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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 11:23

 

66927638.jpg 

Ce qu'il y a de bien avec l'économie, c'est que même en expliquant un grand nombre de fois un mécanisme économique, il se trouve toujours un politique pour affirmer qu'une idée saugrenue est une idée lumineuse... Je fais référence à la déclaration du ministre de l'économie, Pierre Moscovici, qui a assuré que les prix des carburants allaient baisser la semaine prochaine.

 

C'est en effet un classique, dès que les prix des carburants sont en hausse, apparaissent les propositions populistes - j'expliquerai ci-dessous en quoi elles sont populistes - consistant soit à réduire les taxes sur l’essence ou à ressusciter la TIPP flottante (appelée depuis 2010 taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques, TICPE), soit à bloquer les prix des carburants :

 

 

Aux États-Unis, le président Obama réfléchit à l'idée de puiser dans les réserves stratégiques pour faire baisser les prix...

 

Une seule certitude : les prix des carburants ont bien évolué à la hausse pour atteindre des niveaux très élevés, comme en témoignent les chiffres publiés par la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) à partir des données fournies par les stations-service, et que l'on peut retrouver sur le site suivant :

 

prix-carburants-aout-2012.png

 

[ Source : http://www.prix-carburants.gouv.fr ]

 

Certaines stations services n'hésitent pas du reste à se payer sur le gras le dos du consommateur :

 

2-05-euros.jpg

A ce stade, il faut rappeler comment se forme le prix du litre d'essence. En France, au prix HTT (hors toutes taxes) de l'essence est ajouté une Taxe Intérieure sur la Consommation de Produits Énergétiques (TICPE, ex-TIPP) perçue sur les volumes vendus, ainsi qu'une TVA appliquée sur le prix TICPE comprise. On obtient alors le prix TTC de l'essence :

 

Prix-carburants-f.png

 

[ Source :  Le Figaro ]

 

Mais comment se forme le prix HTT de l'essence ? Celui-ci dépend essentiellement du cours du baril de pétrole et de la marge des transporteurs, distributeurs et raffineurs. Mais cette dernière, même si elle est en hausse, ne suffit pas à expliquer la hausse des prix actuels des carburants. On en déduit donc que les hausses actuelles TTC que nous connaissons, sont essentiellement liées au cours du baril de pétrole et au taux de change euro/dollar. Pour le dire autrement, le cours du baril est élevé en raison notamment des tensions géopolitiques en Iran et de la baisse de l'euro par rapport au dollar qui renchérit les importations en dollar comme le pétrole.

 

Pour l'essentiel donc, le prix de l'essence dépend de paramètres sur lesquels l'État n'a que peu d'emprise. Cela n'empêche pas la multiplication des déclarations populistes,  les uns accusant l'État de s'enrichir sur le dos du consommateur quand les prix du pétrole augmentent (partiellement faux puisque la TICPE étant perçue sur les volumes, une forte hausse du prix de l'essence réduira la consommation de carburants, donc les recettes de TICPE), les autres appelant au boycott des stations services (comment réussir cela dans un monde dépendant au pétrole et face à un énorme monopôle ?).

 

Or, le principe de l’incidence fiscale permet de montrer que, sous couvert d’aider les consommateurs, ces baisses de taxes seront captées par les producteurs de pétrole et ne profiteront que très peu aux consommateurs. Une preuve éclatante en avait été donnée avec l'échec de la TIPP flottante mise en place par Lionel Jospin en 2000 : le prix du litre d'essence n'avait baissé que de 1 centime mais la mesure avait coûté 2 milliards d'euros au budget de l'État, selon le rapport du député PS Launay !

 

Si le gouvernement baisse dans les prochains jours la TICPE, qui a rapporté 25 milliards d'euros en 2011, le manque à gagner pour le budget de l'État sera conséquent par ces temps de disette. Certains chiffrages indiquent ainsi qu'une baisse des taxes de 10 centimes par litre durant trois mois coûterait... 1,25 milliard d'euros ! Ce nouveau déficit devra dès lors être financé par de l'endettement et/ou d'autres hausses d'impôts, même si l'État souhaite par ailleurs mettre les pétroliers et distributeurs à contribution. 

 

J'avais exposé ce principe de l'incidence fiscale dans une petite vidéo, réalisée lorsque la Maison Blanche envisageait de réduire les taxes sur les carburants durant l'été 2008. Dans le cadre d'un modèle simple (vers la 5e minutes de la vidéo), j'explique pourquoi il n'y a pas grand chose à attendre d'une telle mesure...

 

 

N.B : l'image de ce billet provient du site forum-auto

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 10:19

 

Sauvetage-grece.jpg

 

Le gouvernement multipartis en Grèce (conservateurs, socialistes et gauche modérée) est pris en tenaille entre ses bailleurs de fonds, qui exigent un nouveau plan d'austérité de 11,5 milliards d'euros pour 2013 et 2014, et le peuple qui ne supporte plus les conséquences sociales de cette rigueur massive. Il est vrai que le gouvernement grec a cédé à peu près tout ce qui restait de souveraineté nationale à la troïka...

 

Pour répondre aux injonctions de la troïka (BCE + FMI + UE), et obtenir le déblocage en septembre d'une tranche du prêt de 31,5 milliards d'euros tiré des 130 milliards d'euros accordés en février, le gouvernement s'apprête à reprendre son programme de mise en réserve de 40 000 fonctionnaires (c'est-à-dire leur donner 40 % de leur traitement pendant un an avant de les licencier), réduire les dépenses des ministères, fusionner plusieurs organismes publics, baisser les traitements des fonctionnaires, baisser les retraites, couper dans les aides sociales,... Mais comme cela ne devrait pas suffire, il est prévu un important programme de privatisation des entreprises publiques : aéroport d'Athènes, loterie publique, paris sportifs, société de distribution et de gestion du gaz naturel, etc.

 

Rien d'étonnant donc, comme je l'avais évoqué dans ce billet, que les Grecs perdent confiance en leur système financier, au point qu'entre les élections du 6 mai 2012 et le 24 mai 2012 ils avaient retiré entre 2,5 et 3 milliards d'euros de leurs comptes en banque. Depuis le début de la crise en 2009, les dépôts des banques grecques n'ont cessé de fondre, les retraits avoisinant les 2,5 milliards d'euros par mois en moyenne !

 

Ce phénomène de retrait s'explique d'abord par la crainte de voir les banques grecques faire faillite, d'autant que la BCE avait cessé de fournir des liquidités à certaines banques grecques en raison de leur sous-capitalisation... Mais il y a également la crainte d'un retour à la drachme qui  pousse aussi les Grecs à conserver des bas de laine en euros, sachant que la nouvelle monnaie nationale sera fortement dévaluée par rapport à l'euro (50 % semble être une estimation sérieuse). En outre, lorsque le climat économique et politique se dégrade dans un pays, les gens préfèrent avoir des liquidités pour payer, ce qui n'est pas sans rappeler la préférence pour la monnaie dont parlait déjà Keynes.

 

Les politiciens grecs répétaient et répètent encore à l'envi que ces nombreuses saignées économiques permettront au pays de se relancer. Or, force est de constater que malgré les incantations, rien ne vient... Pire que cela, le PIB devrait encore se contracter de 4,5 % en 2012 selon la Banque de Grèce, après une baisse de 6,9 % en 2011 !

 

croissance Grèce

 

[ Source des données : Eurostat ]

 

Quant au chômage, celui-ci est devenu endémique avec un taux record de 23 % de la population active au mois de mai 2012 ! Pour le dire autrement, le taux de chômage a été multiplié par deux depuis 2010 :

 

grece-chomage.jpg

 

[ Source : Capital.fr ]

 

  Je n'ai pour ma part de cesse de répéter que l'austérité généralisée au sein de la zone euro conduira nécessairement à une implosion de la monnaie unique, puisque d'aucuns semblent oublier que l'Union européenne est aussi une vaste zone de commerce interne et que les problèmes économiques des uns finissent dès lors par devenir ceux des autres (Cf; l'Allemagne). Paul Krugman, prix Nobel d'économie, cite même désormais l'Europe en exemple pour expliquer à ses concitoyens américains que les plans de rigueur constituent une politique économique inefficace et mortifère ! Dans son billet de blog "le suicide économique de l'Europe", il conclut : "Plutôt que d'admettre qu'ils se sont trompés, les dirigeants européens semblent déterminés à faire tomber leur économie - et leur société - d'une falaise. Et c'est le monde entier qui en paiera le prix"...

 

Mais cela n'empêche pas les dirigeants européens de continuer sur la voie de l'austérité, comme en témoignent la ratification prochaine Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, dit Pacte budgétaire) qui s'annonce déjà comme un instrument qui portera l'estocade à la zone euro... J'en avais rendu compte dans ce billet où j'expliquais qu'il s'agirait d'un accord intergouvernemental - imposé par la France et l'Allemagne - engageant les 17 États-membres de la zone euro et quelques volontaires kamikazes à  renforcer notamment la discipline budgétaire au sein de la zone euro avec pour objectif d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux. Au final, ce traité est surtout le moyen de graver la rigueur budgétaire, et ce faisant le programme néolibéral, dans les piliers de l'Union européenne...

 

Et ce ne sont pas les propositions de croissance de François Hollande qui changeront l'orientation de ce traité. Qui peut en effet croire que ces fonds alloués sur 4 ans à la croissance pourront compenser les 240 milliards que coûtent chaque année les plans d'austérité dans la zone euro ? Au reste, une impulsion d'à peine 1 % du PIB européen ne suffira sans aucun doute pas à avoir un impact macroéconomique déterminant.

 

En définitive, disons-le sans ambages : la Grèce fera tôt ou tard défaut sur sa dette, car le pays se trouve en effet dans une situation d'insolvabilité budgétaire et extérieure qui ne peut s'améliorer, même avec une réduction importante de sa dette publique (voir mon billet Comment soigner une crise de solvabilité d'un État ? pour une analyse plus technique de ces questions de soutenabilité de la dette). Et ce n'est pas l'allongement de deux ans du calendrier de son programme d'austérité qui changera quelque chose.

 

De plus, l'entente entre les peuples en Europe ne permet pas d'espérer un éventuel fédéralisme salvateur :  la Finlande n'a-t-elle pas annoncé qu'elle préparait son pays à une éventuelle sortie de l'euro ? Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, n'a-t-il pas estimé qu’une sortie de la Grèce de la zone euro serait "gérable mais très coûteuse" ?

 

La suite risque donc fort d'être bien noire en Europe...


 

N.B : l'image de ce billet provient d'un article du site presseurop.eu

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 10:46

prix-ble.jpg

 

Une sécheresse historique accable les États-Unis depuis quelques semaines, au point de compromettre inévitablement la production de maïs notamment :


 

Cela se retrouve bien entendu dans les prix, en particulier pour le contrat décembre 2012 du marché des produits agricoles à Chicago :

 

cbotcis.png

 

[ Source : CME Group ]

 

Ainsi, rien qu'au mois de juillet, les cours du maïs sur le marché de Chicago ont augmenté de 23 % ! Mais les cours des autres céréales ont aussi connu une augmentation, comme par exemple le blé (près de 20 %), en raison de l'anticipation d'une moins bonne production en Russie et en Ukraine, alors que la demande restera soutenue. Le sucre, quant à lui, a subi les aléas climatiques de son principal exportateur le Brésil, ainsi que le retard de la mousson en Inde et le manque de pluie en Australie.

 

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[ Source : Ouest France ]

 

Au final, ces hausses de cours renchérissent la facture des produits alimentaires de base, comme le montre l'évolution de l’indice FAO (Food and Agriculture Organization, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), qui mesure les fluctuations mensuelles des cours internationaux d’un panier de produits alimentaires de base (sucre, céréales, produits laitiers, viande, huiles et matières grasses). Cet indice affiche ainsi une hausse inquiétante de 6 % en juillet par rapport à juin :

 

prix-alimentaires2.jpg

 

[ Source : FAO ]

 

Mais si pour l'instant les prix alimentaires de la viande et ceux des produits laitiers sont restés stables ou baissent, ils risquent très probablement d'être touchés par la hausse des cours des céréales. En effet, si les cours des céréales s'envolent, les prix de l'alimentation animale augmenteront très certainement d'ici quelques mois, ce qui étouffera les éleveurs déjà pris à la gorge par la grande distribution et se répercutera nécessairement encore un peu plus sur les prix des produits dans notre assiette !

 

Tout le monde a encore en mémoire l'été 2008 où les cours des céréales sur les marchés internationaux avaient atteint leur plus haut niveau depuis près de 30 ans :

 

prix-cereales-2007-2010.JPG

[ Source : Alternatives Économiques ]

 

Des émeutes de la faim avaient alors vu le jour dans différentes régions du monde, ce qui avait conduit le G20 à mettre en place un système d'information sur les marchés agricoles (AMIS), afin de surveiller la volatilité des cours agricoles. De plus, un Forum de réaction rapide avait été créé dans le but de coordonner les réponses politiques en temps de crise agricole. Pour l'instant, le ministre français de l'agriculture affirme avoir saisi l'AMIS et ne s'interdit pas de faire appel au Forum de réaction rapide si nécessaire... Bref, la situation est tendue !

 

Mais elle l'est d'autant plus que certains facteurs viennent l'aggraver. On pense bien entendu d'abord à la spéculation, puisqu'en pleine crise financière les investisseurs se réfugient désormais dans les matières premières, avec pour conséquence d'accroître artificiellement les échanges sur les marchés agricoles et d'accompagner l'ampleur des variations de cours.

 

En outre, il ne faut pas oublier que dorénavant 40 % de la production nationale de maïs terminent en agrocarburants, depuis un règlement fédéral de 2007 (Renewable Fuel Standard) qui impose d'incorporer de l'éthanol dans l'essence automobile. "Nourrir l'estomac des véhicules avec des cultures vivrières, est-ce vraiment un progrès lorsque près d'un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde ?", telle était ma conclusion dans mon dictionnaire révolté d'économie :

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 11:15

 

billet-euro.png

 

Nous allons nous concentrer dans ce billet sur les taux d'intérêt à long terme. Commençons alors par regarder le graphique ci-dessous, qui présente l'évolution de l'inflation et des taux d'intérêt à 10 ans aux États-Unis :

 

taux-reels-eu.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

On constate que sur la période récente, l'inflation est devenue supérieure aux taux d'intérêt à long terme. Les économistes disent alors que les taux d’intérêt réels à long terme sont devenus négatifs (pour simplifier, taux d'intérêt réels = taux d'intérêt nominal - inflation). Qu'en est-il en Europe ?

 

taux-reels-allemagne.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

L'Allemagne est donc dans le même cas que les États-Unis, tout comme la Finlande ou les Pays-Bas. Et la France ?

 

taux-reels-france.jpg

 

[ Source : Natixis ]

 

Dans notre pays, les taux d'intérêt réels à long terme sont donc sur le point, eux aussi, de devenir négatifs.

 

Quel est l'impact des taux d'intérêt réels à long terme négatifs ?

 

Pour l'emprunteur à taux fixe, cela favorise le désendettement, surtout lorsque l'on se souvient que le taux d’endettement des ménages + entreprises atteint 140 % du PIB aux États-Unis et plus de 200 % au Royaume-Uni. Cet avantage est également important pour les pays dont la dette publique est très élevée.

 

Néanmoins, une telle situation peut a contrario décourager les prêteurs, c'est-à-dire ceux qui souhaitent acheter des obligations publiques ou privées. En effet, quel "intérêt" financier auraient-ils à prêter si leur pouvoir d'achat baisse ? 

 

Pourquoi les taux d'intérêt réels à long terme sont-ils devenus négatifs ?

 

Avec la crise et plus précisément la peur d'un défaut de certains pays de la zone euro, les investisseurs ont pratiqué le fly to quality, c'est-à-dire la recherche de valeurs refuge où investir leur argent. Cette demande massive, conjuguée aux achats de dettes publiques par les Banques Centrales aux États-Unis et au Royaume-Unis (l'encours de dette publique détenue par la FED est ainsi passé de 500 milliards de dollars en 2009 à près de 1 700 milliards aujourd'hui !), a conduit à une baisse des taux d'intérêt à long terme à des niveaux inférieurs à l'inflation.

 

Complément

 

Ce que nous venons de dire s'applique au marché secondaire, là où sont échangés des titres financiers déjà émis. Mais depuis quelques temps, on voit apparaître des taux d'intérêt négatifs sur le marché primaire des obligations (notamment le Bubill allemand 6 mois), c'est-à-dire le marché des titres financiers nouvellement émis. Comment est-ce possible ? Qu'est-ce que cela signifie ?

 

En pratique, cela correspond à la situation où les investisseurs acceptent de prêter des fonds à un État en perdant de l'argent au passage ! Dit autrement, ils acceptent de payer pour prêter (sic !). L'explication est à cherchée du côté de la crise de la zone euro une nouvelle fois : si les investisseurs craignent une explosion de la monnaie euro, ils placeront leurs fonds dans un pays réputé sans risque, le but en période de crise n'étant plus d'obtenir un retour sur investissement, mais un simple retour de leur investissement déjà !

 

Pour aller au bout du raisonnement, si les investisseurs sont prêts à perdre de l'argent pour détenir de la dette allemande (par exemple), c'est parce que d'une part ils peuvent utiliser ces obligations allemandes comme une excellente garantie (on dit également collatéral) pour se refinancer auprès de la BCE... et si d'aventure la zone euro devait se déliter, un retour au Deutschmark verrait très certainement cette monnaie s'apprécier par rapport à l'euro et aux autres devises, ce qui entraînerait un gain pour les investisseurs.

 

 

En définitive, les situations évoquées ci-dessus, loin d'être rassurantes comme semblent le penser certains médias, sont plutôt le signe d'une dégradation profonde de la confiance au sein de la zone euro. Et peut-être, mais j'espère avoir tort, le signe avant-coureur de l'explosion de l'euro...


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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 13:08

  hypertrophie-banques.gif

J'ai récemment rendu compte dans un billet de mon blog des pluies, orages, tornades et tsunamis qui ont déferlé sur le monde bancaire depuis quelques semaines. Le nirvana a été atteint avec la falsification du taux LIBOR, puisque le marché des contrats de dette indexés sur le LIBOR atteint  450 000 milliards de dollars... Cela en fait donc le plus grand scandale financier de tous les temps, qui verra certainement de nombreuses banques mises en cause ainsi que des régulateurs trop complaisants !

 

J'avais conclu mon billet en expliquant pourquoi il n'y avait point de salut à attendre de la prétendue re-régulation financière (Dodd-Frank, Volcker,...). L'argument principal était que les efforts actuels de régulation n'ont pas pour finalité d'éviter une nouvelle crise, mais tout au plus d'empêcher que ses effets ne soient trop violents. Dit autrement, les gouvernements se soumettent donc volontairement aux injonctions de la finance !

 

Or, force est de constater que les activités de marché sont désormais tenues par un oligopole constitué de quelques grandes banques internationales (Goldman Sachs, JP Morgan Chase, HSBC, Barclays, UBS, BNP, pour n'en citer que quelques unes), qui deviennent de facto des établissements systémiques c'est-à-dire dont la défaillance pourrait affecter l'ensemble du système financier mondial à l'instar de Lehman Brothers. Il est donc naïf de croire que les "marchés financiers" dont on ne cesse de parler dans les médias représentent des entités anonymes ou des boîtes noires...

 

Ces quelques banques qui forment l'oligopole ont besoin, pour survivre, d'étendre leur influence dans la sphère politique afin de s'assurer que les lois votées ne remettent pas en cause leur suprématie. D'où d'une part les actions de lobbying qui sont menées contre toute forme de régulation et qui aboutissent à vider ces lois de leur substance, et d'autre part le contournement des lois déjà en vigueur par le biais d'innovations financières parfois subventionnées par les États eux-mêmes (pensez au crédit impôt recherche en France) !

 

Pourtant, et c'est là un constat ubuesque, lorsque le coeur du système financier mondial fut touché par la crise des subprimes en 2007/2008, les États sont venus secourir les banques qui ont fait une hypertrophie de produits dérivés avant que ces dernières ne reprochent aux États d'être trop endettés ! Cette hypertrophie de la finance est du reste une réalité quantifiable : les volumes de transaction sur produits dérivés sont devenus très dangereux et ne correspondent plus uniquement à des logiques de couverture de risques. Bien au contraire comme le montre le tableau ci-dessous, qui présente les flux dans la sphère économique mondiale en milliers de milliards de dollars (appelés trillions par les Américains et parfois téra-dollars) :

 

flux-financiers.png

 

[ Source : www.financeglobale.fr ]

 

A partir de ces chiffres issus du FMI, de la Banque mondiale, de la BRI, et compulsés par François Morin notamment, on constate que les flux financiers sont près de 60 fois supérieurs aux flux de l'économie réelle ! Pour le dire autrement, la spéculation fait rage sur les marchés financiers...

 

Ces flux financiers gigantesques trouvent leur source dans la libéralisation des marchés financiers depuis les années 1980. En effet, avant les accords de la Jamaïque en 1976, les taux de change étaient (pour simplifier) fixes. Donc point de risques de change et donc inutilité d'un marché de couverture. De même, la maîtrise des taux d'intérêt à court terme par les Banques centrales et ceux à long terme par l'encadrement du crédit rendait inutile une couverture des risques de variations des taux d'intérêts. Mais lorsque le taux de change et le taux d'intérêt furent libéralisés, les investisseurs témoignèrent d'une aversion très forte à ces risques et l'on créa donc des produits dérivés destinés à s'en couvrir sur les marchés financiers. Au final, depuis 30 ans, une part importante des transactions sur les marchés financiers sert à couvrir les risques liés au fonctionnement même des marchés financiers ! C'est le système qui marche sur la tête...

 

Pour être complet, il est important de préciser que l'essentiel de la spéculation sur les marchés financiers est le fait d'acteurs peu ou pas réglementés comme les hedge funds. Ces fonds spéculatifs, de par leur stratégie très agressive sur les marchés, peuvent être très rentables, d'où l'empressement des banques à les acquérir les 20 dernières années. D'autant que ces opérations restent considérées comme de la couverture de risques, et n'apparaissent donc pas dans le bilan des banques mais en hors-bilan. Enfin, faut-il rappeler que l'essentiel des échanges se fait encore de gré à gré donc à l'ombre des regards indiscrets ?

 

Résultat de la course aux échalotes financières : des crises à répétition et une crise mondiale multifacette depuis 2007 ! Il est donc indispensable pour les gouvernements de reprendre la main sur les taux d'intérêt et les taux de change, qu'ils n'auraient jamais dû céder à la jungle des marchés financiers !


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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 12:26

  solvabilite.jpg

 

Depuis 2007, la Grèce est devenue le cas d'école d'un problème d'insolvabilité traité fautivement comme un problème de liquidité. J'en avais rendu compte dans plusieurs billets, notamment ici ou . Aujourd'hui, je vous propose de voir quelles politiques économiques un gouvernement peut appliquer pour faire face à une crise d'insolvabilité. Mais commençons par quelques définitions et précisions.

 

Qu'est-ce qu'une crise de solvabilité ?

 

A la différence de la crise de liquidité où l'emprunteur peut payer ses dettes mais ne trouve pas temporairement de prêteur, la crise de solvabilité concerne l'emprunteur qui ne peut pas rembourser ses dettes. 

 

Crise de solvabilité externe vs crise de solvabilité budgétaire

 

On distingue la solvabilité externe (ou extérieure) et la solvabilité budgétaire. La première concerne la capacité d'un pays à faire face à son endettement vis-à-vis de l'extérieur et la seconde sa capacité à faire face à l'endettement public (i.e État + collectivités + sécurité sociale + autres organismes divers d'administration centrale).

 

La solvabilité budgétaire est assurée dans le temps lorsque le taux d'endettement public en pourcentage du PIB n'augmente plus ou mieux baisse, ce qui se traduit par la condition que le déficit public soit inférieur au produit de l’endettement public et de la croissance en valeur. De même, la solvabilité extérieure est assurée dans le temps si le déficit courant est inférieur au produit de l'endettement extérieur et de la croissance en valeur.

 

Autant il est possible de faire face à un déficit budgétaire excessif, en l'absence de déficit extérieur, en canalisant l'épargne domestique vers le financement du déficit public, autant l'insolvabilité externe est bien plus dangereuse en raison de l'engagement avec des non résidents. En effet, si la dette extérieure est devenue excessive au point de rebuter les prêteurs non-résidents à continuer de prêter, alors les pays n'arrivent plus à financer leur déficit extérieur et renouveler leur dette extérieure, ce qui débouche sur une crise grave. 

 

Le japon est dans le premier cas avec un déficit public de plus de 8 % du PIB et un excédent de la balance courante de près de 2 %, tandis que la Grèce double son insolvabilité externe (plus de 10 % de déficit courant et 140 % du PIB de dettes nettes extérieures en 2011) d'une insolvabilité budgétaire (plus de 9 % du PIB dé déficit public et 160 % du PIB de dettes publiques en 2011).

 

Que peut-on faire si un pays est en crise de solvabilité externe ?

 

* La première idée qui vient à l'esprit est de réduire son déficit extérieur jusqu'à le faire disparaître. Cela se fait naturellement avec une dévaluation de la monnaie qui permet de retrouver une compétitivité-coût. Malheureusement c'est impossible au sein de la zone euro et une telle restauration de la compétitivité-coût passe alors nécessairement par des gains de productivité et une réduction des coûts salariaux, ce que l'on appelle une dévaluation interne.

 

Résultats d'une telle politique économique ? Freinage ou baisse des salaires nominaux et/ou réels, baisse du coût salarial unitaire, et par conséquent baisse de la demande, de la croissance et de l'emploi. Mais le déficit extérieur est réduit...Victoire à la Pyrrhus !

 

* La deuxième idée, qui est au reste la plus usitée dans l'histoire, consiste à restructurer la dette extérieure. Violent, mais assurément un viatique lorsque l'on sait que les intérêts payés sur la dette extérieure constituent 22 % du déficit de la balance courante en Grèce (qui vient de restructurer sa dette publique), et presque 100 % en Espagne ! Si de plus on jette un oeil sur le graphique ci-dessous, qui représente la part de la dette publique détenue par les non résidents en 2011, on en déduit qu'il y a un intérêt à restructurer aussi la dette publique, notamment pour l'Espagne où cela  réduirait le déficit courant de manière importante.

 

-dette.jpg

 

[ Source des données : FoF, BoJ, Natixis ]

 

Et aujourd'hui, quelles sont les pays en crise de solvabilité extérieure au sein de la zone euro ?

 

Il s'agit essentiellement de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal. En effet, bien que l'on trouve des déficits publics et externes en France et en Italie, ceux-ci restent de taille assez faible tout comme le taux d'endettement externe. A contrario, en Grèce, en Espagne et au Portugal les taux d'endettement public et d'endettement extérieur ne cessent d'augmenter pour atteindre des niveaux insoutenables.

 

 

En définitive, la crise de la zone euro, dont j'avais expliqué qu'elle était une crise de la balance des paiements, ne cessera de se poursuivre tant que la question de l'insolvabilité externe n'aura pas été réglée d'une manière noble (fédéralisme) ou violente (restructuration).

 


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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 10:51

pret_banque.jpg

 

Avis de gros temps sur planète banque ces derniers temps. Petit florilège des pluies, orages, tornades et tsunamis qui ont déferlé sur le monde bancaire :

 

* un rapport du Sénat américain pointe des failles graves dans le système antiblanchiment de HSBC aux États-Unis. Sa filiale HBUS aurait un peu trop fricoté avec le Mexique, à tel point que les parlementaires américains évoquent de possibles opérations de blanchiment de fonds des cartels de la drogue mexicains. Agissant probablement dans une volonté de concorde incomprise par les régulateurs, HSBC aurait également aidé des banques iraniennes à contourner les sanctions économiques qui frappent l'Iran, tout en jouant les intermédiaires dans de nébuleuses affaires russo-japonaises. Pour compléter le tableau, la banque a aussi également entretenu des relations financières avec des institutions bancaires soupçonnées de financer les groupes terroristes...

 

* fin juin, JPMorgan avait annoncé une perte de 2 milliards de dollars sur des produits dérivés. Un trader français, Bruno Iksil surnommé "la baleine de Londres", venait de connaître la gloire de faire partie du cercle de moins en moins restreint des destructeurs systémiques. Le PDG de la banque, Jamie Dimon, qui avait dans un premier temps présenté ces pertes comme une simple mauvaise stratégie, a dû se raviser et admettre que les pertes dépassaient déjà les 4 milliards de dollars d'autant que les experts estiment que l'on pourrait s'acheminer vers 7 à 9 milliards de pertes au final !  Mais qui a vraiment compris que la banque avait utilisé une des exceptions prévues par la loi Volcker, qui interdit pourtant le trading sur fonds propres ? Lobbying quand tu nous tiens...

 

Et pourtant, il ne s'est trouvé que l'ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, pour lancer une pétition contre le maintien du siège de Jamie Dimon à l'une des instances de la FED (oui vous avez bien lu : le PDG de JPMorgan siège quelque part au sein de la Banque centrale des États-Unis !).  Mais n'oublions pas que l'histoire de JPMorgan est émaillée de petits gros péchés mortels, depuis la période des barons voleurs jusqu'au soutien discret au Reich allemand...

 

* Toujours au mois de juin, la banque Barclays avait reconnu avoir falsifié le taux LIBOR d'une part pour engranger des profits (ah bon ?), d'autre part pour cacher la misère de ses comptes après la crise de 2008. Est-ce très vilain ? Si peu, puisque le marché des contrats de dette indexés sur le LIBOR atteint seulement 450 000 milliards de dollars...Cela en fait donc le plus grand scandale financier de tous les temps, qui verra certainement de nombreuses banques mises en cause ainsi que des régulateurs trop complaisants !

 

Il existe pourtant une manière simple d'éviter ce genre de séisme financier : comparer au jour le jour le taux moyen réel pratiqué sur les  transactions et le taux déclaré. J'ai peut-être oublié de préciser que le LIBOR (London Interbank Offered Rate) est le taux auquel les banques se prêtent de l'argent entre elles sans garantie (pour une devise et une maturité concernée bien entendu), mais qu'il est calculé sur la base des déclarations de taux faites par plusieurs grandes banques sans aucune vérification. Je me souviens d'un étudiant qui m'avait un jour demandé pourquoi on faisait confiance aux banques pour calculer le taux LIBOR. Ma réponse fit rire tout l'amphithéâtre : "il est vrai que banquier rime avec honnêteté" !

 

* Le directeur général du courtier américain Peregrine Financial Group (PFGBest) vient d'avouer avoir fraudé depuis plus de 20 ans en créant et usant de faux relevés de banques, ce qui lui a permis de détourner plusieurs millions de dollars des comptes de ses clients (juste 200 millions d'après la Commodity Futures Trading Commission...). Ai-je oublié de dire qu'il avait fait ses aveux avant de chercher à se suicider en s'asphyxiant avec les gaz d'échappement de sa voiture ? Le monde de la finance est assurément devenu irrespirable...

 

* Le coutier américain MF Global, dirigé alors par Jon Corzine ancien coprésident de Goldman Sachs, ancien Sénateur et ancien Gouverneur du New Jersey (rien que ça), avait maquillé un trou de 633 millions de dollars... qui appartenaient à ses clients. En somme, MF Global avait utilisé les fonds de ses clients pour renflouer ses pertes ! Résultat des courses : MF Global, qui gérait 41 milliards de dollars d'actifs, a été la huitième plus grosse faillite que les États-Unis aient connue depuis 1980 et aucun régulateur n'a vu le tsunami arrivé...

 

* Il y a quelques semaines Raj Rajaratnam, fondateur du fonds d'investissement américain Galleon, a été reconnu coupable d'un délit d'initié qui lui aurait rapporté au bas mot 45 millions de dollars. Il avait bâti un réseau très développé de personnes (dont des cadres supérieurs de McKinsey & Co et de Goldman Sachs) qui lui fournissaient des informations  confidentielles sur de nombreuses entreprises. Il purge depuis une peine de prison de 11 ans. Précision : l'homme était déjà milliardaire et avait donc grandement besoin de ces 45 millions d'euros pour vivre, pardon je voulais dire ces 41 000 SMIC...

 

* Alors que Dexia n'est plus qu'une banque zombie qui met les collectivités locales en situation de crise après leur avoir coupé le robinet à liquidités, et que le Crédit immobilier de France (CIF) se meurt en silence, la Banque postale est appelée par l'État français pour sauver ces institutions. Qui a dit que la Poste ne savait pas diversifier ses risques ?

 

Ceci n'est qu'un modeste échantillon des tourmentes bancaires, car les banques espagnoles mériteraient à elles seules un billet complet, même si j'ai déjà souvent écrit sur l'Espagne notamment dans ce billet. Et cela sans compter sur les prochaines affaires de la haute finance qui ne manqueront pas d'avoir lieu dans les mois à venir !

 

 

En définitive, il n'y a point de salut à attendre de la prétendue re-régulation financière (Dodd-Frank, Volcker,...). D'une part parce qu'un intense lobbying a vidé ces lois de leur substance, d'autre part parce qu'avant même d'être votées elles sont déjà contournées par le biais d'innovations financières parfois subventionnées par les États eux-mêmes (pensez au crédit impôt recherche en France) ! Mais surtout, les efforts actuels de régulation n'ont pas pour finalité d'éviter une crise (la prochaine donc ?), mais tout au plus d'empêcher que ses effets ne soient trop violents. Et au final, rien n'est fait pour briser les rapports consanguins entre la finance et la politique...

 

L'argent public va-t-il donc continuer à sauver les banques sans aucune contrepartie des actionnaires et créanciers de ces établissements ?

 

N.B : l'image de ce billet provient du site http://aucoinducomptoir.wordpress.com

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 10:42

 

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Voilà bientôt 5 ans qu'au travers de mes conférences, cafés économiques, interventions dans les médias, articles et livres, j'explique la nature de la crise que nous connaissons et les moyens d'y faire face. Nous sommes au reste nombreux à le faire, les économistes atterrés en étant à leur 3e livre si je ne m'abuse. Or, force est de constater que le bon diagnostic n'a toujours pas été posé par certains politiques - de gauche comme de droite du reste -, soit qu'ils campent sur une explication qui les arrange politiquement soit qu'ils n'y comprennent rien... Souvenez-vous ainsi de cette intervention :

 

 

ou encore de celle-ci :

 

 

Dans les deux cas la crise est présentée comme étant la résultante d'un endettement excessif des États et des administrations publiques. Alors que Nicolas Sarkozy parlait de rembourser la dette publique (1 700 milliards d'euros, sic !), Christine Lagarde se réjouissait en 2010 de la création prochaine d'un nouveau pacte européen de rigueur budgétaire, dont les prescriptions de rigueur envoient un à un les États européens au tapis : Grèce, Portugal, Espagne, Irlande,...

 

Pourtant l'aveuglement se poursuit avec le traité européen TSCG auquel j'avais consacré tout un billet. J'y expliquais notamment qu'il s'agissait d'un accord intergouvernemental - imposé par la France et l'Allemagne -, engageant les 17 États-membres de la zone euro et quelques volontaires kamikazes à renforcer la discipline budgétaire au sein de la zone euro avec pour objectif d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux. Bref, toujours ce constat dogmatique du surendettement des États...

Mais quelle est donc la vraie nature de la crise au sein de la zone euro ?

La réponse se trouve sur les deux graphiques ci-dessous :

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[ Source : Natixis, flash économie n°366 ]

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[ Source : Natixis, flash économie n°366 ]

 

Il s'agit donc d'une crise de la balance des paiements ! Pour mémoire, la balance des paiements retrace sous une forme comptable l'ensemble des flux d'actifs réels, financiers et monétaires entres les résidents d'une économie et les non-résidents au cours d'une période déterminée. L'Espagne, l'Italie, la Grèce et les autres pays en difficulté ont un déficit extérieur structurel (c'est-à-dire une balance courante structurellement déficitaire) qui les oblige à s'endetter sans cesse à l'étranger. Or, cette dette extérieure est devenue excessive au point de rebuter les prêteurs non-résidents à continuer de prêter. Ces pays n'arrivent par conséquent plus à financer leur déficit extérieur et renouveler leur dette extérieure.

 

Comme ces pays font partie de la zone euro, leurs difficultés extérieures ne se traduisent plus par des variations de taux de change... mais par des taux d'intérêts très élevés (cliquez sur l'image pour l'agrandir) !

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[ Source : Monde diplomatique ]

 

Et lorsqu'un pays n'arrive plus à financer son déficit extérieur en raison de taux d'intérêt stratosphériques, il ne lui reste plus qu'à faire appel à court terme aux prêteurs publics : FMI, troïka, FESF, MES bientôt,... Il est évident que cette situation est intenable à long terme puisque les institutions publiques ne peuvent prêter sans cesse des fonds à un pays.

 

Quelles sont les solutions pour arrêter cette crise ?

 

Il n'existe que deux possibilités à ce stade :

 

* créer une Union européenne fédérale où les déficits extérieurs sont compensés par des flux de revenus en provenance des pays excédentaires.

 

* faire disparaître le déficit extérieur si personne n'est prêt à prêter des fonds aux pays en difficulté

 

La première solution relevant actuellement plus du fantasme que de la réalité prochaine, les pays cherchent essentiellement à faire disparaître leur déficit extérieur comme l'a fait l'Irlande en 2010. Rappelons que la balance courante résulte principalement de la balance commerciale (solde entre la valeur des biens exportés et la valeur des biens importés), de la balance des services, et des échanges de revenus (rapatriement de l'épargne des travailleurs immigrés, revenus reçus sur les actifs détenus à l’étranger, paiements d’intérêts sur la dette extérieure,…).

 

Comme il est très difficile d'avoir une emprise à court terme sur les échanges de revenus, les gouvernements concentrent leurs efforts sur l'amélioration de la balance des biens et services afin de faire disparaître le déficit courant. Or, comment améliorer les exportations - c'est-à-dire la compétitivité extérieure d'un pays - lorsque l'industrie des produits exportables est de petite taille comme c'est le cas en Grèce ou en Espagne ?

 

Les gouvernements se rabattent dès lors sur une réduction des importations pour faire disparaître le déficit courant. Les importations étant liées positivement aux revenus, ces politiques d'ajustement réel consistent à réduire les coûts salariaux et la demande intérieure. Dans le jargon économique, on dit qu'ils cherchent à réduire la demande intérieure au niveau de la capacité de production. Or, ces politiques économiques de rigueur conduisent à une forte hausse du chômage mais aussi à une baisse de la production et de la demande intérieure, ce qui aggrave encore plus le déficit budgétaire et réduit le pouvoir d'achat des ménages !

 

En définitive, si la zone euro ne développe pas un véritable fédéralisme pour compenser les écarts de compétitivité, les pays en difficulté ne pourront bientôt plus supporter politiquement, socialement et économiquement ces politiques de rigueur et devront dès lors envisager de quitter l'union monétaire avec toutes les conséquences désastreuses que l'on peut imaginer ! Mais pour cela, il faudrait d'abord que les dirigeants politiques ouvrent les yeux sur la nature exacte de la crise de la zone euro !

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 10:33

 

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Il y a quelques jours, j'avais expliqué dans un billet comment les dirigeants politiques de l'Union européenne s'obstinaient à mettre en place une austérité généralisée, seule à même de sauver la construction européenne selon eux. Cela devait déboucher sur le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, dit Pacte budgétaire), afin de renforcer notamment la discipline budgétaire au sein de la zone euro avec pour objectif d'aboutir à l'équilibre des budgets nationaux.

 

En fait de stabilité, ce traité est surtout le moyen de graver la rigueur budgétaire, et ce faisant le programme néolibéral, dans les piliers de l'Union européenne. En effet, le déficit structurel ne devra ainsi plus dépasser 0,5 % du PIB, objectif dorénavant gravé dans la Constitution des États, et en cas de manquement, la Cour de justice de l'Union européenne sera autorisée à prendre des sanctions pouvant atteindre 0,1 % du PIB.

 

Or, force est de constater que l'austérité généralisée que l'on impose à la zone euro depuis quelques mois conduit désormais à une nouvelle récession voire une dépression : hausse continue du chômage de la zone (11,1 % en mai 2012, corrigé des variations saisonnières, contre 10 % en mai 2011), l'indice PMI Markit est à son plus bas niveau en Europe depuis juin 2009 (toujours en-dessous des 50, ce qui signifie que l'activité se contracte), signe de contraction du commerce mondial (indicateur avancé de la croissance mondiale), resserrement du crédit, etc. Bref, la grande saignée économique vient de commencer !

 

Lors de la campagne présidentielle, François Hollande avait annoncé sa volonté de renégocier le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) pour y ajouter des dispositions relatives à la croissance : injection de 120 à 130 milliards d'euros pour relancer l'activité économique en Europe avec 60 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement, 55 milliards de fonds structurels et environ 5 à 10 milliards de project bonds, des emprunts communs lancés par plusieurs États européens pour financer de grands chantiers privés.

 

Cette renégociation devait avoir lieu lors du sommet européen des 28 et 29 juin 2012. Résultat de ce sommet-de-la-dernière-chance tant salué par les médias ? Certes les propositions de "croissance" ont été retenues dans le communiqué final, mais de renégociation du traité il n'a point été question ! Hollande a même annoncé qu'il soumettrait le TSCG à la ratification du Parlement très vite, oubliant ainsi ses promesses de référendum...

 

Mais en regardant de plus près, on s'aperçoit également que sur les 120 milliards d'euros, une partie correspond à des fonds structurels déjà programmés. Et qui peut croire que ces fonds alloués sur 4 ans à la "croissance" peuvent réellement compenser les 240 milliards que coûtent chaque année les plans d'austérité dans la zone euro ? Au reste, une impulsion d'à peine 1 % du PIB européen ne suffira sans aucun doute pas à avoir un impact macroéconomique déterminant. En définitive, et contrairement à ce que l'on peut croire, c'est l'Allemagne qui a gagné son bras de fer avec la France puisque nous sommes restés dans les mêmes schémas qu'en 2010 : l'embryon de fédéralisme qu'on nous vend dans les médias ne correspond en fait qu'à un fédéralisme de façade où tous les États signataires du TSCG restent sous la coupe réglée d'une loi d'or d'équilibre des budgets !

 

En dehors des questions de croissance, sur quoi a débouché ce sommet européen ? Précisons d'ores et déjà à ceux qui espéraient la résolution de la crise qu'on en est loin tant les détails à régler restent nombreux. Mais surtout, il n'y a aucune remise en cause des politiques budgétaires néolibérales contenues dans le TSCG. Pour le dire autrement, après avoir privé les États de la politique monétaire ce nouveau traité les prive désormais de la politique budgétaire !

 

La seule avancée notable est la volonté de créer une union bancaire, premier pas vers plus d'intégration européenne, à défaut de s'entendre sur une union politique digne de ce nom. L'idée, louable dans le principe, consiste dans l'absolu à réguler les banques au niveau européen, à créer une institution pour gérer le fonds d'aide aux banques en difficulté, et enfin à proposer une garantie européenne des dépôts. Le futur mécanisme d'aide aux États européens en difficulté, le MES, pourrait alors recapitaliser directement les banques sans transiter par les États comme aujourd'hui. Sauf qu'en pratique, le communiqué final du sommet européen, s'il fait la part belle à la BCE pour les questions de supervisions bancaires, reste muet sur les autres points. De plus, je crains que le dispositif final ne soit très limité notamment par les freins mis par certains pays comme le Royaume-Uni...

 

Mais les grands gagnants de ce sommet sont indubitablement l'Espagne et l'Italie. Le premier verra ses banques recapitalisées par le FESF, sans alourdir sa dette publique, et sans seniorité (dans le jargon financier, cela signifie que contrairement à la Grèce, les dettes à l'égard du FESF ne sont pas prioritaires en regard de celle sur le secteur privé, ce qui rassure les investisseurs privés). Le second profitera surtout du fait que les fonds de secours seront autorisés, sous conditions, à acheter de la dette publique sur les marchés, sans que le pays concerné soit placé sous la tutelle de la troïka.

 

Encore faut-il que ces mesures soient votées à l'unanimité par les membres de la zone euro, ce qui est loin d'être assuré car la Finlande vient de manifester son opposition "aux futurs projets d'achats d'obligations par le MES sur le marché secondaire"

 

 

En définitive, ce sommet aura permis des avancées mais reste à nouveau enfermé dans le carcan mortifère du Merkozy. Les dispositions relatives à la croissance (appelées un peu vite Pacte de croissance) ne ressemblent d'ores et déjà plus qu'à un cautère sur une jambe de bois, puisque qu'il n'y a aucune remise en cause des politiques néolibérales prônées par le TSCG !

édéralisme de façade » puisqu'il est décidé ex-ante que « tout le monde doit être à l'équilibre budgétaire ».

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 10:44

 

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Le gouvernement vient d'annoncer une hausse du SMIC de 2 %, soit 21,50 euros net par mois. Et c'est peu dire que le ministre de l'économie était pris en étau entre le marteau des promesses électorales et l'enclume de la réalité économique. Voyons ça dans le détail...

 

Qu'est-ce que le SMIC et qui le perçoit ?

 

Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) est le salaire horaire minimum légal en France métropolitaine ainsi que dans les départements d'outre-mer et dans la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon. Institué en 1970, il remplace le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) qui datait de 1950. A noter qu'il exista également un SMAG (salaire minimum agricole garanti) bien moins généreux que le SMIG, mais en 1968 décision fut prise d'aligner le SMAG sur le SMIG.

 

En 1950, le SMIG concernait 16 % des travailleurs, alors qu'en 2011 le SMIC concernait environ 10 % des salariés, c'est-à-dire près de 2,5 millions de salariés (cliquer pour agrandir) :

 

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[ Source : INSEE ]

 

Il faut néanmoins remarquer que le SMIC est un minimum horaire, ce qui signifie qu'un salarié à temps partiel payé au SMIC ne touchera donc pas forcément un salaire suffisant pour vivre... et peut facilement se retrouvait sous le seuil de pauvreté monétaire fixé à 949 euros par mois pour un célibataire. En outre, il existe encore des grilles de salaires dans certaines branches qui démarrent sous le SMIC, bien que cela soit en voie de résorption... Enfin, il existe de nombreuses exceptions comme dans le cas des contrats d'apprentissage, de professionnalisation, des stages, etc.

 

Comment est revalorisé le SMIC ?

 

A la différence du SMIG qui était revalorisé chaque année sur la base de l'inflation, le SMIC était revalorisé historiquement au 1er juillet de chaque année en fonction de l'évolution de l'indice des prix à la consommation pour les "ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé, hors tabac", à laquelle on ajoute la moitié de la croissance du pouvoir d'achat du salaire (mesuré par le salaire horaire de base ouvrier (SHBO). Enfin, le gouvernement peut aussi ajouter "un coup de pouce" à ces augmentations... La finalité du SMIC est donc de réduire l'écart avec le salaire moyen des salariés français.

 

Depuis 2010, une hausse minimale du SMIC s'applique au 1er janvier, et non plus au 1er juillet. Mais quand l'inflation progresse de plus de 2 %, le SMIC est revalorisé immédiatement dans la même proportion.

 

Quelles ont été les hausses du SMIC depuis 2006 ?

 

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[ Source : Ouest France ]

 

Au 1er juillet 2012, le SMIC horaire vaudra ainsi 9,40 euros brut, soit 1425,67 euros mensuels pour 35 heures hebdomaires (un mois correspond donc à 151,67 heures). Les différentes valeurs du SMIC sont consultables dans ce tableau de l'INSEE, dont voici un extrait (cliquer pour agrandir) :

 

SMIC-INSEE.jpg

[ Source : INSEE ]

 

Pour ou contre une revalorisation du SMIC ?

 

Tout d'abord il y a eu Ségolène Royal qui évoquait un SMIC à 1 500 euros brut par mois lors de la campagne présidentielle de 2007 :

 

 

Puis Jean-Luc Mélenchon passa encore un cran au-dessus avec une promesse, lors des élections 2012, de porter le SMIC à 1700 euros brut par mois :

 

 

Les hausses de SMIC opposent les économistes quant aux impacts qu'elles ont sur l'emploi et le chômage. C'est pourquoi, la loi du 3 décembre 2008 a créé une "Commission consultative d’experts chargée de remettre chaque année à la Commission nationale de la négociation collective (CNNC) et au gouvernement un rapport sur les évolutions souhaitables du SMIC".

 

Or, l'ensemble des membres de cette commission (Paul Champsaur, Gilbert Cette, Martine Durand, Francis Kramarz, Etienne Wasmer) se sont déclarés contre un coup de pouce au SMIC. Selon eux, cela augmenterait le coût du travail, notamment pour les PME et les TPE où 24 % de leurs salariés sont rémunérés au SMIC. Conjuguée à des marges parfois très faibles, cette hausse du SMIC conduirait les entreprises à freiner les embauches. Il y aurait également un tassement des rémunérations salariales au niveau du SMIC. En outre, Francis Kramarz estime qu'une hausse du salaire minimum de 2 % entraînerait la destruction de 30 000 à 50 000 emplois payés au SMIC. Enfin, leur argumentation se termine par le coût d'une telle mesure sur les finances publiques : par le jeu des allégements de charges patronales sur les bas salaires dont bénéficient les entreprises depuis 1993, une hausse du SMIC entraînerait donc une hausse de la compensation fournie par l’État estimée entre 1,5 et 2 milliards d'euros.

 

Certains de ces arguments sont pertinents, d'autant que cette commission propose plutôt de revaloriser le RSA activité pour sortir un plus grand nombre de personnes de la pauvreté. Mais l'argument de la compétitivité des entreprises est à nuancer, puisque la grande majorité des salariés au SMIC travaillent dans des secteurs protégés de la concurrence internationale : restauration, BTP, service à la personne, distribution,... De plus, le surplus de pouvoir d'achat offert par une revalorisation du SMIC permet l'enclenchement d'une dynamique keynésienne par l'effet multiplicateur.

 

En définitive, la question des effets d'une hausse du SMIC sur l'emploi est loin d'être tranchée par la théorie économique. Mais comme la question est devenue éminemment politique depuis quelques semaines, la commission a bien fait de s'abstenir de se réunir. Quoi qu'il en soit, il faut s'attendre à ce que la prochaine hausse en janvier 2013 soit minime, eu égard à la revalorisation de juillet. Comment réagiront alors ceux qui avaient mis tant d'espoir dans la hausse du SMIC ?


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