lever 50 milliards d'euros (sic !) en privatisant les actifs grecs. Ce fonds sera sous contrôle des autorités européennes, ce qui revient à dire que la Grèce est de facto dépossédée de ses actifs et placée sous tutelle internationale ! Maigre consolation, Tsipras obtient que 12,5 milliards d'euros de ce fonds servent à soutenir l'investissement en Grèce ; le reste servira à restructurer les banques (25 milliards d'euros) et au service de la dette (12,5 milliards d'euros).

 

Voici le texte intégral de l'accord (il prend quelques instants à s'afficher ci-dessous), traduit en français par Politis :

 

 

 

La zone euro-technocratique

 

Les conditions de ce nouveau plan d'aide se veulent donc humiliantes et même punitives. Et encore, les négociations ne pourront être entamées qu'après l'aval de plusieurs parlements nationaux de l'UE, ce qui signifie que le nouveau plan ne prendra effet que d'ici quelques semaines. D'ici là, un crédit relais pourrait être accordé généreusement à la Grèce pour faire face à ses obligations financières du mois de juillet...

 

Quant à l'emploi des mots "aide" pour désigner en fait des prêts remboursables, "compromis" pour parler d'une déroute  et "accord" pour évoquer une capitulation, cela me fait inévitablement penser à la novlangue d'Orwell... Bienvenue en Océania euro-technocratique ! Vous noterez du reste que le FMI fait son grand retour, ce qui prouve au demeurant que les Européens sont toujours incapables de résoudre leurs problèmes par eux-mêmes.

 

Il faut donc le dire sans ambages : l'Eurogroupe a réussi à faire un exemple pour tous ceux qui chercheraient à contester l'idéologie néolibérale qui préside dans la zone euro. Pire, cet accord de capitulation démontre que, par construction, l'Euro n'est viable que si l'austérité est généralisée au détriment des peuples. C'est d'ailleurs ce qu'avait compris le journal allemand Tageszeitung qui, dans sa une du 5 janvier dernier, avait rappelé les règles de fonctionnement de la zone euro :

 

 

[ Source : http://www.nachdenkseiten.de ]

 

Pour ceux qui ne comprennent pas l'allemand, le titre peut être traduit de la sorte : "L'état major de l'Europuissance annonce". Et parmi les règles énoncées, la 1 stipule que "la Grèce doit faire des économies", la 4 que "la démocratie, il faut pouvoir se la payer", la 5 que "le vote pour des partis non autorisés est strictement interdit" et pour se faire plaisir la 6 "les ordres de l'état-major doivent être suivis sans conditions". N'est-ce pas un magnifique résumé de l'accord-capitulation signé par la Grèce ?

 

Deux prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz et Paul Krugman, s'étaient déjà fendus de nombreux pamphlets contre l'austérité. Et là, ils récidivent, le premier déclarant dans cet entretien que "l'Allemagne a porté un coup sévère et ébranlé l’Europe", le second dans le New York Times que "les efforts demandés dépassent la sévérité, ils recèlent un esprit de vengeance, la destruction totale de la souveraineté nationale et effacent tout espoir de soulagement”.

 

Et maintenant ?

 

François Hollande, dont on sait maintenant qu'il a officié en coulisses pour qu'un accord soit trouvé (quitte pour cela à envoyer des énarques rédiger l'accord à la place des Grecs...), peut s'estimer heureux puisque pour lui le plus important était que la Grèce reste dans la zone euro.

 

Et cela même si pour la Grèce, rester dans la zone euro signifie ployer sous encore plus d'austérité et plonger l'économie dans une dépression sans fin, d'où sortiront immanquablement un jour des forces politiques tyranniques qui mèneront le pays à la ruine politique. Cette paix économique provisoire dans la zone euro, achetée à prix d'or, a donc toutes les caractéristiques de la paix carthaginoise !

 

De même, l'Allemagne a prouvé que son leadership européen n'était pas entamé.et que, in fine, c'est toujours sa position qui prévaut quand bien même celle-ci va à l'encontre du bon sens économique et politique. Car, lecteurs, n'oubliez pas que la Grèce reste insolvable et que ce ne sont pas les "reprofilages" de la dette publique, entendez par là prolongement de la maturité des dettes et baisse des taux, qui vont y changer quelque chose. Seule une annulation partielle de dettes serait à même de permettre éventuellement de remettre le pays à flot économiquement, comme vient de l'annoncer le FMI.

 

C'est du reste pour cela que Yanis Varoufakis a démissionné, contre toute attente, le lendemain de la victoire au référendum. Dans un entretien au magazine britannique New Statesman, il a ainsi révélé que sa position avait été mise en minorité au sein même du cabinet gouvernemental. Plus précisément, il préconisait d'émettre des créances-monnaies (IOU dans le jargon...) et même de prendre le contrôle de la Banque centrale de Grèce si cela s'avérait nécessaire, conformément à une disposition d'urgence prévue par la Constitution. Or, Alexis Tsipras semblait déjà s'être décidé à passer sous les fourches caudines de l'Eurogroupe...

 

C'est pourtant pure folie que de s'engager à dégager plusieurs années de suite un excédent budgétaire primaire lorsque le pays est en récession (dépression est le mot adéquat en économie...) ; c'est aussi pure folie que de chercher à augmenter la TVA dans un pays où le principal problème est l'assiette fiscale ; c'est pure folie que de vouloir encore baisser les dépenses publiques et les revenus alors que la demande est en berne...

 

En fin de compte, la grande illusion sur la soutenabilité de la dette publique se poursuit et c'est la grande saignée que les institutions européennes continuent à prescrire au malade ! Le résultat est déjà prévisible : effondrement de l'activité qui n'existe déjà quasiment plus, hausse du taux d'endettement public, nouvelles mesures d'austérité correctives pour tenir les objectifs de la Troïka, etc. Dans le etc. on peut inclure la révolte, la rage et la révolution.

 

Le pire dans tout cela, c'est que de nombreux Grecs, surtout les plus jeunes, ont cru que leur vote pouvait peser sur la destinée de leur pays. Les dirigeants politiques européens ne mesurent pas bien les conséquences qu'une telle amertume des jeunes va avoir sur le fonctionnement du pays les deux prochaines décennies. Car après ce référendum et la capitulation qui s'est ensuivie, c'est vers une grave crise politique que l'on se dirige, qui commence déjà au sein de Syriza.

 

Désormais le projet de monnaie unique a ainsi montré son vrai visage : l'union mais seulement dans la force, la paix mais seulement en accord avec les traités, la solidarité mais seulement pour la finance privée. Et comme la Grèce est endettée pour plusieurs décennies, je vous laisse imaginer ce qu'il en sera lorsqu'il faudra remettre l'ouvrage sur le métier...

 

Conclusion : la capitulation de Tsipras prouve que, par idéologie, la zone euro ne peut être réformée, même si cela serait profitable aux peuples. C'est à prendre ou à laisser répètent en coeur les faucons de l'austérité. Tout est dit, fermez le ban !

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 12:43

 

 

Après avoir rendu compte sur ce blog, pendant plusieurs semaines, de l'évolution de la situation en Grèce (voir entre autres ce billet ou bien celui-là), il m'a semblé utile de rédiger un billet sur la krach boursier en Chine, totalement occulté par le psychodrame et le coup de force qui se jouent au sein de la zone euro. Et ce d'autant plus que les auditeurs de la cafet'éco de Sarreguemines avaient eu le droit à un cours, où je leur avais expliqué pourquoi la Chine était à la veille d'une crise majeure...

 

Les faits

 

Après une longue période de baisse, le marché des actions en Chine était reparti à la hausse depuis un an. Mais depuis trois semaines, on assiste à un retournement spectaculaire du cours des actions sur les marchés chinois, avec une chute moyenne  de près de 30 %, c'est-à-dire que 3 000 milliards de dollars se sont ainsi évaporés :

 

Évolution de l'indice boursier de Shanghai depuis 1 an

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Bien entendu, comme la Bourse de Hong Kong est intimement liée à celle de Shanghai, les tendances furent assez similaires :

 

Évolution de l'indice boursier de Hong Kong sur 1 an

 

 

[ Source : Bloomberg ]

 

Les causes du krach

 

Cette chute impressionnante des cours en trois semaines est le résultat des ventes massives d'actions, dues à plusieurs facteurs :

 

 * des doutes sur la poursuite d'une politique monétaire expansionniste. En effet, le gouvernement avait considérablement assoupli sa politique monétaire suite au ralentissement sensible de l'activité dans le pays, ralentissement dont les signes sont déjà visibles sur les exportations chinoises, la production industrielle (en berne) et le prix des matières premières dans le monde (en baisse).

 

 * après avoir encouragé le financement par les marchés financiers (décloisonnement entre les marchés de Hong Kong et de Shanghai, relâchement des conditions d'investissement des sociétés d'assurance, etc.), les autorités chinoises, qui espéraient ainsi que les entreprises nationales puissent obtenir plus de fonds propres et relancer leur activité en berne, ont décidé de juguler la spéculation. Pour ce faire, le régulateur chinois a décidé de durcir les conditions de recours aux opérations sur marge, c'est-à-dire pour faire simple les achats d'actions par endettement. Effet de levier, quand tu nous tiens !

 

 * comme je l'ai déjà expliqué sur mon blog, l'immobilier en Chine est une énorme bulle, qui va exploser très prochainement, d'autant que les prix de l'immobilier ont déjà commencé à baisser. Les investisseurs se sont alors décalés du marché immobilier à celui des actions, soutenus en cela par les taux d'intérêt bas.

 

 * lorsque les investisseurs voient l'indice taper le sommet symbolique de 5 000 points, ils souhaitent réaliser leurs profits. N'oublions pas qu'en Chine, investir en Bourse est un véritable sport national (on évoque souvent 80 % d'investisseurs individuels sur les valeurs cotées en catégorie A !), que les ménages pratiquent volontiers même à crédit... D'où près d'un quart des actions qui s'échangent au moyen d'emprunts contractés par des particuliers, ce qui n'est pas sans rappeler la situation qui prévalait aux États-Unis en 1929 !

 

Dès lors, lorsqu'une mauvaise nouvelle ou une contrainte supplémentaire vient faire douter les investisseurs du potentiel de croissance supplémentaire du marché, certains se mettent à revendre leurs titres, rapidement suivis par de très nombreux autres qui suivent mimétiquement le mouvement : c'est ce qu'on appelle précisément une panique boursière !

 

Quelle est la réaction des autorités chinoises ?

 

Les autorités de régulation chinoises ne semblent pas avoir vu venir le tsunami, comme en témoigne leur propre panique à imaginer une réponse adéquate. Il est vrai que la question grecque occupe l'attention de beaucoup de décideurs économiques, au point d'en oublier que la finance dérégulée est toujours une bombe à retardement.

 

Or, s'il y a bien une leçon a retenir du passé c'est que, dans la panique, on assiste toujours dans ces situations à une déflation par la dette, c'est-à-dire que les investisseurs endettés vendent massivement leurs titres pour tenter de rembourser les prêts contractés auprès des brockers, ce qui accélère encore la chute des cours...

 

Comprenant que la situation devenait très grave, les autorités chinoises ont alors annoncé plusieurs mesures pour tenter d'enrayer la baisse des cours :

 

 * création d'un fonds de stabilisation financière, afin d'aider les courtiers à racheter des titres jusqu'à ce que l'indice de Shanghai revienne à 5 000 points ;

 

 * interdiction pour les investisseurs étrangers de vendre à découvert dans la catégorie A ;

 

 * interdiction pour les investisseurs qui possèdent plus de 5 % dans des sociétés chinoises cotées de vendre leurs titres pendant six mois ;

 

 * injection de liquidités dans les sociétés de financement de marge, en contrepartie de l'engagement à acheter également des actions de grandes entreprises d'État ;

 

 * près de la moitié des actions ont été suspendues de la cotation.

 

Malheureusement, en plus d'être inefficaces dans le cas d'un mouvement de panique, ces mesures risquent d'aboutir à un résultat encore pire. Par exemple, en raison de la suspension de la moitié des actions, on peut imaginer qu'un investisseur à court de liquidités se verra contraint de vendre massivement ses titres encore cotés, ce qui déprimera encore plus le marché.

 

Toute la question est désormais de savoir si cette chute des cours peut être enrayée rapidement et si les conséquences sur l'économie réelle ne seront pas trop graves. Enfin, je ne vous parle même pas des faillites personnelles et autres restructurations de dettes qui auront lieu, en particulier celles des administrations locales, véritables machines à faire de la dette opaque... N'est-ce pas la preuve que la finance livrée à elle-même conduit aux plus grands désordres ?

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site Business Insider Australia 

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 14:36

 

 

Le référendum voulu par le gouvernement grec décidera, ce dimanche 5 juillet, de l'avenir du pays au sein de la zone euro. En effet, même si l'intitulé de la question est connu et porte sur le plan des créanciers, ce référendum sera inévitablement celui du maintien ou non dans l'Euro. C'est du reste ce que Jean-Claude Juncker, ancien chef de paradis fiscal et donc très proche des préoccupations des peuples, s'est empressé de faire passer comme message.

 

La zone euro privilégie les capitaux aux Hommes

 

Comme je l'écrivais dans mon précédent billet, Alexis Tsipras est probablement allé au bout de ce qu’il pouvait faire pour son pays. Sa lutte contre l'austérité, qui aura duré 5 mois, a mis au grand jour le dogmatisme de l'Eurogroupe et le peu de cas que les institutions européennes font de la démocratie.

 

D'une certaine façon, les dirigeants politiques ont cherché à créer une Union européenne sans les peuples, comme si ces derniers étaient réputés consentir à toutes les décisions et réformes. La monnaie unique est alors arrivée comme la cerise sur un soufflet, qui a fait retomber l'ensemble au rang de simple zone de libre-échange (ce qui est loin de déplaire au Royaume-Uni), démontrant au passage que les institutions européennes sont faibles et la construction de la zone si peu aboutie, qu'elle n'est même pas en mesure de faire face à une crise.

 

Cette volonté de réaliser l'Europe des capitaux avant celle des Hommes est devenue évidente en 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel où le non français a eu pour seul écho le traité de Lisbonne. Puis les choses se sont aggravées avec le TSCG, dont l'objectif purement financier est d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux, selon les voeux des faucons allemands. Qui se souvient d'ailleurs que lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé sa volonté de renégocier le TSCG pour y ajouter des dispositions relatives à la croissance ? il est vrai qu'au vu des piètres résultats obtenues, il vaut peut-être mieux ne plus en parler...

 

Les dirigeants politiques de l'Union européenne s'obstinent ainsi depuis une décennie (2 ?) à mettre en place une austérité généralisée, seule à même de sauver la construction européenne selon eux. Dit autrement, la grande saignée devait déboucher sur un renouveau de l'Europe, car les citoyens retrouveraient confiance dans une Union européenne désendettée et mise au pas par les traités. Mais comme toujours avec ce genre de promesse, il y a loin de la coupe aux lèvres...

 

Enfin, l'omerta qui règne au sujet du traité transatlantique et les pitoyables négociations-oukases avec les pays en difficultés financières (Grèce, certes, mais aussi Irlande par exemple), ont achevé de démontrer que la démocratie n'avait pas droit de cité dans les rencontres de l'Eurogroupe et plus généralement du Conseil européen.

 

La Grèce a fait d'énormes efforts

 

Si l'on regarde l'indicateur de l'excédent budgétaire primaire, c'est-à-dire le solde entre dépenses  et recettes de l'État, avant paiement des intérêts à verser sur la dette publique, alors on peut voir sur la graphique ci-dessous que la Grèce a fait d'énormes efforts, contrairement à ce que certains affirment :

 

 

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

La Grèce a même réussi à dégager un excédent budgétaire primaire structurel, c'est à dire corrigé des effets de la conjoncture, ce qui signifie que le pays dégage suffisamment de ressources pour se désendetter. Notez a contrario la situation au Royaume-Uni et en France...

 

Mais pour arriver à ce résultat, le pays s'est vu imposer un plan d'austérité drastique sur les conseils avisés de la Troïka, dont les effets sont cataclysmiques :

 

 

[ Source : Okeanews.fr ]

 

L'Eurogroupe et la BCE contre la démocratie !

 

Cette Union européenne technocratique, qui a cherché un semblant de légitimité dans une association contre nature avec le FMI dans le cadre de la tristement célèbre Troïka, a fait des ravages ! Elle pensait d'ailleurs poursuivre dans cette voie, mais c'était sans compter sur le trublion grec, qui a décidé de faire valoir les intérêts de son peuple avant ceux de ses créanciers.

 

On sait désormais, contrairement à l'ignoble campagne de presse menée contre lui, qu'Alexis Tsipras a fait des propositions sérieuses et concrètes à l'Eurogroupe, qui sont résumées dans cet article de l'Humanité. On y découvre que le gouvernement grec a de facto accepté un surcroît d'austérité, pour complaire à ses créanciers partenaires européens. En gage de bonne volonté, il a même évoqué la possibilité d'abandonner son référendum si l'Eurogroupe accepte de s'engager sur une restructuration de la dette publique grecque.

 

Il faut donc le dire sans ambages : l'Eurogroupe cherche, à mon sens, à avoir la tête du gouvernement grec (élu démocratiquement, faut-il le rappeler ?), afin de faire un exemple pour tous ceux qui chercheraient à contester l'idéologie sous-jacente dans les plans d'aide européens. C'est ce que pensent également deux prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz et Paul Krugman.

 

Le premier déclare ainsi, dans un article de Project Syndicate, que "les dirigeants européens finissent par exposer au grand jour la véritable nature du conflit autour de la dette grecque, et cela n'a rien de plaisant : il s'agit bien plus une question de pouvoir et de démocratie que d'argent et d'économie". Le second, avec son mordant habituel, appelle, dans une tribune au New York Times, les Grecs à voter "non" au référendum de dimanche, affirmant que "céder à l’ultimatum de la troïka serait l’abandon ultime de toute idée d’une soi-disant indépendance de la Grèce" !

 

Au reste, Jean-Claude Juncker n'avait-il pas été explicite sur le rang subordonné qu'il accorde à la démocratie, dans un entretien au Figaro le 29 janvier dernier ? Pour mémoire, en réponse à la question de la restructuration de la dette publique grecque, Juncker déclarait "dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. [...]   Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Sidérant...

 

Pourtant, et il n'y a pas d'économiste sérieux pour affirmer le contraire, c'est pure folie que de s'engager à dégager plusieurs années de suite un excédent budgétaire primaire lorsque le pays est en récession (dépression est le mot adéquat en économie...) ; c'est aussi pure folie que de chercher à augmenter la TVA sur le seul (quasiment...) secteur exportateur de la Grèce, à savoir le tourisme ; c'est pure folie que de vouloir encore baisser les dépenses publiques et les revenus alors que la demande est en berne...

 

Quant à la BCE, en n'augmentant pas le plafond des aides d'urgence ELA (voir mon précédent billet pour comprendre ce que sont les aides ELA), malgré les fuites de capitaux, elle a précipité le gouvernement grec vers la solution extrême d'un contrôle de capitaux doublé d'une fermeture des banques.

 

D'ailleurs, si l'on prend le temps de lire l'entretien accordée par Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, au quotidien Les Échos, on comprend l'insondable bêtise dogmatique de la BCE... Une perle de cet entretien, pour ceux qui n'auraient pas le temps de le lire en entier : "la question n’est donc pas de savoir s’il faut réaménager la dette mais s’il est utile pour la Grèce de la réaménager une quatrième fois. Le plus important pour l’avenir de la Grèce, c’est de récréer de la croissance". Évidemment, la sacro-sainte croissance pour un pays en dépression !

 

La nécessité du référendum en désespoir de cause

 

Ces propositions inacceptables, qui dépassent largement la ligne rouge que s'était fixé le gouvernement, expliquent pourquoi le Premier ministre grec n'avait dès lors plus d'autre choix que de redonner la parole au peuple, qui devra se prononcer sur son avenir dans la zone euro au vu des conditions exigées par les créanciers. Après moult versions, il semble désormais acquis que la question de ce référendum sera la suivante : " Faut-il accepter le projet d’accord soumis le 25 juin 2015 par la Commission européenne, la BCE et le FMI ? ".

 

Cette question soulève immédiatement de nombreuses remarques. Tout d'abord, sa formulation laisse à penser que le projet d'accord est définitif, alors que nous venons de voir que le gouvernement grec était prêt à l'amender à la condition expresse de restructurer la dette publique. De plus, ma crainte est que de nombreux citoyens ne connaissent pas exactement l'enjeu de ces négociations car, il faut l'avouer, même les économistes ont désormais du mal à s'y retrouver au vu de la complexité du sujet. D'où la nécessité d'une campagne d'au moins un mois, règle générale et constitutionnelle, afin de permettre le débat d'idées.

 

Le danger est alors que les passions l'emportent sur la raison - d'autant qu'il n'y aura pas de campagne mais juste un gouvernement qui appelle à voter non - , c'est-à-dire que la peur de l'inconnu conduise un peuple, pourtant opprimé, à accepter de son plein gré l'estocade de ses créanciers... Le ministre des finances, le célèbre Yanis Varoufakis, a du reste mis son poste dans la balance, déclarant qu'il démissionnerait si le oui devait l'emporter.

 

L'après référendum

 

L'infographie ci-dessous résume assez bien les scénarios possibles (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :

 

 

[ Source : Le Huffington Post ]

 

En définitive, je renouvelle les propos de mes précédents billets : cette fois, c'est bien la zone euro qui est arrivée au bord du précipice et pas seulement la Grèce !

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://www.audit-citoyen.org

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 18:54

 

 

Cette fois la zone euro est arrivée au bord du précipice : la Grèce vient de refuser l'ultimatum posé par l'Eurogroupe, qui consistait à lui fournir 15,3 milliards de liquidités en échange d’un engagement immédiat sur un certain nombre de mesures d'austérité, dont le seul effet eût été de plomber encore plus l'activité dans le pays si activité il reste. Le président de l’Eurogroupe a alors décidé de poursuivre la réunion en l’absence d’un représentant de l’État grec, ce qui revient à exclure manifestement la Grèce de cette instance informelle.

 

En désespoir de cause, le Premier ministre grec a décidé l'organisation d'un référendum, le 5 juillet prochain, sur le plan proposé par les créanciers :

 

 

Les conséquences de l'échec des négociations

 

En cas de défaut sur le remboursement des 1 600 millions d'euros dus au FMI avant le 30 juin, certes les agences de notation laissent entendre qu'elles ne le considéreront pas comme un défaut de paiement, mais aux yeux de tous l'événement sera vu à sa juste valeur. Et ce même si le FMI prendra plusieurs semaines avant de déclarer sa créance en défaut.

 

Dès lors, on assisterait à une accélération massive des sorties de capitaux et retraits de dépôt bancaires, mouvement déjà entamé depuis des mois. Ne perdons pas de vue que, depuis 2010, ce sont plus de 80 milliards d’euros qui ont quitté le pays ! Toute la question serait alors de savoir si la BCE continuera à fournir des liquidités aux banques grecques, au travers de la facilité d’urgence aux établissements de crédit, appelée ELA (Emergency Liquidity Assistance) dans le jargon.

 

Qu'appelle-t-on ELA ?

 

Un document de la BCE explique la procédure en détail, mais pour notre propos il suffit de savoir que c'est un moyen de fournir d'urgence des liquidités aux établissements de crédit d'un pays membre de la zone euro.

 

Plus précisément, conformément à l'article 14.4 du SEBC, "le dispositif ELA prévoit la fourniture par une banque centrale nationale de l’Eurosystème de monnaie de banque centrale et/ou de toute autre assistance pouvant entraîner une augmentation de la monnaie de banque centrale à une institution financière solvable, ou à un groupe d’institutions financières solvables, devant faire face à des problèmes de liquidité temporaires, sans que ces opérations n’entrent dans le cadre de la politique monétaire unique. La responsabilité de l’octroi de facilités d’urgence incombe à la/aux BCN concernée(s). Cela signifie que celle(s)-ci assume(nt) les coûts et les risques liés à la fourniture de liquidité d’urgence".

 

Ainsi, c'est la Banque centrale de Grèce qui fournit cette liquidité aux banques grecques, sous le contrôle très strict évidemment de la BCE. Le point important est que cette aide, temporaire - mais qui dure depuis des mois en Grèce et dont le plafond n'a cessé d'être augmenté à près de 90 milliards actuellement -, est conditionnée à la solvabilité des banques aidées.

 

Or, l'état des banques grecques n'est pas brillant avec la quantité de créances douteuses et litigieuses dans leur bilan. De plus, elles ont acheté beaucoup de titres d'État, qui peuvent devenir bien plus qu'une épée de Damoclès si l'État grec fait officiellement défaut sur une partie de sa dette publique. Car rappelons que ces titres, achetés par les banques nationales, sont le seul moyen autonome de financement de l'État grec, puisque le pays n'a plus accès aux marchés financiers.

 

Mais sans liquidités en euros, le Grexit (sortie de la Grèce de l'Euro) deviendrait par conséquent réalité, même si les Grecs ne souhaitaient pas quitter la zone euro. Ce qui n'était pas prévu de jure, car les traités ne prévoient pas la sortie d'un État de la zone euro, le deviendrait donc de facto ! En effet, pour faire fonctionner son économie, si elle est privée de la monnaie unique, la Banque centrale de Grèce devra impérativement lui trouver un substitut au plus vite...

 

Le contrôle des capitaux indispensable

 

L'annonce d'un référendum pour le 5 juillet, le défaut annoncé du 30 juin et le possible arrêt (ou durcissement, plus probablement) de la fourniture de liquidités par le moyen de l'ELA, vont certainement nécessiter la mise en place d'un contrôle des capitaux, afin de juguler les sorties de capitaux du pays et les retraits bancaires trop massifs.

 

En effet, si tous les clients se mettent à retirer au plus vite leurs dépôts de peur que leur banque ne fasse faillite, alors la banque court le risque d'être à court de liquidités (car elle ne possède pas assez de billets pour rembourser tout le monde) et devenir effectivement insolvable, même si elle ne l'était pas au début. C'est précisément ce que l'on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 

L'exemple de Chypre en mars 2013, où les banques ont fermé pendant 12 jours, est bien entendu dans toutes les têtes. Certains pensent d'ailleurs qu'un tel contrôle des capitaux pourrait être annoncé dès ce lundi, en raison de la panique qui pourrait se déclencher après ce week-end où même la BCE a réuni son conseil des gouverneurs un dimanche !

 

Le plus triste est que cette mesure toucherait en priorité la vie des petites gens et des petites entreprises nationales, et qu'elle durerait certainement assez longtemps eu égard au climat économique tendu. A Chypres, ce fut 2 ans !

 

Les grandes fortunes et les grands groupes ne seront, quant à eux, que peu pénalisés par ces restrictions, puisqu'ils ont déjà déplacé leurs capitaux dans d'autres pays, en particulier en Allemagne... ce qui ne manque pas d'ironie, lorsqu'on connaît les mauvaises relations qu'entretiennent le gouvernement grec et le gouvernement allemand. Mais comme le rappelait l'empereur Vespasien, Pecunia non olet !

 

Le référendum

 

Alexis Tsipras est probablement allé, en tout état de cause, au bout de ce qu’il pouvait faire pour son pays. Sa lutte contre l'austérité, qui aura duré 5 mois, a mis au grand jour le dogmatisme de l'Eurogroupe et le peu de cas que les institutions européennes font de la démocratie.

 

D'une certaine façon, les dirigeants politiques ont cherché à créer une Union européenne sans les peuples, comme si ces derniers étaient réputés consentir à toutes les décisions et réformes. Cette crise est aussi le fruit d'une expansion trop rapide et trop vaste de l'UE, qui plutôt que de consolider l'existant a voulu créer très vite une zone politique, économique et monétaire de premier plan. Un vrai gâchis donc pour le projet humainiste !

 

Le Premier ministre grec n'avait alors d'autre choix que de redonner la parole au peuple, qui devra se prononcer sur son avenir dans la zone euro, au vu des conditions exigées par les créanciers. Bien entendu, qu'on le veuille ou non, ce référendum sera celui du maintien ou non dans l'Euro et montre bien que, in fine, les questions économiques sont toujours des questions politiques. Quant aux commentaires, certains n'ont pas ménagé leurs mots pour conspuer ce référendum !

 

En définitive, ceux qui affirment découvrir que nous sommes désormais au bord du précipice sont, sinon des ignorants qui ont vécu 5 ans dans un grotte platonicienne, plus certainement des menteurs qui s'accomodaient de cette situation favorable à leurs intérêts égoïstes. Cela fait d'ailleurs 4 ans que je répète à l'envi que, si les créanciers n'annulent pas une partie substantielle de la dette publique grecque et ne l'aide pas à créer une base productive, alors la catastrophe sera au bout du chemin.

 

Nous disposons pourtant d'un travail important mené par la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Celle-ci vient de rendre son rapport préliminaire, et sa conclusion est limpide : la dette grecque est en grande partie illégale, illégitime et odieuse !

 

Récemment, une auditrice de l'une de mes conférences m'avait trouvé trop pessimiste quand j'exposais la question grecque. Le résultat est pourtant là et ma conclusion reste la même que dans mon précédent billet : qui peut croire qu'un peuple, qui a connu la dictature politique, puisse accepter encore longtemps la tyrannie économique, qui débouche sur le chaos social ?

 

Hélas, dans le cas présent, et contrairement à ce que laissent entendre les politiques comme Manuel Valls ou Angela Merkel, une sortie de la Grèce de la zone euro serait un échec cuisant pour la construction européenne et un saut dans le vide !

 

Dans ce cas, le mécanisme de sortie ordonnée de la zone euro, que j'avais présenté dans plusieurs conférences et évoqué brièvement dans cette vidéo, ne sera plus qu'une chimère. La place sera lors toute chaude pour les partis politiques extrémistes...

 

Une fois n'est pas coutume, terminons ce billet avec un peu de musique :

 

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article d'ATTAC.

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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 13:28

 

 

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers, qui s'apparentent davantage à un conflit ouvert, sont depuis des mois dans l'impasse. A tel point que l'échec de la réunion d'hier était prévisible et qu'il est désormais envisageable, et envisagé, que la Grèce quitte la zone euro. Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Qui sont les créanciers de la Grèce ? Quelles seraient les conséquences d'un Grexit ? Autant de questions auxquelles je vais chercher à apporter une réponse dans ce billet, certes un peu long, mais indispensable au vu de la situation actuelle.

 

Le mauvais diagnostic des créanciers de la Troïka

 

Pour le dire simplement, l'ex-Troïka (BCE + FMI + UE) soignait depuis 2010 un problème de liquidité en lieu et place d'un problème de solvabilité. A la différence de la crise de liquidité où l'emprunteur peut payer ses dettes mais ne trouve pas temporairement de prêteur, la crise de solvabilité concerne l'emprunteur qui ne peut pas rembourser ses dettes.

 

En 2010, la Grèce doublait ainsi son insolvabilité externe (plus de 10 % de déficit courant et 140 % du PIB de dettes nettes extérieures en 2011) d'une insolvabilité budgétaire (plus de 9 % du PIB de déficit public et 160 % du PIB de dettes publiques en 2011). Pour le dire autrement, la Grèce ne pouvait faire face ni à son endettement vis-à-vis des pays étrangers ni à son endettement public...

 

A mauvais diagnostic des créanciers, mauvais remède appliqué au malade grec ! Dès lors, pour répondre aux injonctions de la Troïka (BCE + FMI + UE) et obtenir le déblocage des prêts, le précédent gouvernement grec s'est vu contraint de multiplier les politiques d'austérité : réduction drastique des salaires et des retraites, coupes claires dans les dépenses des ministères et dans les aides sociales, privatisations des entreprises publiques.

 

La grande saignée économique pour le peuple

 

Le résultat de toutes ces coupes fut une formidable explosion du chômage, de la précarité, de la pauvreté et tout simplement de la misère socio-économique. Mais c'était bien entendu pour "le bien de la Grèce" que la Troïka lui prescrivait ce remède. Ainsi, les conséquences désastreuses de cette politique d'austérité étaient vues comme de simples effets indésirables à court terme, qui cèderaient rapidement le pas à la croissance et à la compétitivité à l'export.

 

Chaque année on déclarait donc que la reprise était en vue, mais rien ne venait... Donc on prescrivait encore plus de rigueur l'année suivante, selon le principe bien connu des shadoks, qu'il faut toujours poursuivre une politique qui ne marche pas, car plus ça rate plus on a de chances que ça marche ! Le pays a ainsi pratiqué saignée sur saignée, pensant certainement que les médecins-économistes savaient ce qu'il fallait faire pour relancer l'économie. C'est ce que je qualifiais de grande saignée économique !

 

Paul Krugman, prix Nobel d'économie, cite même désormais l'Europe en exemple pour expliquer à ses concitoyens américains que les plans de rigueur constituent une politique économique inefficace et mortifère ! Dans son billet de blog "le suicide économique de l'Europe", il concluait : "Plutôt que d'admettre qu'ils se sont trompés, les dirigeants européens semblent déterminés à faire tomber leur économie - et leur société - d'une falaise. Et c'est le monde entier qui en paiera le prix"...

 

Et pourtant, dans une note interne rendue fort opportunément publique en 2013, le FMI avait reconnu que le plan de sauvetage de la Grèce en 2010 s'était soldé par un échec ! L'institution, dirigée par Christine Lagarde depuis 2011, expliquait même qu'il aurait fallu restructurer la dette grecque dès 2010, mais que les Européens s'y sont opposés.

 

Pire, l'ancien conseiller économique de José Manuel Barroso a déclaré, dans le cadre de son audition par la Commission pour la vérité sur la dette grecque : "en 2010, les grands dirigeants européens (dont la Commission européenne) et le directeur du FMI de l’époque, Dominique Strauss-Kahn, ont délibérément refusé de considérer la Grèce comme insolvable dans le but de protéger les intérêts des grandes banques européennes. En effet, selon les statuts du FMI, cette Institution ne pouvait pas prêter à un État dont la dette est déjà insoutenable".

 

Puis arriva Syriza...

 

Syriza est une coalition de la gauche radicale en Grèce, dont le leader est Alexis Tsipras. Syriza, qui est par ailleurs membre du Parti de la gauche européenne, avait proposé un programme électoral basé sur 4 piliers (lutte contre la crise humanitaire, relance de l'économie, reconquête du travail, réforme de l'État) et une cinquantaine de mesures phares, dont la restructuration de la dette publique à hauteur d'au moins 50 % et la fin de l'austérité qui a mis le pays au tapis.

 

Cela n'avait pas manqué d'inquiéter au plus haut point les tenants de l'orthodoxie néolibérale, comme en témoignent la saillie de Jean-Claude Juncker et celle attribuée à Angela Merkel concernant une possible sortie de la Grèce de la zone euro (Grexit). Bref, personne ne voulait d'un parti qui affiche clairement la volonté de redonner le pouvoir au peuple et donc de privilégier les intérêts de celui-ci aux intérêts des créanciers.

 

Et ce bien que Syriza ne souhaitait plus la sortie de l'Euro, mais la fin de l'austérité, afin de faire repartir la demande intérieure, et la restructuration de son insoutenable dette publique (320 milliards d'euros, soit plus de 177 % du PIB !) qui mine tout espoir d'en finir avec la crise, dans un pays dont les fondements politiques, économiques et sociaux ont été sérieusement et durablement atteints.

 

Les conséquences d'un défaut grec

 

Les heurts diplomatiques fréquents entre le gouvernement grec et ses "partenaires" européens, tout comme l'impossibilité manifeste de trouver un accord entre la Grèce et ses créanciers, augmentent encore la volatilité sur les marchés.

 

Et ce d'autant plus que l'Eurogroupe a laissé filtré, par dépêche Reuters, que l'hypothèse d'un défaut était dorénavant examinée très sérieusement. Il est vrai que si un accord était trouvé, il lui faudrait encore être endossé par l’Eurogroupe et ensuite validé par certains parlements nationaux, notamment en Allemagne. Or, comme le deuxième plan d'aide à la Grèce prend fin le 30 juin, après avoir déjà été prolongé dans la souffrance de 4 mois au début de l'année, on voit mal comment cela serait possible si aucun accord n'est signé cette semaine...

 

Faut-il d'ailleurs rappeler que la dette publique grecque appartient à plus des deux-tiers aux autres État membres de la zone euro, au travers essentiellement du FESF, des prêts bilatéraux et de la BCE ?

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Dès lors, un défaut même partiel laisse craindre des pertes qui seront épongées pour un montant important par les contribuables allemands et français. Il est donc devenu à la mode d'estimer ce que chaque pays laisserait comme plumes dans l'affaire : 68 milliards d'euros pour la France et 85 milliards pour l'Allemagne, selon Philippe Waechter de Natixis.

 

Certains poussent même le vice masochiste jusqu'à calculer ce que cela représenterait pour chaque foyer fiscal ! Mais si le défaut de la Grèce débouche sur la dissolution de la zone euro, alors le coût sera bien plus élevé que les montants indiqués ci-dessus, ne serait-ce que parce que des éléments non monétisables auront été perdus (unité européenne, confiance, etc.) !

 

Et quid des 30 milliards d'euros apportés par le FMI ?

 

L'institution, qui n'a jamais connu de défaut ni effacé aucune dette depuis sa création, est devenue manifestement très virulente avec la Grèce. Aurait-elle déjà saisi que la Grèce ne lui remboursera pas la somme due à la fin du mois ? Est-ce pour cela que le FMI semble privilégier un supplément d'austérité et des objectifs inatteignables pour la Grèce ?

 

Notons qu'en cas de défaut sur le remboursement des 1 600 millions d'euros dus au FMI avant le 30 juin, certes les agences de notation laissent entendre qu'elles ne le considéreront pas comme un défaut de paiement, mais aux yeux de tous l'événement sera vu à sa juste valeur. Et ce même si le FMI prendra plusieurs semaines avant de déclarer sa créance en défaut.

 

Bien entendu, on assisterait à une accélération massive des sorties de capitaux et retraits de dépôt bancaires, mouvement déjà entamé depuis des mois :

 

[ Source : Natixis ]

 

Cela nécessiterait de mettre en place d'urgence un mécanisme de contrôle des capitaux, à l'instar de ce qui avait été fait à Chypre en mars 2013. Quoi qu'il en soit, cela déboucherait très vite sur une panique bancaire, bank run dans le jargon bancaire, aux conséquences terribles.

 

En effet, si tous les clients se mettent à retirer au plus vite leurs dépôts de peur que leur banque ne fasse faillite, alors la banque court le risque d'être à court de liquidités (car elle ne possède pas assez de billets pour rembourser tout le monde) et devenir effectivement insolvable, même si elle ne l'était pas au début. C'est précisément ce que l'on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 

Les banques en manque de liquidités devront être secourues soient par d'autres banques, soient par des institutions internationales (FMI, Banques centrales, etc.)... soit par l'État comme ce fut le cas lors de la crise des subprimes, où les États sont allés jusqu'à nationaliser des banques et offrir de confortables garanties des dépôts (100 000 euros au sein de l'Union européenne pour les espèces, jusqu'à 250 000 dollars au plus fort de la crise des subprimes aux États-Unis).

 

Mais comment voulez-vous que la Grèce puisse appeler à l'aide ceux-là même qui refuse de l'aider actuellement ? On assisterait alors certainement, en plus de la mise en place d'un contrôle des capitaux  à un chantage à la liquidité versée par la BCE, comme ce fut le cas en Irlande où Jean-Claude Trichet avait menacé de couper les liquidités au pays si celui-ci n'acceptait pas les réformes proposées : dès lors soit le gouvernement grec se couche au détriment de son peuple, soit il fait front mais se retrouve contraint de créer une nouvelle monnaie puisque la BCE ne lui fournira plus d'euros pour alimenter son économie.

 

Et qu'en est-il des remboursements à la BCE ?

 

La Grèce devra très vite faire face à d'importants remboursements de dette, et il lui faudra certainement trouver en tout 12 milliards d'euros pour affronter toutes ses obligations en 2015...

 

 

[ Source : Natixis ]

 

En particulier, il lui faudra trouver 3,5 milliards d'euros pour rembourser ses dettes envers la BCE, avant le 20 juillet.

 

Si la Grèce fait défaut sur ce remboursement, la BCE pourrait alors décider que les banques grecques sont désormais insolvables (c'est d'ailleurs une réalité avec la quantité phénoménale d'obligations de l'État grec qu'elles détiennent) et ainsi leur couper l'accès à la liquidité d'urgence (ELA), qui est actuellement le seul lien qui unisse encore le secteur bancaire grec à la zone euro.

 

Il faudrait alors mettre en place un contrôle drastique des capitaux ; mais sans liquidités en euros, le Grexit (sortie de la Grèce de l'Euro) deviendrait par conséquent réalité, même si les Grecs ne souhaitaient pas quitter la zone euro ! Ce qui n'était pas prévu de jure (les traités ne prévoient pas la sortie d'un État de la zone euro), le deviendrait donc de facto !

 

Les conséquences d'un Grexit

 

Disons-le d'emblée : je ne crois absolument pas que les conséquences d'un tel événement puissent être contenues à la Grèce seule. Au contraire, les investisseurs du monde entier vont saisir que la construction européenne n'est pas autant irréversible que l'avait laissé entendre Mario Draghi, il y a quelques mois.

 

Et même si certains pensent que Super Mario peut tout à la BCE depuis qu'il a annoncé en 2012 sa volonté de tout faire pour sauver l'Euro, il y a fort à parier que la panique ne cesserait pas et emporterait avec elle l'ensemble des économies membres de la zone euro.

 

Certes, l'OMT a été validé par la Cour européenne de justice de l'UE, ce qui signifie que la BCE pourrait intervenir massivement sur le marché secondaire de la dette souveraine pour éviter la spéculation sur les autres États membres. Et le MES pourrait lui apporter son aide. Mais l'OMT n'ayant encore jamais été utilisé, le flou entourant son utilisation me fait dire qu'il ne pourra certainement pas servir à éteindre un feu dans toute la zone euro... D'autant que la solidité du système bancaire européen reste encore à prouver.

 

Mais c'est oublier que, au-delà de l'aspect financier, l'abandon de l'Euro par la Grèce constituerait certainement un détonateur bien plus puissant que ce qu'estime l'Allemagne, qui laisse même entendre qu'il s'agirait d'un non-événement. En effet, comment croire qu'une sortie précipitée de la Grèce ne créerait pas une panique politique, économique et sociale en Espagne et surtout en Italie ?

 

Car les ménages et entreprises, loin d'accorder un grand crédit aux institutions européennes, pourraient prendre peur et reporter leurs projets d'investissement, annulant ainsi la timide embellie due à la baisse des prix du pétrole ! La récession pourrait alors être violente...

 

Dans ce cas, le mécanisme de sortie ordonnée de la zone euro, que j'avais présenté dans plusieurs conférences et évoqué brièvement dans cette vidéo, ne sera plus qu'une chimère. Pourtant, depuis de nombreuses années, et en particulier dans ce billet de 2012, j'expliquais comme quasiment tous les économistes qui ont encore un peu de bon sens, que la Grèce ferait tôt ou tard défaut sur sa dette.

 

Et ma conclusion reste la même : qui peut croire qu'un peuple, qui a connu la dictature politique, puisse accepter encore longtemps la tyrannie économique, qui débouche sur le chaos social ?

 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article Courrier International

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