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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 12:28

A6-kine-club-juin---Copie.jpg

 

En raison du contexte économique actuel, le cinéma Méga Kiné de Freyming-Merlebach a eu l'idée de monter une soirée spéciale "finance". Ainsi, ce vendredi 15 juin, elle débutera par la projection du film Margin Call à 19h45 :

 

Margin-call.jpg

 

Puis j'animerai un petit débat vers 21h45 sur les banques, la finance et plus généralement l'économie (en France mais aussi dans le monde), afin de répondre aux très nombreuses questions que le film ne manquera pas de susciter.

 

Le Républicain Lorrain a consacré un second article à l'événement :

 

RL 12 juin 2012

 

[ Cliquer sur l'article pour l'agrandir ]

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 10:50

 

Affiche Margin Call

 

Dans un précédent billet j'avais expliqué comment l'Espagne, bon élève de la zone euro avant la crise, avait pu sombrer. Or, même si les médias parlent beaucoup de la Grèce, notamment suite aux retraits massifs d'argent aux guichets bancaires, on oublie un peu vite que l'Espagne pèse bien plus lourd en termes économiques que la Grèce : 12 % du PIB de la zone euro pour l'Espagne contre à peine 3 % pour la Grèce...

 

D'où les craintes qui pèsent actuellement sur le système bancaire espagnol, miné par des créances douteuses sur l'immobilier. Le FMI vient au reste de publier un rapport très attendu qui estime à au moins 40 milliards d'euros le capital supplémentaire qu'il faudra injecter dans les banques espagnoles pour leur éviter une déconfiture en cas de crise. Mais cette estimation doit être prise avec prudence, car la recapitalisation du système bancaire espagnol atteindra probablement le double à mon avis. Il suffit en effet, de remarquer que les   stress tests que le FMI a fait subir aux banques font l'impasse sur certains risques comme la restructuration ou les pertes sur prêts.

 

Mes lecteurs savent pertinemment ce que je pense des "comfort tests", pour reprendre l'expression du Wall Street Journal qui menait en 2010 une fronde contre les tests menés par le Comité européen des superviseurs bancaires (CEBS). En effet, il est très facile de ne tester que certains risques plutôt que d'autres et de faire l'impasse sur certaines subtilités financières (trading books vs banking books, voir mon billet de blog pour plus d'explications).

 

Rien d'étonnant donc qu'à la suite des stress tests menés en 2010 avec une mauvaise méthodologie, que les banques irlandaises avaient réussi haut la main, on ait assisté à l'effondrement quelques semaines plus tard du système bancaire irlandais, nécessitant une recapitalisation massive de la part de l'État... Ces tests de résistance ne permettaient tout simplement pas de conclure quoi que ce soit ! Je ne peux donc qu'être abasourdi lorsque je lis et entends ces appels à recapitaliser substantiellement les banques européennes, comme si cela pouvait suffire à les sauver d'une crise inévitable lorsque le bilan est massivement grevé par des créances douteuses et litigieuses... et que les pratiques spéculatives n'ont pas changé pour certaines ! 

 

C'est dans ce contexte très particulier que le cinéma Méga Kiné de Freyming-Merlebach m'a proposé de monter une soirée spéciale "finance". Ainsi, vendredi 15 juin, elle débutera par la projection du film Margin Call à 19h45 :

 

Margin-call.jpg

 

Puis j'animerai un petit débat vers 21h45 sur les banques et la finance (en France mais aussi dans le monde) afin de répondre aux très nombreuses questions que le film ne manquera pas de susciter. Vous trouverez ci-dessous l'affiche de présentation de la soirée :

 

Affiche-Margin-Call.jpg

[ Cliquer sur l'image pour l'agrandir ]

 

Le Républicain Lorrain vient également d'annoncer dans ses colonnes l'événement :

 

RL-9-juin-2012.jpg

 

[ Cliquer sur l'article pour l'agrandir ]

 

 

Add : peu après la rédaction de ce billet, on apprenait que les dirigeants de la zone euro s'étaient accordés à l'Eurogroupe pour prêter jusqu'à 100 milliards d'euros à l'Espagne afin de recapitaliser son secteur bancaire. Mon estimation des besoins n'était donc pas mauvaise... L'aide sera fournie soit par le FESF soit par le nouveau Mécanisme européen de stabilité (MES), et versée au Fonds public espagnol d'aide au secteur bancaire (Frob), qui s'occupera ensuite de la redistribution des fonds aux banques. A priori, il n'y aura pas de nouveau plan d'austérité en contrepartie de cette aide...


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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 12:43

 

Drapeau-europeen.jpg

 

L'économie européenne cumule actuellement en son sein plusieurs foyers de risques majeurs. J'avais ainsi évoqué les conséquences possibles d'une fuite des capitaux de la Grèce, et conclu que s'il est vrai que la Grèce a besoin de capital pour relancer son économie, c'est surtout d'un capital politique qu'elle manque afin de redonner aux citoyens la confiance dans leur pays !

 

A cela s'ajoute le feuilleton de la recapitalisation des banques espagnoles, plombées par des créances immobilières douteuses. Pourtant, naguère ce pays était présenté comme un modèle de vertu aux yeux des néolibéraux, d'autant que le chômage a connu un reflux important, passant d'un taux de 20 % en 1994 à 8,5 % en 2006.

 

Pris dans l'euphorie du référendum sur le pacte budgétaire européen où le "oui" est donné gagnant, l'Irlande en oublie que son économie est loin de d'être rétablie et que le pays se dirige vers un deuxième plan de soutien financier en 2013, après un plan de sauvetage de 85 milliards d'euros accordé par la troïka en 2010.

 

Enfin, la France a subi les foudres de la Commission européenne qui, suite à une enquête approfondie ouverte en février dans le cadre du dispositif de surveillance macro-économique, a pointé du doigt tous les prétendus handicaps de notre économie pour gagner en compétitivité. Cela va du constat de perte de marchés, alors même que l'on sait que cela tient pour beaucoup au sein de la zone euro à la politique individualiste allemande, à de supposés problèmes de coût du travail, en passant par des préconisations d'approfondissement de la concurrence dans certains secteurs (industries électriques, transport ferroviaire,...) et de flexibilisation du marché du travail. Bien entendu, le déficit public n'est pas oublié et, même si la Commission fait preuve d'indulgence en n'enclenchant aucune sanction supplémentaire, elle reste arcboutée sur son objectif d'équilibre de la balance budgétaire. Bref, le parfait petit bréviaire du néolibéral en herbe, avec toutes les recettes qui ont conduit la crise actuelle !

 

A ce stade, il me semble nécessaire de revenir sur quelques points de théorie économique. Un schéma permettant souvent une bien meilleure compréhension qu'un long discours, j'invite le lecteur à regarder celui ci-dessous :

 

Stabilisateurs-auto.jpg

Il s'agit de l'effet des stabilisateurs automatiques (flèche rouge du le schéma), que la Commission européenne semble méconnaître depuis le début de cette crise. Pour faire simple, on peut en déduire qu'une moindre ponction fiscale sur les ménages qui consomment le plus permet de freiner la baisse de la demande intérieure, ce qui stabilise automatiquement l'ampleur de la récession. Les mesures d'austérité prises pour réduire le déficit public ont pourtant annihilé les effets positifs attendus de ces stabilisateurs, dont tous les gouvernements se vantaient néanmoins en 2008 !

 

Précisons enfin que la stabilisation automatique étant basée sur la fiscalité et les dépenses de transfert, on pourrait obtenir le même effet avec la hausse des allocations chômage. D'où l'absurdité de vouloir couper les dépenses sociales et notamment de chômage lorsque l'économie est au plus mal...

 

J'en viens maintenant à la politique monétaire de la zone euro, dont il convient de rappeler qu'elle est unique pour l'ensemble des États membres et définie - et conduite - par la Banque centrale européenne (BCE). Les Banques centrales nationales (Bundesbank en Allemagne, Banque de France dans notre pays,...) ne servent donc désormais plus qu'à mettre en oeuvre les orientations prises par la BCE. Or, c'est là que le bât blesse, puisque le fondement théorique de la politique monétaire de la BCE est la théorie quantitative de la monnaie refondée par Milton Friedman et les "Chicago Boys" depuis la fin de la seconde guerre mondiale (et surtout dans les années 1970).

 

Pour mémoire, celle-ci s'appuie sur l'identité de Fisher qui stipule que MV = PY, où Y est la production, V la vitesse de circulation de la monnaie, M la masse monétaire et P le niveau général des prix. Sous certaines hypothèses (variation de la production à moyen terme, vitesse de circulation de la monnaie constante à moyen terme,...), les monétaristes en déduisent que :

 

monetariste1.jpget donc que monetariste2.jpg

En langage clair, les monétaristes en déduisent qu'un accroissement de la masse monétaire supérieur à l'accroissement de la production débouche sur de l'inflation. Mais comme l'objectif de la politique monétaire de la zone euro est le maintien de la stabilité des prix à moyen terme, rien ne sera donc fait pour soutenir la croissance des États membres (donc assurément aucun plan de relance qui déboucherait selon cette théorie sur de l'inflation). Celle-ci devrait découler naturellement de la stabilité des prix, qui permettra le développement du commerce international par le jeu d'un marché libre et autorégulateur.

 

Bref, une jolie fable que la crise actuelle vient contrarier ! Il n'y a donc pas de salut à attendre des institutions européennes si celles-ci n'ont pas pour mission de soutenir la croissance et donc in fine l'emploi.

 

Pour finir, afin que le lecteur puisse connaître les modalités d'action de la politique budgétaire sur l'équilibre extérieur, je vous invite à regarder le schéma ci-dessous :

 

Politique-budgetaire.jpg

Vous y reconnaissez les politiques de rigueur budgétaire menées actuellement et leurs effets possibles. L'idée sous-jacente d'une telle politique macroéconomique de rééquilibrage des échanges extérieurs (jargonnons un peu...) est de réduire la progression du revenu national dans le but de réduire les importations. En effet, chacun sait qu'un accroissement du revenu sert pour partie à faire l'acquisition de produits importés.

 

Ainsi, à défaut d'autre idée pour réduire le déficit commercial, une baisse du revenu national peut donc se traduire par un rééquilibrage de la balance commerciale. Mais à quel prix social et politique, puisque cela se traduit par une baisse du pouvoir d'achat et une hausse du chômage, ce qui débouche souvent sur une crise politique comme en Grèce !

 

En définitive, les politiques économiques menées en Europe sont systématiquement mal calibrées, à contretemps du cycle économique et axées sur le mauvais objectif. Il n'y a donc rien à attendre du nouveau traité budgétaire européen et seule une refondation complète des traités est à même de nous sortir de cette crise !


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 19:13

 

panique-b-copie-1.jpg

 

Après les plans d'austérité et la crise politique dont les dernières élections législatives ne furent que le énième avatar, voici que l'on évoque un bank run en Grèce.

 

De quoi s'agit-il ?

 

Le bank run est une expression anglaise qui signifie ruée ou panique bancaire. Il fait suite à un phénomène déclencheur (rumeur quand tu nous tiens...), qui pousse certains clients d'une banque à retirer au plus vite leurs dépôts de peur que celle-ci ne fasse faillite. Or, si tous les clients se mettent à faire de même, ce que l'on appelle du mimétisme, alors la banque court le risque d'être à court de liquidités (car elle ne possède pas assez de billets pour rembourser tout le monde) et devenir effectivement insolvable, même si elle ne l'était pas au début. C'est précisément ce que l'on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

 

Quelles sont les conséquences ?

 

Potentiellement très grave, puisque les banques en manque de liquidités devront être secourues soient par d'autres banques, soient par des institutions internationales (FMI, Banques centrales, etc.)... soit par l'État comme ce fut le cas lors de la crise des subprimes, où les États sont allés jusqu'à nationaliser des banques et offrir de confortables garanties des dépôts (100 000 euros au sein de l'Union européenne pour les espèces, jusqu'à 250 000 dollars au plus fort de la crise des subprimes aux États-unis).

 

On a encore en mémoire le cas de la banque anglaise Northern Rock qui, avant d'être nationalisée, dut faire face en 2007 à un phénomène de bank run qui fut stoppé par les liquidités et la garantie sur la totalité des dépôts offertes par la Banque d'Angleterre :

 

 

On pense également à la vidéo d'Éric Cantona qui expliquait que l'on pouvait faire la révolution en retirant notre argent des banques pour faire s'effondrer le système. Cette vidéo avait fait le tour du monde (le buzz comme on dit sur le net), sous-titrée en plusieurs langues ! Les moyens de communication modernes avaient ainsi permis de réunir, sur un groupe Facebook, plus de 37 000 personnes qui s'étaient engagées à retirer leurs économies mardi 7 décembre 2011. Finalement, la montagne accoucha d'une souris et les retraits furent loin d'êtres significatifs.

 

La Grèce connaît-elle un bank run ?

 

Le lundi 14 mai, les retraits d'argent dans les banques grecques ont dépassé les 700 millions d'euros, ce qui a tenu en haleine hellène toutes les banques centrales du monde. Au total, depuis les élections du 6 mai, les Grecs auraient retiré entre 2,5 et 3 milliards d'euros de leurs comptes en banque. Précisons également que depuis le début de la crise en 2009, les dépôts des banques grecques ne cessent de fondre, les retraits avoisinant les 2,5 milliards d'euros par mois en moyenne ! Ainsi, ce tableau montre que les dépôts domestiques sont passés de 226 milliards d'euros en janvier 2011 à 179 milliards en mars 2012.

 

D'après l'ancien ministre des finances, ce sont quelque 16 milliards d'euros qui auraient quitté la Grèce pour aller prendre le soleil en Suisse et surtout au Royaume-Uni (le soleil britannique brille toujours sur la City de Londres, c'est bien connu). Il est vrai que la garantie des dépôts offerte par l'État grec ne pèse pas très lourd dans le choix des clients bancaires, comme on peut facilement s'en douter... 

 

Bankrun-Grece.jpg


[ Source : FranceTV info ]

 

Ce phénomène de retrait s'explique d'abord par la crainte de voir les banques grecques faire faillite : elles se portent si mal que les quatre plus grandes banques grecques vont être racapitalisées pour un total de 18 milliards d'euros, afin qu'elles puissent au moins retourner au guichet de la Banque centrale européenne (BCE). Il semble en effet que peu de médias aient relayé l'information la plus importante des 15 derniers jours : la BCE avait cessé de fournir des liquidités à certaines banques grecques en raison de leur sous-capitalisation...

 

Mais la crainte d'un retour à la drachme pousse aussi les Grecs à conserver des bas de laine en euros, sachant que la nouvelle monnaie nationale sera fortement dévaluée par rapport à l'euro (50 % semble être une estimation sérieuse). En outre, lorsque le climat économique et politique se dégrade dans un pays, les gens préfèrent avoir des liquidités pour payer, ce qui n'est pas sans rappeler la préférence pour la monnaie dont parlait déjà Keynes.

 

La sortie de la Grèce de la zone euro est désormais prise au sérieux par nombre d'observateurs et pas seulement les clients des banques grecques. Cela démontre au passage que l'attitude des déposants en Grèce est on ne peut plus rationnelle. Que feriez-vous en effet, si l'on vous annonçait que l'État grec a dans ses cartons un plan de gel des capitaux si d'aventures les retraits devenaient trop importants ? Et qu'ensuite on vous disait que les grands groupes bancaires mondiaux comme Citigroup, Barclays, HSBC ont déjà adapté leurs systèmes à une réintroduction de la drachme ? Bref, que feriez-vous si on vous disait que plus personne n'y croit vraiment ? C'est pourtant ce qui se passe actuellement...

 

Je ne pouvais finir ce billet sans évoquer l'idée acrobatique proposée par un banquier de la Deutsche Bank : instaurer une deuxième monnaie en Grèce (le Geuro), circulant parallèlement à l'euro, mais réservée uniquement aux échanges internes à la Grèce. Pour faire simple, cela signifie que la Banque centrale de Grèce émettrait des Geuros dévalués de 50 % par rapport à l'euro, de sorte que la Grèce resterait dans la zone euro mais pourrait améliorer sa compétitivité. Le taux de change du Geuro contre l'euro serait alors lié au niveau du déficit budgétaire primaire de l'État, ce qui entraînera mécaniquement une réévaluation du Geuro chaque fois que le déficit s'améliorera, avec l'ambition à terme de faire converger les deux monnaies vers l'euro.

 

Le problème avec de tels systèmes économiques, expérimentés notamment à Cuba, est d'arriver à obtenir une crédibilité sur moyen terme. Mais sur le long terme, une telle solution sera difficile à tenir car il se créera des inégalités encore plus marquées entre ceux qui auront accès aux échanges internationaux avec leurs euros, et l'immense majorité qui ne pourra vivre qu'avec la monnaie interne et devra donc se contenter probablement des pénuries et rationnements divers. En fin de compte, si le déficit public ne se résorbe pas et si la grogne sociale rend le système intenable, alors la Grèce devra tout de même faire défaut et quitter la zone euro... mais avec un coût bien plus élevé !

 

Pour ma part, à défaut de trouver un accord sur un véritable fédéralisme européen, capable de piloter les composantes politiques, économiques et sociales de l'Union européenne, je rejoins jacques Sapir lorsqu'il préconise une démondialisation au niveau de l'Europe avec tout ce que cela impose comme changements monétaires et économiques.

 

En définitive, s'il est vrai que la Grèce a besoin de capital pour relancer son économie, c'est surtout d'un capital politique qu'elle manque afin de redonner aux citoyens la confiance dans leur pays !


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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 12:34

 

Spain-crisis.jpg

 

Lors du dernier café économique que j'ai animé hier soir, nous avons décidé de substituer au sujet initialement prévu (la Bourse) une discussion sur l'avenir de la Grèce au sein de la zone euro... et les conséquences d'une éventuelle sortie ! Dans le billet d'aujourd'hui, je voudrais donner quelques éléments de réflexion concernant l'Espagne, dont on oublie un peu vite qu'elle pèse bien plus lourd en termes économiques que la Grèce : 12 % du PIB de la zone euro pour l'Espagne contre à peine 3 % pour la Grèce.

 

Tout d'abord, il faut rappeler que la trajectoire suivie par l'Espagne est tout à fait originale par rapport aux autres États membres de la zone euro, notamment depuis le rattrapage économique qui s'est opéré après la dictature franquiste. Son entrée dans la CEE en 1986 marque une nouvelle période d'expansion, à l'aide des fonds structurels européens qui s'élèvent à 0,8% du PIB annuel, et surtout une plus grande dépendance au commerce international. Enfin, afin de satisfaire les critères de Maastricht, l'Espagne s'impose de nombreuses réformes budgétaires (6,6 % du PIB de déficit public en 1995, 2 % d'excédent public en 2006, 68,1% du PIB de dette publique en 1996, 39,7 % en 2006) qui la qualifient pour l'entrée dans la zone euro dès 1999.

 

Il n'en fallait pas plus pour ce pays soit présenté comme un modèle de vertu aux yeux des néolibéraux, d'autant que le chômage a connu un reflux important, passant d'un taux de 20 % en 1994 à 8,5 % en 2006.

 

Mais que s'est-il donc passé pour que le bon élève de la zone euro soit aujourd'hui soumis à une cure d'austérité et voué aux gémonies par les investisseurs ? Tout d'abord, peu d'observateurs ont signalé que l'essentiel des emplois créés le furent dans la construction (1/5) et les services (4/5), c'est-à-dire dans des secteurs à forte intensité en main d'oeuvre, ce qui explique que la productivité du travail a ralenti plus rapidement que dans le reste de l’Europe. Donc point d'innovations, de R&D, de développement extraordinaires... Juste l'application de politiques néolibérales basées sur la financiarisation accrue, la dérégulation du marché du travail (assouplissement des règles de licenciement, hausse des contrats précaires, stagnation des salaires réels,...), la baisse des taux d’intérêt liée à l’entrée dans la zone euro (près de 14 % en 1992, 3,5 % en 2006), les privatisations massives, une déconstruction de l'État-providence, et une désindustrialisation rapide.

 

Rien d'étonnant donc à ce que la crise de 2007 ait déstabilisé profondément l'Espagne, d'une part du côté financier avec de nombreuses banques zombies et des clients incapables de rembourser les montagnes de prêts qu'ils avaient obtenus à la faveur de taux d’intérêt réels très bas, d'autre part du côté commercial avec une dégradation rapide de sa compétitivité déjà bien érodée avant la crise par une inflation soutenue. Rappelons que le taux d’endettement des entreprises est passé de 65 % à 135 % du PIB entre 1995 et 2010, tandis que celui des ménages dont le salaire réel stagnait est passé de 65 % à 130 % de leur revenu disponible entre 1995 et 2005 ! Le tout lié essentiellement au secteur de l'immobilier dont les prix ont ainsi été multipliés par 2,5 entre 1997 et 2005, alimentant finalement une bulle spéculative qui a fini par exploser.

 

Et depuis, les moteurs de la croissance qu'étaient l'immobilier et l'endettement sont en panne pour très longtemps. Quant au fameux excédent public de 2 % du PIB en 2006 que nous évoquions plus haut, il s'est mué en un déficit faramineux de 11 % du PIB en 2009 ! Pourtant, le niveau d'endettement public reste bien en-deçà des niveaux en France ou en Allemagne (environ 85 % du PIB dans ces deux derniers pays, contre 65 % en Espagne), ce qui démontre si besoin était que la zone euro ne traverse pas une crise de la dette publique, mais que celle-ci n'est qu'un symptôme d'un mal plus profond comme je l'avais déjà expliqué dans ce billet. Quoi qu'il en soit, les investisseurs semblent avoir perdu confiance dans les capacités de l'Espagne à retrouver la croissance, et les politiques d'austérité ne vont faire qu'empirer les choses avec une montée phénoménale du taux de chômage qui dépasse désormais les 24 % et qui débouchera tôt ou tard sur une grave crise sociale et politique dont le mouvement des indignés n'a été qu'un prélude !

 

Début 2012, l'Espagne est donc confrontée tout à la fois à un déficit public et à un taux d’endettement public en hausse, ainsi qu'à un déficit extérieur chronique et un taux d’endettement extérieur très élevé :

 

dette-publique-Espagne2.jpg

[ Source : Flash économie Natixis, 14 mai 2012 ]

 

dette-ext-espagne.jpg

[ Source : Flash économie Natixis, 14 mai 2012 ]

 

Le mécanisme économique pour faire face à cette situation est l'ajustement du taux de change. Malheureusement, la monnaie unique ôte cette possibilité et il ne reste donc plus que l'ajustement réel, c'est-à-dire d'un côté une politique budgétaire restrictive et de l'autre une réduction des coûts du travail. Or, ces politiques économiques de rigueur ont conduit, nous l'avons vu, à une forte hausse du chômage mais aussi à une baisse de la production et de la demande intérieure, ce qui aggrave encore plus le déficit budgétaire ! Bref, ces politiques économiques viennent de démontrer leur inefficacité patente !

 

Il existe pourtant un moyen simple de résoudre les problèmes de l'Espagne et de tous les autres pays de la zone euro : une stratégie fédéraliste, ou à défaut coopérative, consistant en l’achat de titres publics et privés espagnols par la BCE (afin de faire baisser les taux d’intérêt) et en des apports d'aides ou de subventions aux investissements industriels en Espagne.

 

Mais encore faut-il convaincre la Chancelière allemande de l'intérêt de cette solidarité européenne... à défaut, il ne restera plus à l’Espagne d'autre alternative que de sortir elle aussi de l’euro pour retrouver sa solvabilité avec les coûts considérables que cela implique.

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 12:34

 

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L'Europe arrivera-t-elle un jour à aller mieux ? On peut en douter lorsqu'on entend les déclarations du président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann. S'exprimant dans les colonnes du Süddeutsche Zeitung, il confirme sa vision idéologique de l'économie en rejetant en bloc toute modification du statut de la BCE et du traité budgétaire européen. En somme, pour Jens Weidmann seule compte la stabilité monétaire qui doit, à terme, permettre le développement des échanges commerciaux et ainsi la croissance.

 

C'est une vision bien étriquée de l'économie, à la base de la crise actuelle en ce sens qu'elle fait la part belle aux mécanismes de marché supposés permettre une allocation optimale des ressources... et donc un profit maximum ! Or, non seulement l'histoire donne tort aux tenants de cette approche, mais l'ampleur de la crise actuelle aurait dû réveiller définitivement les consciences économiques : d'une part une monnaie unique ne débouche pas nécessairement sur une zone monétaire optimale (la crise de la zone euro est là pour en témoigner), d'autre part les marchés livrés à eux-mêmes ne débouchent pas naturellement sur un optimum comme le laisse entendre certains néolibéraux patentés (la crise des subprimes en est l'exemple ultime).

 

Il est donc indispensable de penser le mandat de la BCE, et des autres institutions européennes, dans une double perspective de croissance et de financement soutenable. Malheureusement, le curseur a été placé complètement du côté de l'austérité, avec l'idée qu'un assainissement rapide des finances publiques rendrait confiance aux investisseurs et aux consommateurs, ce qui déboucherait sur une reprise de la croissance économique. De sorte qu'on laisse de côté les questions de soutenabilité écologique, de vivre-ensemble, de fédéralisme européen, etc. Or, beaucoup de voix s'élèvent pour rappeler qu'une telle austérité généralisée à l'ensemble d'une région intégrée comme la zone euro est loin d'être une solution de relance, mais risque fort d'en être le fossoyeur à plus ou moins court terme.

 

Le monde de la finance l'a bien compris, puisque les banques cherchent depuis quelques mois à se délester des titres européens, provoquant parfois au passage le chaos. Le dernier exemple en date nous est donné par JPMorgan Chase qui vient d'annoncer une perte de 2 milliards de dollars sur les marchés... dans le cadre d'une opération censée insensée réduire son exposition aux risque sur les titres européens qui sont très chahutés en Bourse actuellement ! Mais les banques, sous la double pression de la crise et des nouvelles règlementations bancaires, participent également à la rechute de l'économie en durcissant les conditions d'accès au crédit comme le montrent les deux graphiques ci-dessous :

 

durcissement-1.jpg

[ Source : Flash économie Natixis, 3 mai 2012 ]

 

durcissement-2.jpg

[ Source : Flash économie,Natixis, 3 mai 2012 ]

 

On constate que ce durcissement touche tout à la fois les crédits aux entreprises et ceux aux particuliers (consommation + immobilier), ce qui menace de paralyser totalement l'économie européenne et particulièrement celles de la France et de l'Italie où l'accès au crédit est devenu très difficile. L'Allemagne, dont j'ai déjà expliqué que son développement économique était loin d'être un modèle pour l'Europe, risque elle aussi d'être touchée tôt ou tard par les conséquences du rationnement du crédit. En effet, le "modèle" allemand est essentiellement basé sur les exportations; mais le rationnement du crédit concerne aussi le crédit à l'export, ce qui freinera d'autant plus le commerce international que la demande internationale s'essouffle en raison des plans de rigueur. Au final, c'est la croissance que les pays exportateurs espérer en tirer qui va se réduire comme on peut déjà le voir en Allemagne avec des prévisions très faibles.

 

C'est ce que vient de comprendre la Chine, qui souhaite désormais s'ouvrir aux importations pour rééquilibrer sa croissance sur la demande intérieure, et que l'Allemagne feint de ne pas saisir en dehors de Wolfgang Schäuble qui affirmait que "c'est normal si les salaires augmentent chez nous actuellement plus fortement que dans tous les autres pays de l'Union européenne". Ce dernier aurait même réussi à convaincre le faucon Jens Weidmann, dont nous venons de parler plus haut, que la Bundesbank (Buba dans le jargon) devrait tolérer une inflation de l'ordre de 2,5 %...

 

Mais est-ce suffisant si rien ne change au niveau institutionnel en Europe ? N'oublions pas qu'après le séisme de la faillite de Lehman Brothers, la propagation de la crise fut surtout une conséquence de l'effondrement du crédit bancaire... Mais lorsque les dirigeants européens auront compris que la Grèce est à bout de souffle et que désormais l'austérité qu'on lui impose est en train de gangrener son système politique, il sera certainement trop tard pour faire évoluer l'Union européenne.


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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 12:29

 

gagnant.jpg

 

Après des semaines de suspens, on peut affirmer que le gagnant par ippon est :

 

Poutine-judo.jpg

 

En effet, lundi 7 mai, Vladimir Poutine a reçu l'investiture pour son troisième mandat de président. Il prêtera serment (de quoi au fait ?) devant les ministres, les parlementaires, les ambassadeurs... et ses amis Silvio Berlusconi et Gerhard Schröder ! Histoire de donner à cette investiture un caractère légitime dont certains esprits chagrins doutent (notamment les 120 militants d'opposition qui tentaient de manifester), le patriarche orthodoxe Kirill prononcera une messe d'intronisation dans une cathédrale, rappelant ainsi au passage que la séparation de l'Église et de l'État n'est qu'un texte purement formel de la Constitution russe, le chef de l'Église orthodoxe ayant même appelé à voter Poutine...

 

Mais ce n'est évidemment pas à lui que vous pensiez. Mais pensiez-vous à lui :

 

Syriza.jpg

 

Les élections législatives en Grèce ont débouché sur un résultat inédit. Depuis la chute de la dictature des colonels en 1974, les deux principaux partis politiques, la Nouvelle Démocratie (de droite) et le Pasok (de gauche), avaient toujours dominé le paysage politique. Or, hier, c'est la coalition de la gauche radicale (Syriza) emmenée par Alexis Tsipras qui a effectué une percée suffisante pour devenir le deuxième parti de l'échiquier politique, avec 16,75 % des voix. Et vous l'aurez compris, il s'agit d'un parti anti-austérité, a contrario du Pasok et de Nouvelle Démocratie qui devront dorénavant s'entendre au sein d'une coalition moins large s'ils veulent gouverner et mener de nouvelles coupes budgétaires pour environ 11,5 milliards d'euros.

 

Les journalistes grecs décrivent Alexis Tsipras comme une sorte d'Olivier Besancenot par son allure, mais avec un programme de type Jean-Luc Mélenchon, puisque Syriza est un regroupement de partis de gauche hostiles au mémorandum signé avec la Troïka et dont j'avais souvent expliqué qu'il mènerait à la catastrophe économique, politique et sociale ! C'est du reste ce qui est en train de se passer en Grèce, le parti néonazi Aube dorée faisant son entrée au parlement avec 7 % des suffrages, alors que l'abstention a atteint des sommets (40 %)...

 

Accessoirement, suite à une campagne électorale d'une médiocrité affligeante, la France a désormais pour Président de la République François Hollande :

 

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J'ai souvent répété à l'envi que la politique menée en France, et plus généralement en Europe sous l'impulsion du couple Merkozy, était mortifère sur le plan économique et social (voir par exemple ici ou bien ). La Chancelière allemande, Angela Merkel, vient juste de déclarer qu'elle accueillerait François Hollande les "bras ouverts", en excluant néanmoins toute renégociation du pacte budgétaire européen et toute relance de la croissance par des déficits publics. En termes diplomatiques, on appelle cela une fin de non recevoir...

 

Tout l'enjeu est donc à présent de savoir si le nouveau Président de la République sera capable de s'affranchir du carcan néolibéral qui enserre l'Europe, et s'il saura prendre les mesures nécessaires pour répondre aux questions si importantes oubliées durant la campagne : comment résorber le chômage et créer de l'emploi ? Comment retrouver la croissance ? Comment améliorer l'enseignement ? Que faire contre la pauvreté et l'exclusion ?

 

Mais si toutes ces questions doivent trouver une réponse, c'est maintenant tant l'urgence est grande et pas après la mise en place de mesures d'austérité aussi inutiles qu'injustes, qui priveraient le gouvernement de toute marge de manoeuvre pour les 5 prochaines années ! Je reste pessimiste (mais moins qu'avec Nicolas Sarkozy), mais peut-être est-ce par nature...

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 10:58

 

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Jamais un 1er mai n'aura été autant politique qu'en 2012 ! Par-delà les traditionnels défilés des syndicats, dont je vais parler ci-dessous, on trouve cette année deux défilés très politiques :

 

* d'une part celui du Front National en l'honneur de Jeanne d'Arc, qui se terminera place de l’Opéra par un double discours de Jean-Marie le Pen, à l'occasion du 600e anniversaire de la Pucelle d'Orléans, et de Marine le Pen, en sa qualité de chef de parti politique.

 

* d'autre part celui de l'UMP place du Trocadéro à Paris, au nom de la fête du "vrai travail (sic !), de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille".

 

Ce défilé voulu par le Président-candidat a de quoi retenir l'attention, tant il pourrait donner lieu à de magnifiques sujets de dissertation aux rares concours de la fonction publique à défaut de la princesse de Clèves.

 

En effet, n'est-il pas surprenant, voire incongru, de faire défiler des militants et partisans politiques un jour traditionnellement dévolu aux forces syndicales ?


Sujet de dissertation : un défilé politique le 1er mai n'est-il pas un détournement de fonction ?

 

De plus, on peut s'interroger quant à la symbolique d'un défilé organisé par le pouvoir exécutif : celui-ci n'est-il pas en quelque sorte le début et la fin du processus législatif, notamment en matière de droit du travail où sa volonté s'impose plus que de raison en France ?

 

Sujet de dissertation : quelle place le pouvoir exécutif doit-il jouer dans le droit du travail ?

 

Ou bien faut-il y voir une attaque contre les syndicats et plus généralement contre les corps intermédiaires ?

 

Sujet de dissertation : les corps intermédiaires ont-ils une utilité politique et sociale ?

 

A moins que ce ne soit une énième façon de battre le rappel autour du thème de "la lutte contre l'assistanat" ?

 

Sujet de dissertation : la solidarité peut-elle encore exister dans un État en crise ? Sujet alternatif : gouverner, est-ce diviser ?

 

Bref, on ne comprend pas très bien ce que les politiques viennent chercher ce 1er mai, si ce n'est à faire le plein de voix dimanche prochain. Mais lorsque les mots sont galvaudés (valeur, travail,...) et que les mémoires se brouillent, il est indispensable de revisiter notre histoire pour y trouver des clés de compréhension du présent.

 

Tout d'abord, il est utile de rappeler que c'est le 30 avril 1947 que le gouvernement décida de faire du 1er mai un jour férié et payé, sans qu'il soit fait référence à une fête, ce qui signifie que l'appellation Fête du Travail n'est que coutumière ! Le 1er mai fut certes un jour désigné comme Fête du Travail et de la Concorde sociale, mais sous Vichy le 24 avril 1941...

 

Cette date du 1er mai s'inspire en fait des grèves et négociations du 1er mai 1886, qui débouchèrent sur une limitation de la journée de travail à huit heures aux États-Unis. C'est en 1889 que la deuxième Internationale socialiste réunie à Paris se donnera pour objectif la journée de huit heures, puisque jusque là le temps de travail habituel était de dix à douze heures par jour. Et pour marquer cette revendication, il fut décidé d'organiser une grande manifestation à date fixe (le 1er mai...) dans le but de faire entendre la même revendication de réduction du temps de travail dans tous les pays !

 

C'est ainsi qu'est née la Journée internationale des travailleurs également appelée Fête des travailleurs, avec un premier défilé le 1er mai 1890, où les ouvriers firent grève et défilèrent avec le célèbre triangle rouge à la boutonnière qui symbolisait les 3 grands tiers de la journée : travail, sommeil, loisir. Pour l'anecdote, il faudra attendre le 23 avril 1919 pour que le Sénat français impose une limite de travail à 8 heures par jour...

 

Enfin, puisque nous sommes en si bon chemin semé d'embûches, regardons ce que l'histoire peut nous apprendre sur le traitement du chômage au XIXe siècle. Après la révolution de février 1848, trop souvent oubliée par les Français et dont la déflagration se fit pourtant sentir partout en Europe, le gouvernement provisoire de la IIe République créa les Ateliers nationaux dans l'idée de procurer aux chômeurs de Paris un petit revenu en contrepartie d'un travail. A ce moment on ne peut que faire le parallèle avec des considérations très actuelles évoquées plus haut...

 

Mais nous allons rapidement voir que l'expérience des Ateliers nationaux conduisit à un désastre politique et social. En effet, l'Assemblée nationale, forte d'une majorité de notables provinciaux très méfiants à l'endroit des ouvriers, décida que les Ateliers nationaux ne devaient se voir confier aucun travail susceptible de concurrencer une entreprise privée ! Ils devinrent donc de facto condamné au supplice de Sisyphe (d'autant que le nombre de chômeurs qu'ils emploient augmente de façon vertigineuse) : abattre des arbres sains pour leur substituer de nouveaux arbres provenant des pépinières nationales, dépaver les rues pour ensuite les repaver à nouveau, etc.

 

Les Ateliers nationaux sont ainsi vus comme une poudrière d'ouvriers révolutionnaires et un gouffre économique par nombre de parlementaires, opposés à toute forme d'intervention de l'État dans le domaine économique et dans la régulation des relations patrons/salariés. Surtout,  rentiers et bourgeois de l'Assemblée se sentent offusqués de devoir entretenir avec l'argent public un nombre croissant de chômeurs employés par ce qu'ils surnomment désormais les "râteliers nationaux", considérant qu'une telle aide relève plutôt de la charité privée.

 

La Commission décide donc, le 20 juin 1848, la suppression des Ateliers nationaux, espérant au passage calmer les velléités révolutionnaires des ouvriers. 120 000 ouvriers furent dès lors licenciés par les Ateliers nationaux, ce qui déboucha sur de violentes émeutes de la faim que l'on appelle les journées de juin et une répression brutale.

 

En définitive, l'histoire nous rappelle que la question du travail et de sa valeur a souvent été traitée de manière partisane par le pouvoir politique, afin de satisfaire aux intérêts d'une minorité de riches faiseurs... Ce n'est donc pas en mélangeant les genres lors de défilés du 1er mai que l'on sortira par le haut d'une situation où le marché du travail se grippe tous les jours un peu plus sous l'air interdit des uns et des autres !


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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 14:06

 

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Passé le choc du 1er tour de l'élection présidentielle qui a secoué quelques certitudes chez nos politiques, voilà que les Cassandre annoncent une attaque spéculative sur la France. Le Cassandre en chef de la finance, le très médiatique Marc Fiorentino, affirmait déjà il y a quelques semaines dans la Tribune que "le 7 Mai la France sera attaquée. Et mise à genoux. Dans la City et dans les plus grands hedge funds américains, c'est la veillée d'armes. On se prépare".

 

Son argumentation ? La Finance chercherait à se venger de François Hollande (si d'aventures il était élu Président de la République) pour avoir osé la défier en déclarant lors d'un meeting qu'elle était sa "seule ennemie". Les hedge funds tapis dans l'ombre de la City s'empresseraient alors de vendre à découvert les titres de la dette française, ce qui ferait exploser les taux d'intérêt de la dette française et plongerait la France dans le chaos ! Et le clou du spectacle serait de voir François Hollande obligé de demander pardon aux marchés financiers (= rassurer les marchés financiers) et à Angela Merkel, en promettant à cette dernière de ne pas renégocier le traité budgétaire européen.

 

Ce genre de propos, par delà l'incongruité de les publier pendant une campagne électorale, est la preuve parfaite que l'économie prime malheureusement désormais sur toutes considérations politiques. En effet, en démocratie on se rend aux urnes pour un projet politique de vie en société et non pour atteindre des objectifs économiques qui seraient éventuellement mieux tenus par tel ou tel candidat. C'est au reste ce qui conduit à l'affaiblissement démocratique dans de nombreux États, les citoyens ne se sentant plus représentés par les candidats des grands partis traditionnels.

 

Le dernier exemple nous vient des Pays-Bas, où la coalition dirigée par le libéral Mark Rutte a chuté en raison de la défection de l'extrême-droite qui refusait de s'engager plus avant encore dans l'austérité économique ! Le pire est que le ministre néerlandais des finances veut coûte que coûte mettre en place ce plan d'austérité d'environ 14 à 18 milliards d'euros : âge de la retraite à 66 ans, gel du salaire des fonctionnaires, gel des prestations sociales, hausse du taux de TVA, baisse des dépenses de santé, etc. Peut-être le gouvernement néerlandais est-il adepte du slogan économico-politico-inepto-riendutout énoncé par l'économiste Arnoud Boot, qui déclarait dans le quotidien De Volkskrant : "bloed is goed, pijn is fijn" (le sang, c'est bon ; la douleur, c'est bien).

 

Le cas des Pays-Bas démontre au fond l'ineptie de cette vision de la politique réduite à faire uniquement de la rigueur économique. En effet, si le gouvernement néerlandais n'arrive pas à respecter son plan de réduction du déficit public, la Commission européenne pourrait infliger au pays une amende de 1,2 milliard d'euros... Or, qui se souvient encore que les Pays-Bas furent les premiers à s'associer à la vision allemande de l'austérité généralisée en Europe, avec le souhait d'un renforcement des sanctions automatiques ? Tout ceci rappelle l'histoire de l'arroseur arrosé... mais au détriment du peuple !

 

Ces considérations économiques vont d'ailleurs de paire avec la détestable manie de chiffrer systématiquement les propositions des candidats à l'élection présidentielle. Pourtant, Jean-Paul Fitoussi, alors président de l'OFCE en 2007, avait publié un manifeste où il expliquait que cela revenait à identifier un projet politique à sa valeur budgétaire, alors même "qu'une telle perspective est non seulement trompeuse, mais contraire aux exigences minimales de la déontologie économique"... 

 

C'est malheureusement ce dogmatisme économique de l'austérité qui conduit au délitement des structures économiques, puisque les citoyens (français, européens, ou autres) s'estimant abandonnés par leurs dirigeants politiques, en viennent à se réfugier dans l'extrémisme... Les citoyens ne doivent donc pas craindre la finance, et encore moins lui demander pardon d'un quelconque crime de lèse-majesté, mais la subordonner aux décisions politiques afin qu'elle revienne au service du développement de l'économie ! Mais pour cela, il faut des dirigeants politiques capables de s'opposer à la doxa économique officielle et porteurs d'un vrai projet pour l'Europe... et le pays !

 

L'enjeu étant si grand, un réveil salutaire pourra-t-il avoir lieu après une campagne du premier tour d'une médiocrité affligeante ?


 

N.B : l'image de ce billet provient du site info-resistance.org


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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 11:17

 

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Dans mon précédent billet, j'expliquais que l'absence de débats d'idées dans cette campagne électorale aura au moins servi les intérêts des vendeurs de sondages d'abord, des commentateurs de sondages ensuite, des oracles de passage, et enfin les experts en chiffrage des programmes électoraux. Bref, chacun aura fait son beurre sur le dos de la crémière France, qui en perd son beau sourire !

 

Même la ligne de front économique tend désormais à s'estomper à l'approche du premier tour de l'élection présidentielle : d'un côté, François Hollande évoque la renégociation du traité budgétaire européen, mais couplée à de l'austérité; de l'autre Nicolas Sarkozy souhaite voir évoluer la mission de la BCE vers le soutien à la croissance (et pas seulement la lutte contre l'inflation), mais couplé à de l'austérité. Donc, quel que soit le programme politique, on en revient à l'idéologie mortifère que la saignée économique sauvera la France et l'ensemble des pays européens, où elle est préconisée comme remède aux maux économiques.

 

Cependant, au vu des résultats obtenus en Grèce, en Espagne et au Portugal, un bon médecin de l'économie s'interrogerait sur le bien-fondé de son traitement :

 

* la Grèce, devenue le laboratoire de la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne), fut ainsi contrainte en février de s'engager à baisser de 22 % le salaire minimum et à supprimer 15 000 emplois publics, en contrepartie d'un plan de renflouement (130 milliards d'euros de prêts publics et abandon de 100 milliards de créances). Ce ne sera toujours que le sixième plan de rigueur en 5 ans... Résultat :

 

Emeutes-grce-2012.jpg

 

[ Source : France24.com ]

 

En clair, le chaos économique, social et politique désormais dans le berceau de la démocratie !

 

* le Portugal, quoique ne bénéficiant pas du même éclairage médiatique que la Grèce, s'est vu imposer le même traitement de choc par la Troïka, à savoir suppression d'emplois publics, baisse des salaires, "assouplissement des horaires de travail" (sic !), suppression de certains jours de congés, hausse des impôts, baisse du salaire minimum... Le tout en contrepartie d'une aide de 78 milliards d'euros. Résultat :

  Portugal-crise-2012.jpg

 

[ Source : Wat.tv ]

 

En clair, le chaos économique, social et bientôt politique !

 

* en Espagne, le gouvernement expliquait il y a encore quelques temps que l'économie ne se portait pas si mal. Mais un déficit public 2011 plus élevé que prévu (8,5 % du PIB) et un objectif de réduction du déficit en 2012 renégocié à la baisse, ont relancé la (et les) spéculation(s) sur la capacité de l'Espagne à rembourser ses dettes. Pourtant, dans l'espoir de satisfaire la Commission européenne et atteindre un déficit de 5,3 % du PIB, le gouvernement espagnol a élaboré en mars dernier le budget le plus austère de l'histoire de la démocratie espagnole (27 milliards d'euros d'économies) avec à la clé notamment une dérégulation massive du marché du travail. Résultat :

 

[ Source  : Bfmtv.com ]

 

L'océan de liquidités que la BCE a déversé sur la planète finance au travers des LTRO dont j'ai parlé ici, n'aura donc que très peu profité à l'Espagne, qui voit ses taux d'intérêt s'envoler et ses émissions obligataires échouer !

 

En clair, le chaos économique, social et bientôt politique !

 

 

Si l'austérité n'apporte pas les résultats attendus, c'est parce qu'elle est d'une part généralisée dans de nombreux pays d'Europe (il ne faut pas oublier que l'Union européenne est aussi une vaste zone de commerce interne et que les problèmes économiques des uns finissent dès lors par devenir ceux des autres) et d'autre part elle étouffe toute forme de reprise économique.

 

Pourtant, le couple Sarkozy-Merkel (Merkozy ?) a voulu approfondir cette voie avec le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l'Union économique et monétaire. Il s'agit d'un pacte budgétaire élaboré en décembre 2011 et qui souhaite contraindre fortement les politiques budgétaires à l'avenir : déficit structurel de chaque État membre inférieur à 0,5 % du PIB et mécanisme de correction automatique en cas de déficit excessif. Bref, après avoir privé les États de la politique monétaire, on cherche à les priver de tout instrument de politique budgétaire ! Pour plus de détails, le lecteur pourra lire avec profit la note publiée par Henri Sterdyniak à l'OFCE.

 

Paul Krugman, prix Nobel d'économie, cite même désormais l'Europe en exemple pour expliquer à ses concitoyens américains que les plans de rigueur constituent une politique économique inefficace et mortifère ! Il y a quelques jours, il s'est du reste fendu d'un billet de blog sur "le suicide économique de l'Europe", qu'il conclut ainsi : "Plutôt que d'admettre qu'ils se sont trompés, les dirigeants européens semblent déterminés à faire tomber leur économie - et leur société - d'une falaise. Et c'est le monde entier qui en paiera le prix"...

 

Enfin, le célèbre fossoyeur de la livre sterling, George Soros, craint dans un article paru dans Le Monde que "la politique des dirigeants actuels ne mène à un désastre. L'euro menace de détruire l'Union européenne et avec les meilleures intentions, les dirigeants sont en train de mener l'Europe à sa perte en essayant de préserver et d'imposer des règles inappropriées". Si même un spéculateur le dit...

 

A n'en pas douter, avec ce traitement qui empêche toute croissance économique, ce seront bientôt tous les États membres de la zone euro qui connaîtront les mêmes difficultés. C'est précisément cela l'effet de contagion dont parlent tant les dirigeants politiques sans comprendre qu'ils en créent les conditions de propagation !

 

Créons les digues indispensables à la survie de l'Europe et abattons les vieilles murailles sur lesquelles brillent encore les idoles néolibérales !


 


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