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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 10:51

pret_banque.jpg

 

Avis de gros temps sur planète banque ces derniers temps. Petit florilège des pluies, orages, tornades et tsunamis qui ont déferlé sur le monde bancaire :

 

* un rapport du Sénat américain pointe des failles graves dans le système antiblanchiment de HSBC aux États-Unis. Sa filiale HBUS aurait un peu trop fricoté avec le Mexique, à tel point que les parlementaires américains évoquent de possibles opérations de blanchiment de fonds des cartels de la drogue mexicains. Agissant probablement dans une volonté de concorde incomprise par les régulateurs, HSBC aurait également aidé des banques iraniennes à contourner les sanctions économiques qui frappent l'Iran, tout en jouant les intermédiaires dans de nébuleuses affaires russo-japonaises. Pour compléter le tableau, la banque a aussi également entretenu des relations financières avec des institutions bancaires soupçonnées de financer les groupes terroristes...

 

* fin juin, JPMorgan avait annoncé une perte de 2 milliards de dollars sur des produits dérivés. Un trader français, Bruno Iksil surnommé "la baleine de Londres", venait de connaître la gloire de faire partie du cercle de moins en moins restreint des destructeurs systémiques. Le PDG de la banque, Jamie Dimon, qui avait dans un premier temps présenté ces pertes comme une simple mauvaise stratégie, a dû se raviser et admettre que les pertes dépassaient déjà les 4 milliards de dollars d'autant que les experts estiment que l'on pourrait s'acheminer vers 7 à 9 milliards de pertes au final !  Mais qui a vraiment compris que la banque avait utilisé une des exceptions prévues par la loi Volcker, qui interdit pourtant le trading sur fonds propres ? Lobbying quand tu nous tiens...

 

Et pourtant, il ne s'est trouvé que l'ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, pour lancer une pétition contre le maintien du siège de Jamie Dimon à l'une des instances de la FED (oui vous avez bien lu : le PDG de JPMorgan siège quelque part au sein de la Banque centrale des États-Unis !).  Mais n'oublions pas que l'histoire de JPMorgan est émaillée de petits gros péchés mortels, depuis la période des barons voleurs jusqu'au soutien discret au Reich allemand...

 

* Toujours au mois de juin, la banque Barclays avait reconnu avoir falsifié le taux LIBOR d'une part pour engranger des profits (ah bon ?), d'autre part pour cacher la misère de ses comptes après la crise de 2008. Est-ce très vilain ? Si peu, puisque le marché des contrats de dette indexés sur le LIBOR atteint seulement 450 000 milliards de dollars...Cela en fait donc le plus grand scandale financier de tous les temps, qui verra certainement de nombreuses banques mises en cause ainsi que des régulateurs trop complaisants !

 

Il existe pourtant une manière simple d'éviter ce genre de séisme financier : comparer au jour le jour le taux moyen réel pratiqué sur les  transactions et le taux déclaré. J'ai peut-être oublié de préciser que le LIBOR (London Interbank Offered Rate) est le taux auquel les banques se prêtent de l'argent entre elles sans garantie (pour une devise et une maturité concernée bien entendu), mais qu'il est calculé sur la base des déclarations de taux faites par plusieurs grandes banques sans aucune vérification. Je me souviens d'un étudiant qui m'avait un jour demandé pourquoi on faisait confiance aux banques pour calculer le taux LIBOR. Ma réponse fit rire tout l'amphithéâtre : "il est vrai que banquier rime avec honnêteté" !

 

* Le directeur général du courtier américain Peregrine Financial Group (PFGBest) vient d'avouer avoir fraudé depuis plus de 20 ans en créant et usant de faux relevés de banques, ce qui lui a permis de détourner plusieurs millions de dollars des comptes de ses clients (juste 200 millions d'après la Commodity Futures Trading Commission...). Ai-je oublié de dire qu'il avait fait ses aveux avant de chercher à se suicider en s'asphyxiant avec les gaz d'échappement de sa voiture ? Le monde de la finance est assurément devenu irrespirable...

 

* Le coutier américain MF Global, dirigé alors par Jon Corzine ancien coprésident de Goldman Sachs, ancien Sénateur et ancien Gouverneur du New Jersey (rien que ça), avait maquillé un trou de 633 millions de dollars... qui appartenaient à ses clients. En somme, MF Global avait utilisé les fonds de ses clients pour renflouer ses pertes ! Résultat des courses : MF Global, qui gérait 41 milliards de dollars d'actifs, a été la huitième plus grosse faillite que les États-Unis aient connue depuis 1980 et aucun régulateur n'a vu le tsunami arrivé...

 

* Il y a quelques semaines Raj Rajaratnam, fondateur du fonds d'investissement américain Galleon, a été reconnu coupable d'un délit d'initié qui lui aurait rapporté au bas mot 45 millions de dollars. Il avait bâti un réseau très développé de personnes (dont des cadres supérieurs de McKinsey & Co et de Goldman Sachs) qui lui fournissaient des informations  confidentielles sur de nombreuses entreprises. Il purge depuis une peine de prison de 11 ans. Précision : l'homme était déjà milliardaire et avait donc grandement besoin de ces 45 millions d'euros pour vivre, pardon je voulais dire ces 41 000 SMIC...

 

* Alors que Dexia n'est plus qu'une banque zombie qui met les collectivités locales en situation de crise après leur avoir coupé le robinet à liquidités, et que le Crédit immobilier de France (CIF) se meurt en silence, la Banque postale est appelée par l'État français pour sauver ces institutions. Qui a dit que la Poste ne savait pas diversifier ses risques ?

 

Ceci n'est qu'un modeste échantillon des tourmentes bancaires, car les banques espagnoles mériteraient à elles seules un billet complet, même si j'ai déjà souvent écrit sur l'Espagne notamment dans ce billet. Et cela sans compter sur les prochaines affaires de la haute finance qui ne manqueront pas d'avoir lieu dans les mois à venir !

 

 

En définitive, il n'y a point de salut à attendre de la prétendue re-régulation financière (Dodd-Frank, Volcker,...). D'une part parce qu'un intense lobbying a vidé ces lois de leur substance, d'autre part parce qu'avant même d'être votées elles sont déjà contournées par le biais d'innovations financières parfois subventionnées par les États eux-mêmes (pensez au crédit impôt recherche en France) ! Mais surtout, les efforts actuels de régulation n'ont pas pour finalité d'éviter une crise (la prochaine donc ?), mais tout au plus d'empêcher que ses effets ne soient trop violents. Et au final, rien n'est fait pour briser les rapports consanguins entre la finance et la politique...

 

L'argent public va-t-il donc continuer à sauver les banques sans aucune contrepartie des actionnaires et créanciers de ces établissements ?

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://aucoinducomptoir.wordpress.com

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 10:42

 

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Voilà bientôt 5 ans qu'au travers de mes conférences, cafés économiques, interventions dans les médias, articles et livres, j'explique la nature de la crise que nous connaissons et les moyens d'y faire face. Nous sommes au reste nombreux à le faire, les économistes atterrés en étant à leur 3e livre si je ne m'abuse. Or, force est de constater que le bon diagnostic n'a toujours pas été posé par certains politiques - de gauche comme de droite du reste -, soit qu'ils campent sur une explication qui les arrange politiquement soit qu'ils n'y comprennent rien... Souvenez-vous ainsi de cette intervention :

 

 

ou encore de celle-ci :

 

 

Dans les deux cas la crise est présentée comme étant la résultante d'un endettement excessif des États et des administrations publiques. Alors que Nicolas Sarkozy parlait de rembourser la dette publique (1 700 milliards d'euros, sic !), Christine Lagarde se réjouissait en 2010 de la création prochaine d'un nouveau pacte européen de rigueur budgétaire, dont les prescriptions de rigueur envoient un à un les États européens au tapis : Grèce, Portugal, Espagne, Irlande,...

 

Pourtant l'aveuglement se poursuit avec le traité européen TSCG auquel j'avais consacré tout un billet. J'y expliquais notamment qu'il s'agissait d'un accord intergouvernemental - imposé par la France et l'Allemagne -, engageant les 17 États-membres de la zone euro et quelques volontaires kamikazes à renforcer la discipline budgétaire au sein de la zone euro avec pour objectif d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux. Bref, toujours ce constat dogmatique du surendettement des États...

Mais quelle est donc la vraie nature de la crise au sein de la zone euro ?

La réponse se trouve sur les deux graphiques ci-dessous :

DE1.jpg
[ Source : Natixis, flash économie n°366 ]

DE2.jpg
[ Source : Natixis, flash économie n°366 ]

 

Il s'agit donc d'une crise de la balance des paiements ! Pour mémoire, la balance des paiements retrace sous une forme comptable l'ensemble des flux d'actifs réels, financiers et monétaires entres les résidents d'une économie et les non-résidents au cours d'une période déterminée. L'Espagne, l'Italie, la Grèce et les autres pays en difficulté ont un déficit extérieur structurel (c'est-à-dire une balance courante structurellement déficitaire) qui les oblige à s'endetter sans cesse à l'étranger. Or, cette dette extérieure est devenue excessive au point de rebuter les prêteurs non-résidents à continuer de prêter. Ces pays n'arrivent par conséquent plus à financer leur déficit extérieur et renouveler leur dette extérieure.

 

Comme ces pays font partie de la zone euro, leurs difficultés extérieures ne se traduisent plus par des variations de taux de change... mais par des taux d'intérêts très élevés (cliquez sur l'image pour l'agrandir) !

taux-d_interet.jpg
[ Source : Monde diplomatique ]

 

Et lorsqu'un pays n'arrive plus à financer son déficit extérieur en raison de taux d'intérêt stratosphériques, il ne lui reste plus qu'à faire appel à court terme aux prêteurs publics : FMI, troïka, FESF, MES bientôt,... Il est évident que cette situation est intenable à long terme puisque les institutions publiques ne peuvent prêter sans cesse des fonds à un pays.

 

Quelles sont les solutions pour arrêter cette crise ?

 

Il n'existe que deux possibilités à ce stade :

 

* créer une Union européenne fédérale où les déficits extérieurs sont compensés par des flux de revenus en provenance des pays excédentaires.

 

* faire disparaître le déficit extérieur si personne n'est prêt à prêter des fonds aux pays en difficulté

 

La première solution relevant actuellement plus du fantasme que de la réalité prochaine, les pays cherchent essentiellement à faire disparaître leur déficit extérieur comme l'a fait l'Irlande en 2010. Rappelons que la balance courante résulte principalement de la balance commerciale (solde entre la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés), de la balance des services, et des échanges de revenus (rapatriement de l'épargne des travailleurs immigrés, revenus reçus sur les actifs détenus à l’étranger, paiements d’intérêts sur la dette extérieure,…).

 

Comme il est très difficile d'avoir une emprise à court terme sur les échanges de revenus, les gouvernements concentrent leurs efforts sur l'amélioration de la balance des biens et services afin de faire disparaître le déficit courant. Or, comment améliorer les exportations - c'est-à-dire la compétitivité extérieure d'un pays - lorsque l'industrie des produits exportables est de petite taille comme c'est le cas en Grèce ou en Espagne ?

 

Les gouvernements se rabattent dès lors sur une réduction des importations pour faire disparaître le déficit courant. Les importations étant liées positivement aux revenus, ces politiques d'ajustement réel consistent à réduire les coûts salariaux et la demande intérieure. Dans le jargon économique, on dit qu'ils cherchent à réduire la demande intérieure au niveau de la capacité de production. Or, ces politiques économiques de rigueur conduisent à une forte hausse du chômage mais aussi à une baisse de la production et de la demande intérieure, ce qui aggrave encore plus le déficit budgétaire et réduit le pouvoir d'achat des ménages !

 

En définitive, si la zone euro ne développe pas un véritable fédéralisme pour compenser les écarts de compétitivité, les pays en difficulté ne pourront bientôt plus supporter politiquement, socialement et économiquement ces politiques de rigueur et devront dès lors envisager de quitter l'union monétaire avec toutes les conséquences désastreuses que l'on peut imaginer ! Mais pour cela, il faudrait d'abord que les dirigeants politiques ouvrent les yeux sur la nature exacte de la crise de la zone euro !

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 10:33

 

Europe-Austerity-.jpg

Il y a quelques jours, j'avais expliqué dans un billet comment les dirigeants politiques de l'Union européenne s'obstinaient à mettre en place une austérité généralisée, seule à même de sauver la construction européenne selon eux. Cela devait déboucher sur le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, dit Pacte budgétaire), afin de renforcer notamment la discipline budgétaire au sein de la zone euro avec pour objectif d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux.

 

En fait de stabilité, ce traité est surtout le moyen de graver la rigueur budgétaire, et ce faisant le programme néolibéral, dans les piliers de l'Union européenne. En effet, le déficit structurel ne devra ainsi plus dépasser 0,5 % du PIB, objectif dorénavant gravé dans la Constitution des États, et en cas de manquement, la Cour de justice de l'Union européenne sera autorisée à prendre des sanctions pouvant atteindre 0,1 % du PIB.

 

Or, force est de constater que l'austérité généralisée que l'on impose à la zone euro depuis quelques mois conduit désormais à une nouvelle récession voire une dépression : hausse continue du chômage de la zone (11,1 % en mai 2012, corrigé des variations saisonnières, contre 10 % en mai 2011), l'indice PMI Markit est à son plus bas niveau en Europe depuis juin 2009 (toujours en-dessous des 50, ce qui signifie que l'activité se contracte), signe de contraction du commerce mondial (indicateur avancé de la croissance mondiale), resserrement du crédit, etc. Bref, la grande saignée économique vient de commencer !

 

Lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé sa volonté de renégocier le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) pour y ajouter des dispositions relatives à la croissance : injection de 120 à 130 milliards d'euros pour relancer l'activité économique en Europe avec 60 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement, 55 milliards de fonds structurels et environ 5 à 10 milliards de project bonds, des emprunts communs lancés par plusieurs États européens pour financer de grands chantiers privés.

 

Cette renégociation devait avoir lieu lors du sommet européen des 28 et 29 juin 2012. Résultat de ce sommet-de-la-dernière-chance tant salué par les médias ? Certes les propositions de "croissance" ont été retenues dans le communiqué final, mais de renégociation du traité il n'a point été question ! Hollande a même annoncé qu'il soumettrait le TSCG à la ratification du Parlement très vite, oubliant ainsi ses promesses de référendum...

 

Mais en regardant de plus près, on s'aperçoit également que sur les 120 milliards d'euros, une partie correspond à des fonds structurels déjà programmés. Et qui peut croire que ces fonds alloués sur 4 ans à la "croissance" peuvent réellement compenser les 240 milliards que coûtent chaque année les plans d'austérité dans la zone euro ? Au reste, une impulsion d'à peine 1 % du PIB européen ne suffira sans aucun doute pas à avoir un impact macroéconomique déterminant. En définitive, et contrairement à ce que l'on peut croire, c'est l'Allemagne qui a gagné son bras de fer avec la France puisque nous sommes restés dans les mêmes schémas qu'en 2010 : l'embryon de fédéralisme qu'on nous vend dans les médias ne correspond en fait qu'à un fédéralisme de façade où tous les États signataires du TSCG restent sous la coupe réglée d'une loi d'or d'équilibre des budgets !

 

En dehors des questions de croissance, sur quoi a débouché ce sommet européen ? Précisons d'ores et déjà à ceux qui espéraient la résolution de la crise qu'on en est loin tant les détails à régler restent nombreux. Mais surtout, il n'y a aucune remise en cause des politiques budgétaires néolibérales contenues dans le TSCG. Pour le dire autrement, après avoir privé les États de la politique monétaire ce nouveau traité les prive désormais de la politique budgétaire !

 

La seule avancée notable est la volonté de créer une union bancaire, premier pas vers plus d'intégration européenne, à défaut de s'entendre sur une union politique digne de ce nom. L'idée, louable dans le principe, consiste dans l'absolu à réguler les banques au niveau européen, à créer une institution pour gérer le fonds d'aide aux banques en difficulté, et enfin à proposer une garantie européenne des dépôts. Le futur mécanisme d'aide aux États européens en difficulté, le MES, pourrait alors recapitaliser directement les banques sans transiter par les États comme aujourd'hui. Sauf qu'en pratique, le communiqué final du sommet européen, s'il fait la part belle à la BCE pour les questions de supervisions bancaires, reste muet sur les autres points. De plus, je crains que le dispositif final ne soit très limité notamment par les freins mis par certains pays comme le Royaume-Uni...

 

Mais les grands gagnants de ce sommet sont indubitablement l'Espagne et l'Italie. Le premier verra ses banques recapitalisées par le FESF, sans alourdir sa dette publique, et sans seniorité (dans le jargon financier, cela signifie que contrairement à la Grèce, les dettes à l'égard du FESF ne sont pas prioritaires en regard de celle sur le secteur privé, ce qui rassure les investisseurs privés). Le second profitera surtout du fait que les fonds de secours seront autorisés, sous conditions, à acheter de la dette publique sur les marchés, sans que le pays concerné soit placé sous la tutelle de la troïka.

 

Encore faut-il que ces mesures soient votées à l'unanimité par les membres de la zone euro, ce qui est loin d'être assuré car la Finlande vient de manifester son opposition "aux futurs projets d'achats d'obligations par le MES sur le marché secondaire"

 

 

En définitive, ce sommet aura permis des avancées mais reste à nouveau enfermé dans le carcan mortifère du Merkozy. Les dispositions relatives à la croissance (appelées un peu vite Pacte de croissance) ne ressemblent d'ores et déjà plus qu'à un cautère sur une jambe de bois, puisque qu'il n'y a aucune remise en cause des politiques néolibérales prônées par le TSCG !

édéralisme de façade » puisqu'il est décidé ex-ante que « tout le monde doit être à l'équilibre budgétaire ».

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 10:44

 

SMIC.jpg

 

Le gouvernement vient d'annoncer une hausse du SMIC de 2 %, soit 21,50 euros net par mois. Et c'est peu dire que le ministre de l'économie était pris en étau entre le marteau des promesses électorales et l'enclume de la réalité économique. Voyons ça dans le détail...

 

Qu'est-ce que le SMIC et qui le perçoit ?

 

Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) est le salaire horaire minimum légal en France métropolitaine ainsi que dans les départements d'outre-mer et dans la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon. Institué en 1970, il remplace le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) qui datait de 1950. A noter qu'il exista également un SMAG (salaire minimum agricole garanti) bien moins généreux que le SMIG, mais en 1968 décision fut prise d'aligner le SMAG sur le SMIG.

 

En 1950, le SMIG concernait 16 % des travailleurs, alors qu'en 2011 le SMIC concernait environ 10 % des salariés, c'est-à-dire près de 2,5 millions de salariés (cliquer pour agrandir) :

 

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[ Source : INSEE ]

 

Il faut néanmoins remarquer que le SMIC est un minimum horaire, ce qui signifie qu'un salarié à temps partiel payé au SMIC ne touchera donc pas forcément un salaire suffisant pour vivre... et peut facilement se retrouvait sous le seuil de pauvreté monétaire fixé à 949 euros par mois pour un célibataire. En outre, il existe encore des grilles de salaires dans certaines branches qui démarrent sous le SMIC, bien que cela soit en voie de résorption... Enfin, il existe de nombreuses exceptions comme dans le cas des contrats d'apprentissage, de professionnalisation, des stages, etc.

 

Comment est revalorisé le SMIC ?

 

A la différence du SMIG qui était revalorisé chaque année sur la base de l'inflation, le SMIC était revalorisé historiquement au 1er juillet de chaque année en fonction de l'évolution de l'indice des prix à la consommation pour les "ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, hors tabac", à laquelle on ajoute la moitié de la croissance du pouvoir d'achat du salaire (mesuré par le salaire horaire de base ouvrier (SHBO). Enfin, le gouvernement peut aussi ajouter "un coup de pouce" à ces augmentations... La finalité du SMIC est donc de réduire l'écart avec le salaire moyen des salariés français.

 

Depuis 2010, une hausse minimale du SMIC s'applique au 1er janvier, et non plus au 1er juillet. Mais quand l'inflation progresse de plus de 2 %, le SMIC est revalorisé immédiatement dans la même proportion.

 

Quelles ont été les hausses du SMIC depuis 2006 ?

 

smic-copie.jpg

 

[ Source : Ouest France ]

 

Au 1er juillet 2012, le SMIC horaire vaudra ainsi 9,40 euros brut, soit 1425,67 euros mensuels pour 35 heures hebdomaires (un mois correspond donc à 151,67 heures). Les différentes valeurs du SMIC sont consultables dans ce tableau de l'INSEE, dont voici un extrait (cliquer pour agrandir) :

 

SMIC-INSEE.jpg

[ Source : INSEE ]

 

Pour ou contre une revalorisation du SMIC ?

 

Tout d'abord il y a eu Ségolène Royal qui évoquait un SMIC à 1 500 euros brut par mois lors de la campagne présidentielle de 2007 :

 

 

Puis Jean-Luc Mélenchon passa encore un cran au-dessus avec une promesse, lors des élections 2012, de porter le SMIC à 1700 euros brut par mois :

 

 

Les hausses de SMIC opposent les économistes quant aux impacts qu'elles ont sur l'emploi et le chômage. C'est pourquoi, la loi du 3 décembre 2008 a créé une "Commission consultative d’experts chargée de remettre chaque année à la Commission nationale de la négociation collective (CNNC) et au gouvernement un rapport sur les évolutions souhaitables du SMIC".

 

Or, l'ensemble des membres de cette commission (Paul Champsaur, Gilbert Cette, Martine Durand, Francis Kramarz, Etienne Wasmer) se sont déclarés contre un coup de pouce au SMIC. Selon eux, cela augmenterait le coût du travail, notamment pour les PME et les TPE où 24 % de leurs salariés sont rémunérés au SMIC. Conjuguée à des marges parfois très faibles, cette hausse du SMIC conduirait les entreprises à freiner les embauches. Il y aurait également un tassement des rémunérations salariales au niveau du SMIC. En outre, Francis Kramarz estime qu'une hausse du salaire minimum de 2 % entraînerait la destruction de 30 000 à 50 000 emplois payés au SMIC. Enfin, leur argumentation se termine par le coût d'une telle mesure sur les finances publiques : par le jeu des allégements de charges patronales sur les bas salaires dont bénéficient les entreprises depuis 1993, une hausse du SMIC entraînerait donc une hausse de la compensation fournie par l’État estimée entre 1,5 et 2 milliards d'euros.

 

Certains de ces arguments sont pertinents, d'autant que cette commission propose plutôt de revaloriser le RSA activité pour sortir un plus grand nombre de personnes de la pauvreté. Mais l'argument de la compétitivité des entreprises est à nuancer, puisque la grande majorité des salariés au SMIC travaillent dans des secteurs protégés de la concurrence internationale : restauration, BTP, service à la personne, distribution,... De plus, le surplus de pouvoir d'achat offert par une revalorisation du SMIC permet l'enclenchement d'une dynamique keynésienne par l'effet multiplicateur.

 

En définitive, la question des effets d'une hausse du SMIC sur l'emploi est loin d'être tranchée par la théorie économique. Mais comme la question est devenue éminemment politique depuis quelques semaines, la commission a bien fait de s'abstenir de se réunir. Quoi qu'il en soit, il faut s'attendre à ce que la prochaine hausse en janvier 2013 soit minime, eu égard à la revalorisation de juillet. Comment réagiront alors ceux qui avaient mis tant d'espoir dans la hausse du SMIC ?


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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 12:40

 

euro-casse.jpg

 

Les dirigeants politiques de l'Union européenne s'obstinent à mettre en place une austérité généralisée, seule à même de sauver la construction européenne selon eux. Dit autrement, la grande saignée débouchera sur un renouveau de l'Europe car les citoyens retrouveront confiance dans cette Union européenne désendettée et mise au pas par les traités.

 

Malheureusement, tout ceci relève de la fable et le nouveau Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, dit Pacte budgétaire) s'annonce déjà comme un instrument qui portera l'estocade à la zone euro... J'en avais rendu compte dans ce billet où j'expliquais qu'il s'agirait d'un accord intergouvernemental - imposé par la France et l'Allemagne - engageant les 17 États-membres de la zone euro et quelques volontaires kamikazes.

 

Il s'agit encore une fois du mauvais diagnostic (dette publique, quand tu nous tiens...), ce qui nous conduira toujours plus loin dans les mauvais remèdes et donc vers le précipice ! Pourtant, même le célèbre fossoyeur de la livre sterling, George Soros, ne cesse de répéter comme dans cet article paru dans Le Monde que "la politique des dirigeants actuels mène à un désastre. L'euro menace de détruire l'Union européenne et avec les meilleures intentions, les dirigeants sont en train de mener l'Europe à sa perte en essayant de préserver et d'imposer des règles inappropriées".

 

Qu'est-ce que le TSCG ?

 

Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), également appelé pacte budgétaire européen, doit permettre de préserver la stabilité de la zone euro. Signé le 2 mars 2012 par les chefs d'État et de gouvernement, il entrera en vigueur le 1er janvier 2013 si au moins 12 membres de la zone euro le ratifient. Il fait suite au précédent sommet-européen-de-la-dernière-chance qui avait débouché en novembre 2011 sur un Pacte de stabilité et de croissance renforcé comprenant 6 actes législatifs, le "six-pack", qui prévoit un contrôle très rigoureux des budgets nationaux et des sanctions automatiques en cas de non respect des engagements.

 

Concrètement, le TSCG doit renforcer la discipline budgétaire au sein de la zone euro avec pour objectif d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux. Pour y parvenir, le traité prévoit l'instauration d'une règle d'or budgétaire dans chaque État : le déficit structurel (dont la mesure est très difficile) ne devra ainsi pas dépasser 0,5 % du PIB, objectif dorénavant gravé dans la Constitution ! En cas de manquement, la Cour de justice de l'Union européenne sera autorisée à prendre des sanctions pouvant atteindre 0,1 % du PIB.

 

Le TSCG prévoit également une coordination et une convergence des politiques économiques qui passera par l'obligation faite aux États de "communiquer leurs plans nationaux d'émissions de dette publique et de s'assurer que les grandes réformes économiques qu'ils envisagent d'entreprendre soient débattues au préalable et, au besoin, coordonnées". C'est tout simplement une perte de souveraineté mais sans volonté de créer un véritable fédéralisme européen.

 

Quels sont les pays qui ont déjà ratifié le TSCG à ce jour ?

 

Au mois de juin 2012, les signataires sont la Grèce, le Portugal, la Slovénie, la Suède, le Danemark, la Lettonie, la Roumanie, et très récemment l'Irlande par voie référendaire. Cliquez sur la carte ci-dessous pour l'agrandir :

 

TSCG.jpg

 

[ Source : www.touteleurope.eu ]

 

Quelle est la position française ?

 

Lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé sa volonté de renégocier le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) pour y ajouter des dispositions relatives à la croissance. Mais cela soulève plus de questions qu'il n'y paraît. Tout d'abord, quelles mesures le nouveau Président français envisage-t-il ?

 

D'après les indiscrétions relayées par les médias, François Hollande envisagerait l'injection de 120 milliards d'euros pour relancer l'activité économique en Europe : 60 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement, 55 milliards de fonds structurels et environ 5 à 10 milliards de project bonds, des emprunts communs lancés par plusieurs États européens pour financer de grands chantiers privés. Ces propositions, contenues dans un document subtilement appelé "Pacte pour la croissance en Europe", devraient servir de base de travail lors du sommet européen des 28 et 29 juin. Présentation en image avec la vidéo ci-dessous :

 

project-bonds.jpg

Que peut-on espérer d'une modification du TSCG ?

 

Très honnêtement pas grand chose, d'autant qu'Angela Merkel est contre toute modification substantielle (et donc utile) de ce traité. Le pire est certainement que la croissance pensée par les technocrates européens ne répond ni aux impératifs sociaux ni aux impératifs écologiques. A Bruxelles on continue à penser la croissance en termes monétaires, sans réflexion sur les inégalités, l'épuisement des ressources naturelles, la précarisation de l'emploi, etc.

 

Quant aux projets soutenus par les project bonds de François Hollande, que pèseront-ils face à l'énorme récession qui fera suite à l'austérité généralisée que l'Union européenne est en train d'installer ? Et comment réagiront les marchés financiers qui restent toujours maîtres de la situation, les emprunts se faisant auprès d'eux ? Quant aux questions de légitimité démocratique, tout reste à faire...

 

En définitive, en fait de refonder la zone euro, ce traité aboutira à la mise à mort de la construction européenne, puisque ce seront bientôt tous les États membres de la zone euro qui connaîtront les mêmes difficultés. La grande saignée économique vient de commencer !


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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 12:28

A6-kine-club-juin---Copie.jpg

 

En raison du contexte économique actuel, le cinéma Méga Kiné de Freyming-Merlebach a eu l'idée de monter une soirée spéciale "finance". Ainsi, ce vendredi 15 juin, elle débutera par la projection du film Margin Call à 19h45 :

 

Margin-call.jpg

 

Puis j'animerai un petit débat vers 21h45 sur les banques, la finance et plus généralement l'économie (en France mais aussi dans le monde), afin de répondre aux très nombreuses questions que le film ne manquera pas de susciter.

 

Le Républicain Lorrain a consacré un second article à l'événement :

 

RL 12 juin 2012

 

[ Cliquer sur l'article pour l'agrandir ]

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:50

 

Affiche Margin Call

 

Dans un précédent billet j'avais expliqué comment l'Espagne, bon élève de la zone euro avant la crise, avait pu sombrer. Or, même si les médias parlent beaucoup de la Grèce, notamment suite aux retraits massifs d'argent aux guichets bancaires, on oublie un peu vite que l'Espagne pèse bien plus lourd en termes économiques que la Grèce : 12 % du PIB de la zone euro pour l'Espagne contre à peine 3 % pour la Grèce...

 

D'où les craintes qui pèsent actuellement sur le système bancaire espagnol, miné par des créances douteuses sur l'immobilier. Le FMI vient au reste de publier un rapport très attendu qui estime à au moins 40 milliards d'euros le capital supplémentaire qu'il faudra injecter dans les banques espagnoles pour leur éviter une déconfiture en cas de crise. Mais cette estimation doit être prise avec prudence, car la recapitalisation du système bancaire espagnol atteindra probablement le double à mon avis. Il suffit en effet, de remarquer que les   stress tests que le FMI a fait subir aux banques font l'impasse sur certains risques comme la restructuration ou les pertes sur prêts.

 

Mes lecteurs savent pertinemment ce que je pense des "comfort tests", pour reprendre l'expression du Wall Street Journal qui menait en 2010 une fronde contre les tests menés par le Comité européen des superviseurs bancaires (CEBS). En effet, il est très facile de ne tester que certains risques plutôt que d'autres et de faire l'impasse sur certaines subtilités financières (trading books vs banking books, voir mon billet de blog pour plus d'explications).

 

Rien d'étonnant donc qu'à la suite des stress tests menés en 2010 avec une mauvaise méthodologie, que les banques irlandaises avaient réussi haut la main, on ait assisté à l'effondrement quelques semaines plus tard du système bancaire irlandais, nécessitant une recapitalisation massive de la part de l'État... Ces tests de résistance ne permettaient tout simplement pas de conclure quoi que ce soit ! Je ne peux donc qu'être abasourdi lorsque je lis et entends ces appels à recapitaliser substantiellement les banques européennes, comme si cela pouvait suffire à les sauver d'une crise inévitable lorsque le bilan est massivement grevé par des créances douteuses et litigieuses... et que les pratiques spéculatives n'ont pas changé pour certaines ! 

 

C'est dans ce contexte très particulier que le cinéma Méga Kiné de Freyming-Merlebach m'a proposé de monter une soirée spéciale "finance". Ainsi, vendredi 15 juin, elle débutera par la projection du film Margin Call à 19h45 :

 

Margin-call.jpg

 

Puis j'animerai un petit débat vers 21h45 sur les banques et la finance (en France mais aussi dans le monde) afin de répondre aux très nombreuses questions que le film ne manquera pas de susciter. Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation de la soirée :

 

Affiche-Margin-Call.jpg

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Le Républicain Lorrain vient également d'annoncer dans ses colonnes l'événement :

 

RL-9-juin-2012.jpg

 

[ Cliquer sur l'article pour l'agrandir ]

 

 

Add : peu après la rédaction de ce billet, on apprenait que les dirigeants de la zone euro s'étaient accordés à l'Eurogroupe pour prêter jusqu'à 100 milliards d'euros à l'Espagne afin de recapitaliser son secteur bancaire. Mon estimation des besoins n'était donc pas mauvaise... L'aide sera fournie soit par le FESF soit par le nouveau Mécanisme européen de stabilité (MES), et versée au Fonds public espagnol d'aide au secteur bancaire (Frob), qui s'occupera ensuite de la redistribution des fonds aux banques. A priori, il n'y aura pas de nouveau plan d'austérité en contrepartie de cette aide...


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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 12:43

 

Drapeau-europeen.jpg

 

L'économie européenne cumule actuellement en son sein plusieurs foyers de risques majeurs. J'avais ainsi évoqué les conséquences possibles d'une fuite des capitaux de la Grèce, et conclu que s'il est vrai que la Grèce a besoin de capital pour relancer son économie, c'est surtout d'un capital politique qu'elle manque afin de redonner aux citoyens la confiance dans leur pays !

 

A cela s'ajoute le feuilleton de la recapitalisation des banques espagnoles, plombées par des créances immobilières douteuses. Pourtant, naguère ce pays était présenté comme un modèle de vertu aux yeux des néolibéraux, d'autant que le chômage a connu un reflux important, passant d'un taux de 20 % en 1994 à 8,5 % en 2006.

 

Pris dans l'euphorie du référendum sur le pacte budgétaire européen où le "oui" est donné gagnant, l'Irlande en oublie que son économie est loin de d'être rétablie et que le pays se dirige vers un deuxième plan de soutien financier en 2013, après un plan de sauvetage de 85 milliards d'euros accordé par la troïka en 2010.

 

Enfin, la France a subi les foudres de la Commission européenne qui, suite à une enquête approfondie ouverte en février dans le cadre du dispositif de surveillance macro-économique, a pointé du doigt tous les prétendus handicaps de notre économie pour gagner en compétitivité. Cela va du constat de perte de marchés, alors même que l'on sait que cela tient pour beaucoup au sein de la zone euro à la politique individualiste allemande, à de supposés problèmes de coût du travail, en passant par des préconisations d'approfondissement de la concurrence dans certains secteurs (industries électriques, transport ferroviaire,...) et de flexibilisation du marché du travail. Bien entendu, le déficit public n'est pas oublié et, même si la Commission fait preuve d'indulgence en n'enclenchant aucune sanction supplémentaire, elle reste arcboutée sur son objectif d'équilibre de la balance budgétaire. Bref, le parfait petit bréviaire du néolibéral en herbe, avec toutes les recettes qui ont conduit la crise actuelle !

 

A ce stade, il me semble nécessaire de revenir sur quelques points de théorie économique. Un schéma permettant souvent une bien meilleure compréhension qu'un long discours, j'invite le lecteur à regarder celui ci-dessous :

 

Stabilisateurs-auto.jpg

Il s'agit de l'effet des stabilisateurs automatiques (flèche rouge du le schéma), que la Commission européenne semble méconnaître depuis le début de cette crise. Pour faire simple, on peut en déduire qu'une moindre ponction fiscale sur les ménages qui consomment le plus permet de freiner la baisse de la demande intérieure, ce qui stabilise automatiquement l'ampleur de la récession. Les mesures d'austérité prises pour réduire le déficit public ont pourtant annihilé les effets positifs attendus de ces stabilisateurs, dont tous les gouvernements se vantaient néanmoins en 2008 !

 

Précisons enfin que la stabilisation automatique étant basée sur la fiscalité et les dépenses de transfert, on pourrait obtenir le même effet avec la hausse des allocations chômage. D'où l'absurdité de vouloir couper les dépenses sociales et notamment de chômage lorsque l'économie est au plus mal...

 

J'en viens maintenant à la politique monétaire de la zone euro, dont il convient de rappeler qu'elle est unique pour l'ensemble des États membres et définie - et conduite - par la Banque centrale européenne (BCE). Les Banques centrales nationales (Bundesbank en Allemagne, Banque de France dans notre pays,...) ne servent donc désormais plus qu'à mettre en oeuvre les orientations prises par la BCE. Or, c'est là que le bât blesse, puisque le fondement théorique de la politique monétaire de la BCE est la théorie quantitative de la monnaie refondée par Milton Friedman et les "Chicago Boys" depuis la fin de la seconde guerre mondiale (et surtout dans les années 1970).

 

Pour mémoire, celle-ci s'appuie sur l'identité de Fisher qui stipule que MV = PY, où Y est la production, V la vitesse de circulation de la monnaie, M la masse monétaire et P le niveau général des prix. Sous certaines hypothèses (variation de la production à moyen terme, vitesse de circulation de la monnaie constante à moyen terme,...), les monétaristes en déduisent que :

 

monetariste1.jpget donc que monetariste2.jpg

En langage clair, les monétaristes en déduisent qu'un accroissement de la masse monétaire supérieur à l'accroissement de la production débouche sur de l'inflation. Mais comme l'objectif de la politique monétaire de la zone euro est le maintien de la stabilité des prix à moyen terme, rien ne sera donc fait pour soutenir la croissance des États membres (donc assurément aucun plan de relance qui déboucherait selon cette théorie sur de l'inflation). Celle-ci devrait découler naturellement de la stabilité des prix, qui permettra le développement du commerce international par le jeu d'un marché libre et autorégulateur.

 

Bref, une jolie fable que la crise actuelle vient contrarier ! Il n'y a donc pas de salut à attendre des institutions européennes si celles-ci n'ont pas pour mission de soutenir la croissance et donc in fine l'emploi.

 

Pour finir, afin que le lecteur puisse connaître les modalités d'action de la politique budgétaire sur l'équilibre extérieur, je vous invite à regarder le schéma ci-dessous :

 

Politique-budgetaire.jpg

Vous y reconnaissez les politiques de rigueur budgétaire menées actuellement et leurs effets possibles. L'idée sous-jacente d'une telle politique macroéconomique de rééquilibrage des échanges extérieurs (jargonnons un peu...) est de réduire la progression du revenu national dans le but de réduire les importations. En effet, chacun sait qu'un accroissement du revenu sert pour partie à faire l'acquisition de produits importés.

 

Ainsi, à défaut d'autre idée pour réduire le déficit commercial, une baisse du revenu national peut donc se traduire par un rééquilibrage de la balance commerciale. Mais à quel prix social et politique, puisque cela se traduit par une baisse du pouvoir d'achat et une hausse du chômage, ce qui débouche souvent sur une crise politique comme en Grèce !

 

En définitive, les politiques économiques menées en Europe sont systématiquement mal calibrées, à contretemps du cycle économique et axées sur le mauvais objectif. Il n'y a donc rien à attendre du nouveau traité budgétaire européen et seule une refondation complète des traités est à même de nous sortir de cette crise !


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 19:13

 

panique-b-copie-1.jpg

 

Après les plans d'austérité et la crise politique dont les dernières élections législatives ne furent que le énième avatar, voici que l'on évoque un bank run en Grèce.

 

De quoi s'agit-il ?

 

Le bank run est une expression anglaise qui signifie ruée ou panique bancaire. Il fait suite à un phénomène déclencheur (rumeur quand tu nous tiens...), qui pousse certains clients d'une banque à retirer au plus vite leurs dépôts de peur que celle-ci ne fasse faillite. Or, si tous les clients se mettent à faire de même, ce que l'on appelle du mimétisme, alors la banque court le risque d'être à court de liquidités (car elle ne possède pas assez de billets pour rembourser tout le monde) et devenir effectivement insolvable, même si elle ne l'était pas au début. C'est précisément ce que l'on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 

Quelles sont les conséquences ?

 

Potentiellement très grave, puisque les banques en manque de liquidités devront être secourues soient par d'autres banques, soient par des institutions internationales (FMI, Banques centrales, etc.)... soit par l'État comme ce fut le cas lors de la crise des subprimes, où les États sont allés jusqu'à nationaliser des banques et offrir de confortables garanties des dépôts (100 000 euros au sein de l'Union européenne pour les espèces, jusqu'à 250 000 dollars au plus fort de la crise des subprimes aux États-unis).

 

On a encore en mémoire le cas de la banque anglaise Northern Rock qui, avant d'être nationalisée, dut faire face en 2007 à un phénomène de bank run qui fut stoppé par les liquidités et la garantie sur la totalité des dépôts offertes par la Banque d'Angleterre :

 

 

On pense également à la vidéo d'Éric Cantona qui expliquait que l'on pouvait faire la révolution en retirant notre argent des banques pour faire s'effondrer le système. Cette vidéo avait fait le tour du monde (le buzz comme on dit sur le net), sous-titrée en plusieurs langues ! Les moyens de communication modernes avaient ainsi permis de réunir, sur un groupe Facebook, plus de 37 000 personnes qui s'étaient engagées à retirer leurs économies mardi 7 décembre 2011. Finalement, la montagne accoucha d'une souris et les retraits furent loin d'êtres significatifs.

 

La Grèce connaît-elle un bank run ?

 

Le lundi 14 mai, les retraits d'argent dans les banques grecques ont dépassé les 700 millions d'euros, ce qui a tenu en haleine hellène toutes les banques centrales du monde. Au total, depuis les élections du 6 mai, les Grecs auraient retiré entre 2,5 et 3 milliards d'euros de leurs comptes en banque. Précisons également que depuis le début de la crise en 2009, les dépôts des banques grecques ne cessent de fondre, les retraits avoisinant les 2,5 milliards d'euros par mois en moyenne ! Ainsi, ce tableau montre que les dépôts domestiques sont passés de 226 milliards d'euros en janvier 2011 à 179 milliards en mars 2012.

 

D'après l'ancien ministre des finances, ce sont quelque 16 milliards d'euros qui auraient quitté la Grèce pour aller prendre le soleil en Suisse et surtout au Royaume-Uni (le soleil britannique brille toujours sur la City de Londres, c'est bien connu). Il est vrai que la garantie des dépôts offerte par l'État grec ne pèse pas très lourd dans le choix des clients bancaires, comme on peut facilement s'en douter... 

 

Bankrun-Grece.jpg


[ Source : FranceTV info ]

 

Ce phénomène de retrait s'explique d'abord par la crainte de voir les banques grecques faire faillite : elles se portent si mal que les quatre plus grandes banques grecques vont être racapitalisées pour un total de 18 milliards d'euros, afin qu'elles puissent au moins retourner au guichet de la Banque centrale européenne (BCE). Il semble en effet que peu de médias aient relayé l'information la plus importante des 15 derniers jours : la BCE avait cessé de fournir des liquidités à certaines banques grecques en raison de leur sous-capitalisation...

 

Mais la crainte d'un retour à la drachme pousse aussi les Grecs à conserver des bas de laine en euros, sachant que la nouvelle monnaie nationale sera fortement dévaluée par rapport à l'euro (50 % semble être une estimation sérieuse). En outre, lorsque le climat économique et politique se dégrade dans un pays, les gens préfèrent avoir des liquidités pour payer, ce qui n'est pas sans rappeler la préférence pour la monnaie dont parlait déjà Keynes.

 

La sortie de la Grèce de la zone euro est désormais prise au sérieux par nombre d'observateurs et pas seulement les clients des banques grecques. Cela démontre au passage que l'attitude des déposants en Grèce est on ne peut plus rationnelle. Que feriez-vous en effet, si l'on vous annonçait que l'État grec a dans ses cartons un plan de gel des capitaux si d'aventures les retraits devenaient trop importants ? Et qu'ensuite on vous disait que les grands groupes bancaires mondiaux comme Citigroup, Barclays, HSBC ont déjà adapté leurs systèmes à une réintroduction de la drachme ? Bref, que feriez-vous si on vous disait que plus personne n'y croit vraiment ? C'est pourtant ce qui se passe actuellement...

 

Je ne pouvais finir ce billet sans évoquer l'idée acrobatique proposée par un banquier de la Deutsche Bank : instaurer une deuxième monnaie en Grèce (le Geuro), circulant parallèlement à l'euro, mais réservée uniquement aux échanges internes à la Grèce. Pour faire simple, cela signifie que la Banque centrale de Grèce émettrait des Geuros dévalués de 50 % par rapport à l'euro, de sorte que la Grèce resterait dans la zone euro mais pourrait améliorer sa compétitivité. Le taux de change du Geuro contre l'euro serait alors lié au niveau du déficit budgétaire primaire de l'État, ce qui entraînera mécaniquement une réévaluation du Geuro chaque fois que le déficit s'améliorera, avec l'ambition à terme de faire converger les deux monnaies vers l'euro.

 

Le problème avec de tels systèmes économiques, expérimentés notamment à Cuba, est d'arriver à obtenir une crédibilité sur moyen terme. Mais sur le long terme, une telle solution sera difficile à tenir car il se créera des inégalités encore plus marquées entre ceux qui auront accès aux échanges internationaux avec leurs euros, et l'immense majorité qui ne pourra vivre qu'avec la monnaie interne et devra donc se contenter probablement des pénuries et rationnements divers. En fin de compte, si le déficit public ne se résorbe pas et si la grogne sociale rend le système intenable, alors la Grèce devra tout de même faire défaut et quitter la zone euro... mais avec un coût bien plus élevé !

 

Pour ma part, à défaut de trouver un accord sur un véritable fédéralisme européen, capable de piloter les composantes politiques, économiques et sociales de l'Union européenne, je rejoins jacques Sapir lorsqu'il préconise une démondialisation au niveau de l'Europe avec tout ce que cela impose comme changements monétaires et économiques.

 

En définitive, s'il est vrai que la Grèce a besoin de capital pour relancer son économie, c'est surtout d'un capital politique qu'elle manque afin de redonner aux citoyens la confiance dans leur pays !


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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 12:34

 

Spain-crisis.jpg

 

Lors du dernier café économique que j'ai animé hier soir, nous avons décidé de substituer au sujet initialement prévu (la Bourse) une discussion sur l'avenir de la Grèce au sein de la zone euro... et les conséquences d'une éventuelle sortie ! Dans le billet d'aujourd'hui, je voudrais donner quelques éléments de réflexion concernant l'Espagne, dont on oublie un peu vite qu'elle pèse bien plus lourd en termes économiques que la Grèce : 12 % du PIB de la zone euro pour l'Espagne contre à peine 3 % pour la Grèce.

 

Tout d'abord, il faut rappeler que la trajectoire suivie par l'Espagne est tout à fait originale par rapport aux autres États membres de la zone euro, notamment depuis le rattrapage économique qui s'est opéré après la dictature franquiste. Son entrée dans la CEE en 1986 marque une nouvelle période d'expansion, à l'aide des fonds structurels européens qui s'élèvent à 0,8% du PIB annuel, et surtout une plus grande dépendance au commerce international. Enfin, afin de satisfaire les critères de Maastricht, l'Espagne s'impose de nombreuses réformes budgétaires (6,6 % du PIB de déficit public en 1995, 2 % d'excédent public en 2006, 68,1% du PIB de dette publique en 1996, 39,7 % en 2006) qui la qualifient pour l'entrée dans la zone euro dès 1999.

 

Il n'en fallait pas plus pour ce pays soit présenté comme un modèle de vertu aux yeux des néolibéraux, d'autant que le chômage a connu un reflux important, passant d'un taux de 20 % en 1994 à 8,5 % en 2006.

 

Mais que s'est-il donc passé pour que le bon élève de la zone euro soit aujourd'hui soumis à une cure d'austérité et voué aux gémonies par les investisseurs ? Tout d'abord, peu d'observateurs ont signalé que l'essentiel des emplois créés le furent dans la construction (1/5) et les services (4/5), c'est-à-dire dans des secteurs à forte intensité en main d'oeuvre, ce qui explique que la productivité du travail a ralenti plus rapidement que dans le reste de l’Europe. Donc point d'innovations, de R&D, de développement extraordinaires... Juste l'application de politiques néolibérales basées sur la financiarisation accrue, la dérégulation du marché du travail (assouplissement des règles de licenciement, hausse des contrats précaires, stagnation des salaires réels,...), la baisse des taux d’intérêt liée à l’entrée dans la zone euro (près de 14 % en 1992, 3,5 % en 2006), les privatisations massives, une déconstruction de l'État-providence, et une désindustrialisation rapide.

 

Rien d'étonnant donc à ce que la crise de 2007 ait déstabilisé profondément l'Espagne, d'une part du côté financier avec de nombreuses banques zombies et des clients incapables de rembourser les montagnes de prêts qu'ils avaient obtenus à la faveur de taux d’intérêt réels très bas, d'autre part du côté commercial avec une dégradation rapide de sa compétitivité déjà bien érodée avant la crise par une inflation soutenue. Rappelons que le taux d’endettement des entreprises est passé de 65 % à 135 % du PIB entre 1995 et 2010, tandis que celui des ménages dont le salaire réel stagnait est passé de 65 % à 130 % de leur revenu disponible entre 1995 et 2005 ! Le tout lié essentiellement au secteur de l'immobilier dont les prix ont ainsi été multipliés par 2,5 entre 1997 et 2005, alimentant finalement une bulle spéculative qui a fini par exploser.

 

Et depuis, les moteurs de la croissance qu'étaient l'immobilier et l'endettement sont en panne pour très longtemps. Quant au fameux excédent public de 2 % du PIB en 2006 que nous évoquions plus haut, il s'est mué en un déficit faramineux de 11 % du PIB en 2009 ! Pourtant, le niveau d'endettement public reste bien en-deçà des niveaux en France ou en Allemagne (environ 85 % du PIB dans ces deux derniers pays, contre 65 % en Espagne), ce qui démontre si besoin était que la zone euro ne traverse pas une crise de la dette publique, mais que celle-ci n'est qu'un symptôme d'un mal plus profond comme je l'avais déjà expliqué dans ce billet. Quoi qu'il en soit, les investisseurs semblent avoir perdu confiance dans les capacités de l'Espagne à retrouver la croissance, et les politiques d'austérité ne vont faire qu'empirer les choses avec une montée phénoménale du taux de chômage qui dépasse désormais les 24 % et qui débouchera tôt ou tard sur une grave crise sociale et politique dont le mouvement des indignés n'a été qu'un prélude !

 

Début 2012, l'Espagne est donc confrontée tout à la fois à un déficit public et à un taux d’endettement public en hausse, ainsi qu'à un déficit extérieur chronique et un taux d’endettement extérieur très élevé :

 

dette-publique-Espagne2.jpg

[ Source : Flash économie Natixis, 14 mai 2012 ]

 

dette-ext-espagne.jpg

[ Source : Flash économie Natixis, 14 mai 2012 ]

 

Le mécanisme économique pour faire face à cette situation est l'ajustement du taux de change. Malheureusement, la monnaie unique ôte cette possibilité et il ne reste donc plus que l'ajustement réel, c'est-à-dire d'un côté une politique budgétaire restrictive et de l'autre une réduction des coûts du travail. Or, ces politiques économiques de rigueur ont conduit, nous l'avons vu, à une forte hausse du chômage mais aussi à une baisse de la production et de la demande intérieure, ce qui aggrave encore plus le déficit budgétaire ! Bref, ces politiques économiques viennent de démontrer leur inefficacité patente !

 

Il existe pourtant un moyen simple de résoudre les problèmes de l'Espagne et de tous les autres pays de la zone euro : une stratégie fédéraliste, ou à défaut coopérative, consistant en l’achat de titres publics et privés espagnols par la BCE (afin de faire baisser les taux d’intérêt) et en des apports d'aides ou de subventions aux investissements industriels en Espagne.

 

Mais encore faut-il convaincre la Chancelière allemande de l'intérêt de cette solidarité européenne... à défaut, il ne restera plus à l’Espagne d'autre alternative que de sortir elle aussi de l’euro pour retrouver sa solvabilité avec les coûts considérables que cela implique.

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