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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:00

 

 

Au moment où la question du Brexit agite les esprits (j'en parlerai prochainement), peu nombreux sont ceux qui soulèvent le problème de la segmentation des marchés financiers à l'intérieur de la zone euro. Et pourtant, cette situation à des conséquences majeures sur l'économie européenne et sur la pérennité de la monnaie unique...

 

Qu'appelle-t-on segmentation des marchés financiers ?

 

Comme je l'explique dans mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition), la segmentation des marchés financiers dans la zone euro signifie que les capitaux privés circulent mal, voire pas du tout, entre les différents pays membres. Les marchés financiers sont donc segmentés par pays.

 

À quoi voit-on la segmentation des marchés ?

 

On peut affirmer qu'il y a segmentation des marchés financiers au sein de la zone euro depuis 2008 pour plusieurs raisons :

 

 * la détention de dettes publiques par les banques reste essentiellement domestique, c'est-à-dire que ces dernières logent dans leur portefeuille surtout des titres de dette de leur pays

 

 

[ Source : Natixis ]

 

 * les balances TARGET 2 restent importantes, ce qui équivaut à dire que les marchés interbancaires des pays de la zone euro sont désolidarisés

 

 

[ Source : BNP Paribas ]

 

 * les taux d'intérêt sur la dette publique ont beaucoup divergé avant l'intervention de la BCE (quantitative easing)

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Quelles sont les conséquences d'une telle segmentation ?

 

Une telle segmentation des marchés de capitaux rend la zone euro inefficace sur le plan économique, en ce sens qu'elle empêche l'épargne de s'investir dans les projets les plus rentables. Or, qui se souvient encore qu'il s'agissait là de la première raison qui présidait à la création de la monnaie unique ? Pour ceux que la technique intéresse, je fais ici référence aux critères de Mundell sur la pertinence et l'efficacité d'une union monétaire.

 

Bref, je suis en train de vous expliquer que la zone euro ne fonctionne plus ! Ce ne sera pas une surprise pour les lecteurs réguliers de ce blog, puisque j'ai déjà souvent expliqué les problèmes insolubles auxquels la zone euro fait face (liste loin d'être exhaustive) :

 

 * croissance et emploi en berne,

 

 * politiques d'austérité dont l'échec est patent, 

 

 * absence de coordination et de volonté fédérale,

 

 * mise en place d'une usine à gaz pour contrôler les banques,

 

 * utilisation de solutions non-démocratiques pour résoudre les crises, en particulier en Grèce

 

 * tolérance excessive à l'égard des déséquilibres macroéconomiques des uns et sanctions très lourdes contre les autres.

 

Pour en revenir à notre sujet, la segmentation des marchés financiers conduit à une divergence inévitable des taux d'intérêt à long terme des pays de la zone euro. Depis peu, comme le montre parfaitement le dernier graphique ci-dessus, les taux d'intérêt ont recommencé à converger à la faveur de l'action vigoureuse de la BCE (quantitative easing).

 

Mais dès que ce puissant aiguillon s'estompera en 2017 ou 2018, on peut craindre le pire d'autant que les économies européennes sont indubitablement très hétérogènes. À moins que l'on ne condamne la BCE à jouer les Sisyphe ad vitam aeternam, i.e. à poursuivre indéfiniment sa politique de rachat des dettes publiques afin d'en faire baisser les taux.

 

Une autre conséquence de la segmentation des marchés financiers, est qu'elle empêche de corriger l'excès d'épargne de l'Allemagne la zone euro et donc de relancer l'économie. En effet, à défaut d'espérer une improbable union fédérale avec transferts obligatoires ou un plan massif de relance en Allemagne, on ne peut amorcer de reprise durable de la zone euro qu'à la condition expresse d'investir l'excédent extérieur allemand dans le reste de la zone euro et non dans le Caucase...

 

Mais comment fait-on si la circulation des capitaux est quasi inexistante dans la zone euro, c'est-à-dire que les marchés financiers sont segmentés ?

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 11:16

Après mon passage sur TV8, j'ai été invité sur le plateau de TV Cristal pour évoquer la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition) et plus généralement le fonctionnement de l'économie.

 

Mon intervention, d'une durée de 18 minutes, est à voir gratuitement sur le site de TV Cristal en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV Cristal ]

 

Pour mémoire, mon livre s'adresse à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 10:36

 

À ceux qui affirmaient que "contre le chômage, tout a été essayé", un démenti vient d'être apporté par une nouvelle expérimentation appelée Territoires zéro chômeur de longue durée. Votée à l'unanimité en première lecture à l’Assemblée nationale et soutenu par le CESE, sa mise en oeuvre est prévue pour la rentrée 2016. Après vous avoir parlé de la rémunération des grands patrons précédemment, ce billet sera par conséquent l'occasion de revenir à la vraie vie en analysant les tenants et aboutissants de ce projet de lutte contre le chômage !

 

Le chômage de longue durée

 

Selon l'INSEE, un chômeur de longue durée est un actif sans emploi (ou en activité réduite selon les catégories B et C de Pôle Emploi) depuis plus d'un an. Et au-delà de deux ans, on parle même de chômage de très longue durée. Les derniers chiffres fournis par Pôle Emploi pour l'année 2015 font état d'une augmentation du nombre de chômeurs de longue durée de 9,5 % sur un an. Désormais, ils sont 2,466 millions, soit 45 % des inscrits !

 

 

[ Source : Les Échos ]

 

Si l'on adopte la définition de Pôle Emploi, qui appelle chômeur de longue durée toute personne inscrite sur les listes de Pôle Emploi au moins 12 mois au cours des 24 derniers mois, alors on obtient cette carte de France (du vide salarial) :

 

 

[ Source : Pôle Emploi ]

 

Quant à l'évolution du chômage de très longue durée, elle est proprement affolante :

 

 

[ Source : Le Monde ]

 

Pourquoi le chômage de longue durée est-il un problème épineux ?

 

Quelle que soit la raison invoquée pour expliquer le chômage de longue durée (absence de diplôme, absence de qualification, localisation géographique, etc.), le phénomène tend évidemment à éloigner définitivement ces actifs de l'emploi. Et la destruction des emplois intermédiaires, conjuguée à un délirium tremens numérique, ne va qu'aggraver la situation...

 

Outre les conséquences que cela peut avoir sur la vie familiale et sociale de ces personnes (Freud ne disait-il pas que le travail est ce qui nous unit aux autres hommes ?), une étude américaine souligne les conséquences lourdes du chômage de longue durée sur la personnalité... De plus, un tel sous-emploi des forces vives du pays débouchera inévitablement sur une baisse de la croissance potentielle, cette dernière étant définie comme celle qui réalise le niveau maximal de production sans accélération de l'inflation, compte tenu des capacités de production et de la main d'oeuvre disponibles.

 

Les initiatives actuelles du gouvernement

 

Face à ce constat d'aggravation du chômage de longue durée, François Hollande vient d'annoncer un plan d'urgence de lutte qui persiste dans les voies (de garage) classiques :

 

 * baisse des cotisations patronales sur les bas salaires (CICE) ;

 

 * renforcement du suivi par des agents Pôle Emploi déjà dépassé par le nombre de chômeurs ;

 

 * formations de 500 000 chômeurs en plus, alors même que le système de formation dans son état actuel (i.e. calamiteux) ne permet pas d'absorber de tels volumes à court terme ;

 

 * corollaire du point précédent, les formations viseront les secteurs du numérique, de la croissance verte et les secteurs traditionnels sous tension ; c'est toujours autant de chômeurs qui quitteront subrepticement la catégorie A pour s'en aller en catégorie D, invisible dans les statistiques mensuelles commentées par le gouvernement ;

 

* prime à l’embauche, sous conditions, de 2 000 euros par an pour les entreprises de moins de 250 salariés qui recrutent un salarié ;

 

 * renforcement des aides de Pôle emploi à la création d’entreprise (se mettre à son compte lorsque la demande est en berne, en voilà une idée lumineuse...)

 

 * plus grande ouverture du contrat de professionnalisation aux chômeurs et bien entendu aide à l'apprentissage après les cafouillages depuis 2 ans ;

 

J'avais par ailleurs analysé dans ce billet pourquoi la flexibilisation à outrance du marché du travail était une erreur.

 

Territoires zéro chômage de longue durée

 

Cette idée est née dans l'esprit de militants de l'insertion et se trouve désormais portée par ATD Quart Monde. Elle part du constat suivant, qui mérite réflexion :

 

"Le projet proposé par ATD Quart Monde s’inscrit dans un pays où les choix d’organisation économique permettent à une majeure partie de la population d’obtenir un emploi et de vivre dignement mais où, dans le même temps, ces choix privent durablement plusieurs millions de personnes d’emplois ou les contraignent à accepter des emplois précaires dans des conditions qui ne permettent pas une existence digne".

 

Bref, personne n'est inemployable, mais ce sont des choix d'organisation économique, faits volontairement par des gouvernements (c'est là le point nodal), qui expliquent la situation actuelle. Ces choix, pour faire simple, consistent essentiellement à laisser un certain capitalisme broyer l'économie réelle au profit d'une finance à qui on a laissé la bride sur le cou !

 

ATD Quart Monde affirme ainsi qu'il serait plus avantageux pour la société de réorienter l'argent dépensé pour compenser le chômage (selon leur étude, 15 000 euros par personne et par an), vers le financement des emplois manquants en assurant de bonnes conditions de travail. Ce faisant, elle rappelle un point que j'avais développé dans un précédent billet, où j'insistais sur le fait que le chômage n'est pas qu'un chiffre dont certains se servent pour occulter à dessein toutes les questions de qualité de l'emploi et de déclassement professionnel.

 

En pratique, le projet d'ATD Quart Monde consiste à expérimenter pendant 5 ans la création d’emplois en CDI et payés au moins au SMIC, pour les chômeurs de longue durée qui seraient volontaires. Elle concernerait au départ 10 territoires et tous les entrepreneurs, qu’ils soient de statut public, associatifs ou à but lucratif :

 

 

[ Source : Courrier des Maires ]

 

La personne embauchée le sera donc en CDI, appelé "emploi-formation disponible, ce qui signifie :


• que l’emploi qui lui est proposé est conçu pour lui permettre de monter en compétences (transfert de savoir-faire par les collègues, mobilité entre différents postes de travail, formation externe…) ;


• qu’il reste disponible pour évoluer vers un emploi en entreprise « classique » et doit donc demeurer ouvert aux propositions qui pourraient lui être faites en ce sens..."

 

Les entreprises conventionnées, c'est-à-dire celles qui s’engagent à créer des conditions adaptées pour employer ces chômeurs, toucheront par conséquent une subvention pour compenser la moindre productivité du salarié embauché et la solvabilité faible des services ou produits qu’elles offrent. En effet, tout l'enjeu est de ne pas entrer en concurrence frontale avec des emplois existants, au risque évidemment de laminer les secteurs non subventionnés.

 

Il faudra donc cibler des emplois dont la rentabilité marchande n'est pas assurée, car "aucune concurrence déloyale n’est possible avec les produits existants, car ce serait en fin de compte une concurrence entre emplois" ! Ce pourrait même être un effet d'aubaine pour certaines entreprises ... La question sera alors de savoir comment se comporteront les entreprises conventionnées, lorsqu'un nouveau secteur prometteur se développera. Cela équivaut à se demander sous quelles conditions les entreprises privées accepteront de devenir partenaire du projet (cadre de la RSE, développement subventionné de nouvelles activités, etc.) et comment ne pas stigmatiser le chômeur.

 

Et afin de promouvoir le projet, recenser les personnes susceptibles d'en bénéficier, arbitrer les éventuels conflits de concurrence, etc., chaque territoire zéro chômage comportera un comité local de pilotage de l'expérimentation. Quoi qu'il en soit, il faudra un peu de temps avant de savoir si l'expérimentation est concluante.

 

Mais d'ores et déjà, malgré la qualité du projet, il faut garder à l'esprit qu'on vise 1 500 à 2 000 créations de postes dans cette première phase, où seuls l’État et les quelques collectivités volontaires citées ci-dessus abonderont le fonds (l'Unédic ne semble pas encore associer à ce stade de l'expérimentation). En outre, le bouclage du financement me semble un tantinet difficile à mettre en oeuvre, puisque les sources de financement sont très différentes, donc dépendantes de décideurs pas toujours enclins à dialoguer ensemble. Et après les 5 ans, le CDI s'arrête-t-il ? L'ancien chômeur devient-il un nouveau chômeur ?

 

En définitive, on ne peut que soutenir ce projet, car il part d'un constat juste, cherche à proposer de nouvelles solutions pour lutter contre le chômage et s'appuie sur une expérimentation qui viendra, ou non, en étayer la pertinence. Une chose est certaine : contre le chômage, tout n'a pas été essayé !

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 13:52

 

 

Après avoir analysé la rémunération des grands patrons, je consacrerai ce nouveau billet à mon passage sur le plateau de TV8. J'y évoquais la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition), la question de la monnaie unique et enfin les ressorts de la croissance actuelle.

 

Mon intervention, d'une durée de 13 minutes, est à voir gratuitement sur le site de TV8 en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur le site de TV8 ]

 

Pour mémoire, mon livre s'adresse à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 12:21

 

 

Dans la série rémunération astronomique des grands patrons, les épisodes su succèdent avec pour seule évolution le montant en millions d'euros. On est alors en droit de s'interroger sur le bien-fondé de tels montants au regard de la réalité économique vécue par l'immense majorité des salariés.

 

Les rémunérations des grands patrons en France

 

Commençons par fixer les idées en examinant le niveau (stratosphérique) des rémunérations des grands patrons en 2014 :

 

 

[ Source : Sud Ouest ]

 

Si on met ces montants en regard avec le SMIC, on obtient cette image à peine supportable :

 

 

[ Source : Capital ]

 

Comme le montre les chiffres, crise ou pas crise, la rémunération globale des patrons semble ne jamais s'ajuster à la situation économique réelle contrairement à celle des salariés qui se doit, d'après la vulgate néolibérale, d'être flexible pour permettre des gains de compétitivité. C'est qu'entre salaires fixes, avantages en tous genres, primes, actions gratuites (dont le régime fiscal a considérablement été assoupli par Macron...), stock-options et autres réjouissances, il devient plus facile de conserver le cap du million... Qui peut alors soutenir que les grands patrons sont rémunérés uniquement sur la base du risque et du talent plutôt que de la rente ?

 

 

[ Source : Capital ]

 

Les inégalités salariales

 

Commençons par rappeler la distribution des salaires en France afin de saisir le grave problème que ces inégalités formidables soulèvent :

 

 

Au niveau mondial, les écarts entre la rémunération moyenne des grands patrons et celle des salariés sont à un niveau difficilement explicable autrement que par la captation d'une rente :

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

Dans le concert d'incompréhension et de dénégation du problème (Carlos Ghosn pense ainsi être payé conformément à son talent et efforts, Tavares croit qu'il l'est en fonction des risques qu'il a pris et Franck Riboud affirme qu'il n'a rien demandé...), qui se souvient encore qu'à la fin du XIXe siècle, le célèbre banquier John Pierpont Morgan estimait qu'un écart de salaire maximum de 1 à 20 était raisonnable au sein d'une entreprise ? Henry Ford fixera quant à lui le ratio à 1 pour 40...

 

Les ratios actuels signifieraient-ils que les grands patrons ont tant besoin d'être rémunérés 1000 fois le salaire minimum ? Ou bien est-ce simplement la preuve qu'ils ont perdu toute forme de bon sens ? Lier la rémunération du patron à la création de valeur pour l'actionnaire (suivant la théorie de l'agence pour jargonner un peu) conduit depuis le tournant néolibéral des années 1980 à occulter les autres parties prenantes à la réussite de l'entreprise comme les salariés. Pire, cela ravale l'entreprise cotée en Bourse à une simple machine à cash pour actionnaires, souvent au détriment d'une vision de long terme !

 

De plus, l'idée de fixer la part variable de la rémunération du patron sur des indicateurs de productivité, pour intelligente qu'elle apparaisse, se révèle une ineptie si l'on garde à l'esprit que la productivité est liée à un ensemble de facteurs difficilement individualisables. Il s'agit donc d'une rente de productivité. Quant à l'argument d'un marché mondial du PDG qui fixerait selon une offre et une demande le niveau de rémunération d'équilibre, il est des plus fallacieux, puisque nombre de dirigeants doivent leur poste à l'État (qui fait encore l'ENA pour servir l'État ?) ou sont nommés à l'étranger en raison de leur carrière... à l'étranger !

 

Le pouvoir des actionnaires

 

Suite à la polémique liée au départ de Michel Combes, le patron d’Alcatel-Lucent qui devait initialement toucher près de 14 millions d'euros pour 10 000 emplois supprimés, le gouvernement évoquait la possibilité de plafonner légalement la rémunération des dirigeants d'entreprises privées comme c'est déjà le cas pour celles du public (450 000 euros brut par an).

 

Il est vrai que si l'on compte sur le code de bonne conduite de l'AFEP on risque fort d'attendre longtemps un changement de mentalité dans les comités de rémunération. Faut-il rappeler que dans le cas de Renault, le vote en AG de 54,12 % d'actionnaires contre la rémunération du PDG (qui touche par ailleurs aussi une rémunération faramineuse du groupe Nissan) a été littéralement piétiné par le comité qui, moins d'un quart d'heure après ce coup de semonce, a décidé de passer outre l'opinion exprimée par les actionnaires... en prenant appui sur le code de l'AFEP !

 

 

[ Source : Le Figaro ]

 

En effet, le vote des actionnaires n'est que consultatif en France, contrairement au Royaume-Uni où la lutte contre les fat cats (patrons gloutons) a débouché sur le say on pay qui donne le droit aux actionnaires de se prononcer de manière contraignante depuis 2013 (seulement !) sur la politique de rémunération tous les 3 ans et sur les indemnités de départ. Aux États-Unis le vote des actionnaires est comme en France consultatif pour les questions de rémunération du dirigeant, mais les comités ont plutôt une boule au ventre lorsqu'il s'agit de croiser le faire avec eux ! Ce qui n'a pas empêché le patron de BP de toucher ses 19,6 millions de dollars alors que l'entreprise est dans une marée noire après une perte de 6,5 milliards de dollars...

 

Il y a quelques jours, le gouvernement par le truchement d'Emmanuel Macron a ressorti des cartons la possibilité de légiférer pour plafonner la rémunération des dirigeants d'entreprises, après avoir mis en place des droits de vote doubles pour les actionnaires qui conservent leurs titres pendant au moins deux ans. Outre que cela risque fort d'être encore une fois une simple opération de communication politique, je m'attends à une temporisation du gouvernement français dans l'espoir que la directive européenne prévue en 2018 règle les problèmes (ou serve de bouc-émissaire).

 

Mais comment dire, le renforcement du pouvoir des actionnaires a déjà été brandi tant de fois à Bruxelles depuis 2014 notamment, que l'on se demande s'il n'y aurait pas un intérêt bien compris à se regarder en chiens de faïence puisque "pour que tout reste comme avant, il faut que tout change"... Pendant ce temps, les PME restent livrées à leur sort.

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 11:08

 

 

Dans ce précédent billet, je vous avais annoncé la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition). Sans aucun prérequis, ce livre vous offre la possibilité de comprendre le fonctionnement de l’économie en très peu de pages, mais avec de nombreux exemples ! En neuf chapitres, il vous guidera dans les méandres de l’économie et vous apprendra à en décrypter le jargon.

 

Pour en parler, j'ai été invité à l'émission Juste avant de zapper de Mirabelle TV. Mon intervention commence à la 44e minute environ et dure quelques minutes :

 

 

[ Cliquer sur l'image pour voir la vidéo sur Dailymotion ]

 

Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 11:06

 

 

Un précédent billet sur la destruction des emplois intermédiaires fut l'occasion d'expliquer pourquoi je ne crois pas un instant à une baisse durable du taux de chômage dans la zone euro, malgré l'optimisme béat qui suivit la publication des derniers chiffres en France. À moins que baisse du chômage ne rime avec ubériseration du monde du travail, c'est-à-dire la transformation des salariés en autoentrepreneurs, mis en concurrence sur un marché coté en continu de la fourniture de service... Dans ce cas, le taux de chômage baissera avec certitude, mais est-ce vraiment le signe d'une amélioration de la situation sociale de la zone euro ?

 

Aujourd'hui, je vais me concentrer sur la politique monétaire et essayer de vous expliquer pourquoi celle-ci n'a pas satisfait les espoirs placés en elle...

 

La politique monétaire dans la zone euro

 

Commençons par deux graphiques, l'un présentant le taux d'inflation des pays de la zone euro en septembre 2015, l'autre l'évolution du taux d'inflation depuis le début de la crise :

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

 

[ Source : Eurostat ]

 

Face à une situation d'inflation très faible, qui pourrait potentiellement déboucher sur une déflation, la BCE a pris des mesures fortes d'assouplissement de la politique monétaire dont j'avais parlé dans ce billet notamment. La plus médiatique fut l'annonce d'un quantitative easing de plus de 1 100 milliards d'euros, qui consiste à acheter des titres de dettes (ABS, covered bonds, dettes d'États et d'institutions européennes comme le FESF, le MES ou la BEI) sur le marché secondaire, entre mars 2015 et septembre 2016, pour un volume de 60 milliards d'euros par mois !  

 

La politique monétaire est inefficace dans la zone euro

 

Or, malgré l'injection de tombereaux de liquidités dans l'économie et des taux d'intérêt historiquement bas, à court et long terme, la reprise de la zone euro est poussive si ce n'est fragile.

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

 

[ Source : Banque de France ]

 

A bien y regarder, la faible croissance de la zone euro s'explique plus par une conjonction de facteurs favorables (baisse des prix du pétrole et dépréciation de l'euro due partiellement à la hausse du dollar) que par la politique monétaire. A preuve, on peut citer la faiblesse dramatique de l'investissement productif, qui pourtant aurait dû retrouver des couleurs avec cette politique monétaire expansionniste.

 

 

[ Source : Natixis ]

 

Pourquoi la politique monétaire semble inefficace ?

 

Plusieurs réponses peuvent être apportées à cette question :

 

 * le canal de transmission de la politique monétaire par le crédit bancaire ne fonctionne plus

 

En période "normale", les Banques centrales atteignent leurs objectifs grâce à des politiques monétaires conventionnelles basées essentiellement sur l'utilisation des taux directeurs. Le principal taux directeur est le taux d’intérêt auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la Banque centrale ; ainsi plus il est élevé plus les banques payent leurs ressources chères, et donc moins elles sont incitées à prêter.

 

Or, dans la zone euro, bien que le principal taux directeur soit déjà tangent à 0, le crédit ne redémarre que très peu. Cela tient aux taux d'endettement encore élevés des ménages et des entreprises de la zone euro, ainsi qu'aux bilans dégradés de certaines banques qui font face à la hausse des créances douteuses et litigieuses.

 

 * les liquidités créées par la BCE servent surtout à spéculer

 

Pour le dire autrement, l'argent injecté dans l'économie à la faveur de l'assouplissement quantitatif, a surtout inondé planète finance et très peu planète économie réelle. De plus, l'inflation reste désespérément faible et les taux d'intérêt réels ne peuvent devenir suffisamment faibles (négatifs) pour soutenir la demande.

 

 * les effets de richesse sont faibles dans la zone euro

 

Rappelons qu'on appelle effets de richesse les hausses de la consommation et des achats immobiliers liées à la très forte augmentation des cours boursiers et des prix de l'immobilier. Or, comme ce sont les plus riches qui détiennent du patrimoine susceptible de voir sa valorisation augmenter, il n'y a pas grand-chose à attendre du côté de la consommation puisque leur propension marginale à dépenser est faible.

 

 

En définitive, la politique monétaire s'avère inefficace et pourtant on parle de redoubler d'efforts dans cette voie, notamment en prolongeant le quantitative easing après 2016. Et si on pensait un peu à soutenir la demande en augmentant les salaires pour les moins riches ? Cela permettrait de relancer bien plus efficacement l'économie réelle, puisque leur propension marginale à consommer est la plus élevée et que cela déboucherait donc sur une reprise sérieuse de la consommation. Mais ça, c'est de la politique budgétaire et les institutions européennes n'en veulent plus au nom de l'équilibre budgétaire...

 

N.B : l'image de ce billet provient de cet article de la Tribune.

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 11:07

 

 

Aujoud'hui, je suis très heureux de vous annoncer la parution de mon nouveau livre Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition). Sans aucun prérequis, ce livre vous offre la possibilité de comprendre le fonctionnement de l’économie en très peu de pages, mais avec de nombreux exemples et schémas ! En neuf chapitres, il vous guidera dans les méandres de l’économie et vous apprendra à en décrypter le jargon. Et afin de faire de ce livre un outil pratique que l’on peut consulter lorsque l’on cherche un point précis, vous y trouverez également un index des principaux termes employés et un glossaire.

 

Cette deuxième édition fut l’occasion de reprendre entièrement le texte et de réécrire certains chapitres, pour les rendre encore plus abordables et tenir compte des développements les plus récents sur ces questions. Des schémas simples ont également été ajoutés pour permettre au lecteur de mieux comprendre les mécanismes économiques les plus complexes. Au reste, trois nouveaux chapitres ont fait leur entrée : dépense et dette publiques, la mondialisation, la crise. C’est donc une édition entièrement revue, remaniée et augmentée que vous aurez entre les mains.


Vous serez ensuite capable de comprendre l’actualité économique et de répondre, notamment, aux questions suivantes :


• La mondialisation est-elle un risque ou une chance ?


• À quoi servent les banques et les marchés financiers ?


• La dette publique menace-t-elle l’Union européenne de faillite ?


• Qui crée la monnaie et sous quelles formes ?


• La déflation est-elle plus dangereuse que l’inflation ?


• Pourquoi l’économie est-elle en crise ?


• La croissance peut-elle résoudre tous les problèmes économiques ?

 

Ce livre s'adresse donc à toutes les personnes qui souhaitent comprendre l'économie et peut être acheté dans toutes les bonnes librairies, même celles en ligne (dont voici quelques liens) :


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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 13:59

 

 

L'Université Populaire de Sarreguemines Confluences (UPSC), qui accueille depuis de nombreuses années ma cafet'éco, organise ce samedi 23 avril à 14h une table ronde sur le thème du don, à laquelle j'ai été invité à apporter mon regard d'économiste critique (et atterré). Ce sera l'occasion de croiser les points de vue des quatre intervenants pendant une heure, avant de céder la parole au public pour un échange.

 

 

Cette table ronde se déroulera à l'amphithéâtre GACO de l'IUT de Moselle-Est, situé 7 rue Alexandre Geiger à Sarreguemines. L'entrée est libre, mais pour des raisons d'organisation il est préférable de réserver au secrétariat de l'UPSC par téléphone (03 87 09 39 81) ou par courriel (upsc@wanadoo.fr). Venez nombreux !

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 19:51

 

 

L'onde de choc des "panama papers" a fait beaucoup de dégâts dans les opinions publiques, à tel point qu'elle aura conduit à la démission ou à la mise en difficulté de plusieurs responsables politiques. Ces révélations laissent le sentiment désagréable que l'évasion fiscale, loin d'être l'exception, est désormais un phénomène courant... pour une infime minorité de la population !

 

Et à entendre les arguments développés par ceux qui ont été pris les doigts dans le pot de confiture, il semblerait qu'ils ne perçoivent même plus en quoi ces montages financiers sont néfastes pour l'État... Pire, certains vont jusqu'à s'interroger publiquement sur les raisons de cette pêche aux capitaux, car là où la majorité voit une trahison du pacte social une minorité ne perçoit qu'un petit péché de capitaux... Mais ce dernier est mortel pour la démocratie, en ce qu'il conduit à déliter le consentement à l'impôt et augmente la charge fiscale de ceux qui ne peuvent s’y soustraire.

 

C'est dans ce contexte, que l'association ATTAC Moselle et ses partenaires Basta et Les amis du Monde diplomatique m'ont invité à venir m'exprimer sur l'évasion fiscale dans le cadre d'une conférence-débat grand public, jeudi 21 avril à 19h30 au Grand grenier des Récollets à Metz. Entrée libre et gratuite, venez nombreux !

 

 

Ainsi, cette conférence-débat sera l'occasion d'aborder les paradis fiscaux, de présenter quelques montages d'optimisation fiscale utilisés par les multinationales, de donner quelques chiffres, de faire un état des lieux des moyens d'action actuels et enfin d'analyser ce qu'il est possible de faire pour éradiquer l'évasion fiscale.

 

A l'issue de cette soirée, je dédicacerai mes deux derniers livres parus aux éditions Ellipses, Les grands mécanismes de l'économie en clair (2e édition) et Mieux comprendre l'économie : 50 idées reçues déchiffrées.

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